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Prenons la précaution de ne pas prendre nos croyances pour nos connaissances. Par Georges Amazan

Au cours de ces trois derniers mois, les discours médiatiques m’ont trop souvent laissé coi et déconfit ! Nous étions parait-il « En Guerre » !  Nos généraux désarmés improvisaient ! J’essayais chaque jour d’interpréter les prévisions des experts des domaines médicaux et économiques. J’espérais que les lumières de ces élites me permettraient de lever mes doutes sur les conséquences pandémiques. En fait de lumière, je n’ai eu que quelques rares éclaircies.

Abasourdi par la cacophonie ambiante et par le narcissisme oratoire de certains prévisionnistes. Je subissais malgré moi les brillantes démonstrations des experts épistémologues dont les dialectiques devenaient, au fil des jours, de plus en plus contradictoires, approximatives, et incongrues.

Leur solide maitrise de la sémantique et de la rhétorique pouvait donner le change, qui comme vous le savez cote les devises, au certain et à l’incertain. La nature de mes doutes grandissait proportionnellement à la vitesse pandémique.

Conscient de mon ignorance et de mes limites de compréhension des connaissances médicales, je lâchais prise, traitais mon virus mental avec dédain. La providence voulut à ce moment précis qu’un ami me conseille   de lire « l’effet Duning-kruger ». En toute confiance, et ce d’autant plus que cet ami est mon conseil, j’espérais que cette découverte mettrait fin à mes inquiétudes. Et bien non ; ma perplexité grandissait de nouveau. Ces deux psychologues Américains, ont publié en 1999 une étude sur les effets de la supériorité illusoire. Les Américains ont quand même élu Trump en 2017 !

L’étude met en exergue d’un côté de la médaille la tendance naturelle des personnes les moins performantes à surestimer leurs capacités et de l’autre les deux chercheurs démontrent, qu’à contrario les personnes performantes ont tendance à sous-estimer leurs facultés. Ils en ont conclu (Ce qui m’arrange bien), que les personnes les plus intelligentes sont pleines de doutes.

La supériorité illusoire serait donc inversement proportionnelle à la connaissance et à la compétence.  Il me fallait maintenant pour faire confiance, vérifier que les « grands sachant » avaient des doutes.

Malheureusement les atermoiements et la vanité des figures emblématiques des appareils scientifiques m’interloquaient.

Au fil des jours, mon indice de confiance, à l’instar des marchés financiers, faisait du yoyo. J’en restais pantois. Comme dit ma sœur hypnothérapeute : « Quand il y a doute, il n’y a pas de doute ! ». Ma seule certitude était maintenant que certaines vérités étaient MASQUEES.

Je ne croyais pas à ce moment pas si bien penser. Mon stock d’illusions sur les performances des représentants des appareils scientifiques dégringolait.  De toute évidence, trop d’intervenants n’hésitaient pas, comme disaient mon adjudant, « à vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes ». Le problème des lanternes, c’est leur faible phosphorescence qui limite les réflexions intellectuelles.

Les projections en continu des séries TV que j’ai baptisées « les Sophistes sont de retour » me laissaient de plus en plus hermétique aux amalgames des dires d’experts. Manifestement ils ignorent qu’en Grec ancien la qualification de Sophiste veut simplement dire : Spécialiste du Savoir !

Pour conforter mes doutes, et ne pas mettre tous les athéniens dans le même panier. Je me suis souvenu qu’il y a 2500 ans deux grands penseurs grecs avaient pris position sur les problématiques de la connaissance.

– Socrate décrétait : « Certains savants, tout comme les ignorants peuvent prendre leurs convictions pour des réalités ». « Arrêtez de considérer vos croyances comme des savoirs ».

– Platon affirmait la connaissance comme étant « La réalité d’une croyance vraie et justifiée ».

 

Pour ces deux piliers de la philosophie Hellénique, les croyances irréelles, fausses et injustifiées sont la preuve de la méconnaissance pathologique « des ignorants du doute ».

Par bonheur, notre pays dispose d’un outil qui limite les dommages sous-jacents des théories scientifiques infondées. Le Principe de Précaution est gravé dans le marbre constitutionnel français. De mon point de vue, quelques subtilités de ces textes de lois adoptés en 1995 puis modifiés en 2005, doivent être signalées.

En l’espace de 10 années nous pouvons remarquer un léger glissement sémantique du texte initial. La comparaison 1995/2005 fait disparaitre le mot technique. Le verbe transitif « parer » a remplacé le verbe « empêcher ».

Si le sens protecteur général reste sensiblement identique, il me semble que c’est dans sa temporalité que le texte a évolué ou régressé.

Si initialement l’absence de connaissance ne devait pas retarder l’adoption des mesures préventives, dans sa nouvelle rédaction, les mesures sont devenues provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.

Par novation ces mesures, deviennent conditionnées aux décisions des autorités publiques qui sont là pour veiller à la mise en œuvre de procédures d’évaluations des risques, par application du principe de précaution dans leurs domaines d’attributions.  Ouf ….

Mon ignorance du droit constitutionnel m’interdit de porter un jugement précis sur ces modifications lexicales, mais j’ai trouvé singulier que les mesures qualifiées initialement de préventives soient devenues aujourd’hui provisoires. Peut-être y avons-nous perdu quelques avantages ? Je serais heureux que l’on m’explique les raisons pour lesquelles une décision provisoire, qui est faite normalement dans l’attente d’être remplacée, vaut mieux qu’une autre mesure préventive qui tend à empêcher par avance un dommage fâcheux. Expliquez-moi pourquoi, autrefois la détention provisoire des détenus dans l’attente d’un jugement définitif prenait l’appellation de préventive ? Au-delà de ces subtilités juridiques, et en vertu du vieil adage, « qu’il vaut mieux prévenir que guérir ». Je préfère éviter d’être malade que de guérir provisoirement au risque de rechuter.

Pour ces raisons j’espère voir les prévisionnistes en catastrophes se transformer en visionnaires de la prévention.

Quoiqu’il en soit, les régulés que nous sommes, doivent dans une certaine mesure pour être protégé accepter de l’être. Néanmoins les institutions ne doivent pas ignorer que les risques sous-jacents des paradigmes de croyances de tous les domaines des savoirs.

L’esprit humain avec l’aide son égo, s’identifie facilement à la position sociale qu’il occupe. Diplômés ou non, les humains à moins de rester vigilants, courent le risque à tout instant de sous-estimer leur ignorance. Nous pouvons regretter que les titres honorifiques n’éradiquent malheureusement pas l’orgueil. Il est fréquent que les orgueilleux cherchent plus à paraitre qu’à connaitre. A partir d’une certaine limite les connaissances se transforment inéluctablement en croyances et la faconde comble les vides. Par précaution et par principe nous devons garder à l’esprit, l’existence d’un syndrome d’incompétence ontologique développé en 1970 par Laurence J. Peter et Raymond Hull. Dans cet ouvrage « Le Principe de Peter » ces deux chercheurs valident les limites de la promotion interne. Ils expliquent que dans toutes les organisations hiérarchisées les employés ont tendance à s’élever à leur niveau d’incompétence. Ce concept est d’autant plus valide que les organisations sont pyramidales.

Je souhaite que nos élites politiques et scientifiques soient immunisées contre ce syndrome. Sinon dans le seul but d’assurer leur reproduction, elles seront tentées de reproduire inlassablement l’appareil qui les a produites et créées. Ce n’est pas imaginable n’est-ce pas ? Le Principe de Précaution nous protège provisoirement du principe de Peter. Pour combien de temps ?

La faconde, c’est de la parole. Cela ne justifie pas de parler pour ne rien dire. Je suis admiratif de ceux qui détiennent la qualité rare de l’éloquence. Ma limite et aussi ce que je tiens pour un point d’honneur, c’est de ne pas me faire leurrer. Il ne faut pas prendre l’art oratoire pour argent comptant et le confondre avec la connaissance et la compétence qui, elles se prouvent et s’éprouvent.

De nos jours l’art du raisonnement fallacieux et d’apparente vérité n’est parait-il plus dispensé dans nos grandes écoles. Pourtant les maitres du sophisme Protagoras et Gorgias font toujours des émules. Heureusement, les sophistes en herbe du 21ème siècle ; même en temps de covid19, sont vite démasqués.

Depuis peu nous sommes autorisés et incités à avancer masqués. La liberté de mouvement et la liberté de pensée se retrouvent enfin.

Tous les chambardements coronavirusiens 2020, m’ont rappelé au mois de mai des promesses que je soutenais ardemment en 2017. Particulièrement un changement des pratiques politiciennes et des anciens appareils technocratiques. Il me semble, qu’en vertu du principe de précaution et par respect des règles de distanciation, la révolution attendue, reste quelque peu molle et que le provisoire s’impose. Jusqu’à présent la réalisation effective des dommages incertains en l’état de connaissances scientifiques économiques et sociales me laisse sur ma faim. J’espère que, les autorités publiques veillent en permanence et ne s’endorment pas.

J’ai pu en effet constater l’efficacité effective des prévisionnistes qui n’ont pu endiguer l’épidémie de jaunisse citadine de 2019. J’ai pu vivre l’anticipation visionnaire de la virulente pandémie asiatique. J’ai pu participer au sketch du 1er tour des municipales, et j’attends la deuxième séance qui va certainement justifier et satisfaire l’excellente prestation des acteurs engagés.

Fort heureusement les mesures adéquates des autorités monétaires, ont permis de retrouver, comme par magie, un hélicoptère pour déverser des milliards €uros. Cet appareil était encore introuvable le trimestre dernier. Cette fois la recherche a bien fonctionné.

Les visionnaires de la BCE restent toutefois dans l’attente de la fabrication de corona-bonds bien frais. Il faut étancher le tonneau des danaïdes des dettes européennes. Ce n’est malheureusement pas gagné, les coronas-bonds étant mis sous pression dans les tavernes des tribunaux de Karlsruhe.

Pendant ce temps la commission européenne fait des bonds. Et les délocalisations cherchent peut-être les moyens de se relocaliser internationalement.

Évidemment en attendant les pics de chaleurs estivales annoncés par les prévisionnistes météos (qui eux se trompent rarement), les montagnes de dettes publiques et privées atteignent des sommets qu’il faudra bien un jour redescendre. Le CAC40 malgré ses mouvements erratiques se redresse en même temps, que les indicateurs de chômage et de PIB performent à la baisse avec deux chiffres.

Sur le plan international nos associés chinois retrouvent leur fierté. Ils construisent une nouvelle route de la soie à coup de roublardises dictatoriales. Hongkong fait de plus en plus grise mine.

Courageuse, la commission européenne par solidarité avec le principe de précaution a révisé ses propos à l’intention de ce partenaire de l’Empire (en pire) du milieu exemplaire qui promeut  les droits de l’homme, avec l’invention visionnaire d’une carte de crédit social : c’est vert tu as des bons points, c’est orange attention à toi et si c’est rouge tu restes tranquille à la maison et tu te tais avant d’aller en prison préventive !

L’ONU comme à son habitude fait entendre son assourdissante et impressionnante voix technocratique. Et l’exemplaire OMS ne sait plus à quel saint se vouer.

Ce constat nous confirme singulièrement que, les experts en expertises visionnaires de tout poil n’ont pas encore découvert l’importance de l’effet Duning-kruger, du Principe de Peter et de la philosophie. C’est dans l’ordre des choses : Ils croient qu’ils sont toujours des visionnaires de la connaissance, puisque toujours en place pour nous montrer la voie.

Conscient des enjeux nationaux et mondiaux, l’optimiste que je suis à la lumière de Jean-Jacques Rousseau continue de douter. Une phrase de son contrat social en 1762 m’interpelle :

« Jamais on ne corrompt le peuple mais souvent ont le trompe ».

Son contemporain le mathématicien philosophe Nicolas de Condorcet illumine aussi ma lanterne :

« Tout homme qui fera profession de rechercher la vérité et de la dire sera odieux à celui qui exerce l’autorité, et que les amis de la vérité sont ceux qui la cherchent et non ceux qui se vantent de l’avoir trouvé ».

Ce n’est pas par hasard que devant l’Assemblée Nationale en 1792 Condorcet concluait un discours en déclamant que « rendre réelle l’égalité politique est le premier but de l’instruction nationale ». Oui mais aujourd’hui instruction nationale pour des raisons sémantiques a été remplacée par éducation nationale ! Encore une subtilité ?

Le principe de précaution inscrit dans la constitution française prévaut manifestement pour les régulés et les régulateurs. Ces derniers, surtout, ne prendront pas de risques. Le risque de devoir reconnaitre des omissions leur est insupportable. Dissimuler des choses c’est toujours possible. Et c’est si bête que même les décideurs en haut lieu et leur alter ego oublient de les révéler.

Pour conclure mon billet d’humeur d’ancien confiné en bonne santé, je tiens à honorer l’admirable François Chang. Ce poète académicien, dans une publication récente s’exprime en ses termes :

« Le mot confinement contient l’adverbe finement. Confinement pourrait signifier être ensemble finement », voire « vivre ensemble finement » qui dit penser finement veut dire penser ou faire les choses avec finesse ! »

Alors, par précaution, au-delà des doutes et des croyances, faisons au moins confiance à notre intelligence intuitive et émotionnelle pour nous guider vers les chemins des finesses de la vie.

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Georges Amazan

Ancien conférencier au Centre d’enseignement des techniques financières  d’Aix en Provence. Intervenant conférencier  à l’Institut Technique de Banque, professeur en DESS de Gestion de Patrimoine immobilier à la faculté de Toulon.  Après une carrière bancaire de 15 années il démissionne de sa fonction d’encadrement pour s’installer en libéral dans son domaine d’activité patrimoniale et financière. Diplômé de l’institut technique de banque en 1984, du DESS Banque et finance  et du Master de stratégie et finance d’entreprise au  CETTI d’Aix en Provence, il publie en 2009 un recueil sur la responsabilité juridique du conseil financier en Investissement.

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