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Économie

Le verre à moitié plein. Par Arnaud Benoist-Vidal, Financière de l’Arc

5
Dec
2022

L’étau se desserre ! L’assouplissement de mesures anti-covid en Chine et de bonnes nouvelles sur le front de l’inflation en zone euro, laissant espérer que le pic est passé, prolonge le rallye de fin d’année. De plus, le grand argentier Jerome Powell a confirmé, lors de son intervention de cette semaine, que la Fed ralentirait le rythme de hausses de taux. Cette information était déjà connue depuis la dernière réunion de la banque centrale du 2 novembre, mais a provoqué un fort rebond des marchés américains, car elle exclut une hausse de 75 points de base le 14 décembre. Pour autant le président de la Fed a martelé que d’autres relèvements du loyer de l’argent seront nécessaires, car l’augmentation des prix reste trop élevée. La principale raison demeure le déséquilibre du marché du travail, avec un manque de trois millions et demi de travailleurs. Cette situation ne va pas se corriger de sitôt et la détermination à combattre le mal par la force reste d’actualité, jusqu’à ce que le « boulot soit fait ».

Comme toujours lors de fortes réactions des marchés, les optimistes et les pessimistes affûtent leurs arguments. Les acheteurs augmentent le risque dans leurs portefeuilles, prétextant que nous sommes au tout début d’une période de désinflation (ralentissement de la hausse des prix), favorable pour les marchés, car la contraction des multiples de valorisation, que nous connaissons depuis presque deux ans, est terminée. Il est incontestable qu’une baisse des taux longs de 0,70 % aux États-Unis et de 0,5 % en Allemagne depuis trois semaines a un impact extrêmement positif sur les actions, notamment sur les valeurs de croissance, plus chèrement valorisées. De surcroît, la perspective d’un déconfinement en Chine, même progressif, permet d’envisager une sortie de récession pour le second semestre 2023. L’excès de pessimisme, auparavant, fait que les flux financiers conséquents, que nous connaissons actuellement vers les actifs risqués et les obligations à taux fixe, peuvent encore perdurer quelques semaines.

Pour autant, les pessimistes (les vendeurs) estiment que le potentiel de baisse des taux longs est actuellement limité. De plus, le rendement des obligations américaines à 2 ans est désormais de 4,22 %, alors que la Fed va monter ses taux directeurs à 4,5 % le 14 décembre. Dans ces conditions, même si le rythme du durcissement monétaire ralentit, il nous semble actuellement prématuré d’anticiper un taux terminal inférieur à 5 % et une baisse des taux pour le second semestre 2023. Nous pourrions connaitre une période de pause, dite d’observation, plus ou moins longue de plusieurs mois, où l’institution monétaire se réserve le droit de prendre du recul, le temps de s’assurer que l’inflation redescende à l’objectif proche de 2 %. Acheter maintenant revient à anticiper une récession encore plus forte que celle redoutée actuellement. Si tel est le cas, les bénéfices par action estimés pour 2023 sont trop élevés. Actuellement les analystes financiers prévoient une progression de 3 % en Europe des résultats des sociétés constituant l’indice Stoxx Europe 600.

Qu’en serait-il, si ceux-ci baissaient de 20% ? Alors, le multiple de valorisation du marché pour l’année prochaine serait autour de 15 fois. Un niveau à la fois excessif en début de récession et quasi-normal en début de reprise d’activité, une fois que les banques centrales initient un cycle d’assouplissement monétaire. On revient à la même conclusion, à savoir qu’il est plus raisonnable de baisser le risque et augmenter les liquidités, désormais rémunérées, dans les portefeuilles. Cela permet d’attendre au chaud cet hiver, sous les plaids et avec sa bouillote, avant d’y voir plus clair.

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