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Comment les chinois éclairent notre approche de la dette ?
20/06/2017   PARLONS FINANCE

LA DETTE AUX ORIGINES DES THÉORIES DU CAPITALISME 


 

L'histoire attribue la paternité du capitalisme à Adam Smith avec son livre référence La richesse des nations. Mais de nombreux historiens économiques s'accordent à faire remonter les véritables origines du capitalisme deux cent ans auparavant, avec l'essor du surendettement qui accompagna la découverte des Amériques. Le retour de Christophe Colomb en Europe ouvrit en effet des perspectives économiques considérables pour les marchands et les banquiers européens, qui financèrent massivement les expéditions suivantes pour le recrutement des équipages, l'affrètement des navires, les achats de vivres.

 

Or ces expéditions, toutes parties d'initiatives privées, se sont toutes distinguées par un recours systématique à la violence et à l'esclavagisme pour exploiter les richesses découvertes. Pourquoi ? Après tout, les Chinois avaient précédé de plus de 80 ans les explorateurs européens avec des expéditions impériales vers l'ouest (menées par Zheng He entre 1405 et 1433) sans jamais recourir à la violence pour s'accaparer les ressources identifiées.

 

Probablement parce que ces explorateurs européens, dont Cortes est l'exemple extrême, étaient surendettés1. L'exploitation gratuite d'une main d'œuvre locale fut le meilleur moyen de s'assurer que ces dettes seraient remboursées. Les explorateurs chinois, parce que financés par des deniers impériaux (publics) n'étaient, eux, pas endettés.

 

Dans le monde occidental, et ce depuis le code d’Hammourabi, la dette a souvent été un moyen légal pour justifier coercition, violence et expropriation. Cette notion fait aujourd'hui inconsciemment partie de la culture occidentale et la dette non honorée devient une faute : ainsi la langue allemande ne distingue-t-elle finalement qu’assez peu la dette (Schulden) de la faute (Schuld). Cette règle est aujourd'hui contractualisée : tu ne payes pas tes dettes, le contrat me donne le droit de prendre le contrôle de ta société.

 

 

 

LA DÉSHUMANISATION DE LA DETTE N'EST PAS COMMUNE À TOUTES LES SOCIÉTÉS


 

Mais cette légitimation de la violence par la dette ne se fait en Occident que s’il y a un rapport de fort à faible. La dette entre gens de même niveau se renégocie. Rome fut la première civilisation à systématiser le non effacement des dettes. Mais entre gens de même niveau, il n'y a pas trace de problèmes pour renégocier une dette non acquittée. Sans doute est-ce encore le cas aujourd'hui, mais ces renégociations sont souvent le fait de rapport de forces. En 2009, AIG n’a-t-elle pas renégocié sa dette alors que la Grèce se heurtait à un refus fort de renégocier de la part de ses créanciers ? Dès lors qu'il y a rapport de force, la dette légitime les comportements violents : en Grèce, l'UE et le FMI ont fait payer les contribuables en mettant le pays sous tutelle, justifiant les conséquences sociales regrettables par le fait que les Grecs, payeurs fautifs, devaient honorer leurs dettes alors qu'elles avaient été contractées par une classe politique qui s'était effondrée sans jamais avoir été inquiétée.

 

En Mésopotamie en revanche, les archéologues ont retrouvé des tablettes datant de 5000 ans montrant des traces de renégociation de dette entre puissants et peuple. Pourquoi ? Peut-être parce que l'économie en Mésopotamie n'était pas dissociée du lien social. Les échanges économiques, dont le recours à la dette, étaient une des facettes de la vie en communauté. On trouve là des exemples de notables renonçant à se faire rembourser des dettes, ou n’ayant aucun problème à aménager leurs créances sur des gens de statut social inférieur.

 

Dans La richesse des nations, Adam Smith mentionne en effet que l'homme a une propension naturelle pour le troc et le commerce. L'économie de marché est donc le système le plus efficace pour l'homme MAIS à condition qu'elle soit accompagnée d'une certaine MORALE, sinon cela ne fonctionne pas. On ne peut que relever à quel point cette deuxième partie de la conclusion d'Adam Smith est passée aux oubliettes de la théorie économique. Depuis, les économistes (quel que soit leur bord) tels que Ricardo, Hayek, Marx, Milton Friedman n'ont cessé de promouvoir l'économie comme science mais en omettant la dimension sociale, peut-être pour justifier que l'économie est une science majeure, indépendante des sciences humaines jugées moins pures.

 

Le seul économiste moderne qui a replacé l'économie dans la sphère sociale est Karl Polanyi, économiste autrichien du début du XXe siècle, pour lequel c’est parce que l’économie a été totalement dissociée de la notion de société que l’impact social des décisions économiques dans les sociétés (communistes comme capitalistes) est si violent. Le capitalisme occidental, construit en grande partie sur le recours à la dette, s’en trouve donc difficilement dissociable de la justification de la violence entre puissants et faibles.

 

 

 

« CE QUE LES SAGES ONT FAIT APPARTIENT AU PASSÉ ET NE PEUT DONC CONVENIR À LA SITUATION ACTUELLE » (GUO XIANG, CHINE, IIIÈME SIÈCLE)


 

Osons donc un voyage vers l’Asie et la Chine en particulier, où la conception de la dette est très différente de celle qui prévaut ici, ce qui est la source de fréquentes incompréhensions mutuelles entre Chinois et Occidentaux. Sans vouloir porter de jugement de valeur et encore moins siniser notre vision du Monde, une petite étude nous a paru riche d’enseignements pour notre activité.

 

Pour tenter de comprendre le rapport des Chinois à la dette, il convient probablement de repenser la notion de dette, non pas comme un simple contrat bilatéral engageant l'emprunteur à rembourser quelques soient les circonstances, mais comme un instrument qui n'est qu'une des facettes de la vie en société, c’est-à-dire qui comporte un aspect humain. La notion de dette à l'occidentale, par la place centrale accordée au contrat, déshumanise la dette. Les Chinois ne l’acceptent pas naturellement. La notion de«à qui on a emprunté» et «dans quelles circonstances » a donc une importance beaucoup plus importante qu’en Occident.

 

La culture chinoise (ainsi que les cultures asiatiques plus généralement) est basée sur l'observation de la nature et de son impermanence. Elle préfère le zigzag à la ligne droite, privilégie l'instant présent, et envisage la planification comme une rigidité et une faiblesse. Elle considère comme une force la flexibilité et l'adaptation aux circonstances, d'où la propension à ne pas exécuter un contrat si les circonstances ont changé.

 

Il s’ensuit un rapport à la dette différent : le contrat occidental définit clairement un cadre transcendant, cartésien et scientifique. Les Chinois sont flexibles, proches de la nature et préfèrent s'adapter aux circonstances comme le font les autres êtres vivants : Bouddha ne dit-il pas que « la source de tous nos problèmes est que nous donnons une valeur absolue à ce qui est relatif » ? Seule une telle approche, dans les philosophies extrême-orientales, est garante de l’harmonie de la société et de la nature.

 

C’est donc seulement à la lumière de ce rapport différent des Chinois (et de la plupart des asiatiques) à la dette, qu’il faut comprendre que la dette se renégocie entre gens de confiance, comme à Babylone il y a 5 000 ans. Le contrat vaut moins que la parole. L'important est de garder la face dans son groupe, sa communauté, en honorant ses dettes. Il n'y a que 300 noms de famille en Chine pour 1,4 milliard d'habitants contre plus de 1 million de noms de famille en France pour 65 millions d'habitants donc la notion de communauté en Chine est beaucoup plus large qu'en Occident.

 

Si les circonstances changent, alors le contrat doit être changé et le refus de négocier est non seulement un affront mais un manque d’intelligence individuelle et sociale. Et ce n’est qu’en intégrant l’aspect social de la dette que l’on finit par comprendre qu’il ne s’agit pas de malhonnêteté. A l'intérieur de son réseau, on renégocie. Ceci présage peut-être favorablement des perspectives quant à une éventuelle crise de la dette en Chine (il y aura renégociation et les défauts seront "managés").

 

C’est pourquoi des relations d’affaires avec les Chinois –et à plus forte raison de prêt– nécessite de s’intégrer dans un réseau (guanxi) et cela prend du temps.

 

 

 

MAIS ALORS QUEL RAPPORT AVEC LA DETTE PRIVÉE ?


 

Via son activité de « direct lending » Tikehau Capital source, analyse puis structure des transactions de prêt dans lesquelles nous conservons souvent 100% du montant du financement. L'analyse de l'entreprise financée est donc primordiale et la connaissance de son management est l'une des clés du succès de cette activité. Nous évoquons souvent dans nos présentations le taux de perte et non le taux de défaut. Tout simplement parce que parler de défaut n'a pas beaucoup de sens, dans la mesure où le bris de covenant, considéré comme événement de défaut, peut avoir des causes multiples qui n'ont parfois rien à voir avec l'imminence d'une situation de faillite. Ce dialogue avec l'emprunteur avant le bris de covenant est le plus souvent l'occasion de renégocier les conditions du contrat. La proximité entre le management de l'entreprise financée et les équipes de Dette Privée de Tikehau Capital fait qu'en pratique, le dialogue est quasi permanant et les conditions de la dette négociée plus flexibles et adaptables aux circonstances que dans le cas d'une dette syndiquée, cotée ou intermédiée où la multiplicité des créanciers et l'absence de dialogue direct avec l'emprunteur peuvent conduire à des décisions dommageables à l'ensemble des parties.

 

Finalement en se rapprochant de l'entrepreneur, le gérant d'un fonds de dette privée doit s'adapter aux circonstances - le bris de covenant fait partie des circonstances qui nécessitent adaptation, pragmatisme et dialogue. Le contrat de prêt ou obligataire reste bien sûr au centre de la relation mais c’est la présence d'un dialogue continu avec l'entreprise financée ainsi que la flexibilité et la capacité à s'adapter aux circonstances qui différencient cette activité d'autres activités de crédit plus intermédiées et mécaniques donc moins "humaines".

 

C’est pourquoi nous tenons plus que jamais à nous donner les moyens de notre approche. L’indépendance de Tikehau Capital et la robustesse de son bilan en sont les meilleures garantes, dans un souci constant de création de valeur pour nos clients.

 

Nous vous remercions, chers investisseurs, pour votre confiance.

 

 

Mathieu Chabran, Thomas Friedberger 

 

 

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