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Économie

Pour une poignée d’euros. Daniele Antonucci, Chief Economist, Quintet

18
Jul
2022

L'euro a atteint son plus bas niveau par rapport au dollar américain depuis 2002. Qu'est-ce qui explique la chute de la valeur de la monnaie unique ?
 
Par Daniele Antonucci


Cette semaine, l'euro a atteint la parité avec le dollar américain pour la première fois en vingt ans, après avoir perdu un cinquième de sa valeur par rapport au billet vert depuis le début de l'année. La monnaie unique, introduite en 1999 et qui valait en moyenne 1,18 dollar au cours de la dernière décennie, est désormais loin de son pic de 2008, à près de 1,60 dollar.
 
Aujourd'hui, cependant, l'euro n'est pas le seul à chuter face au billet vert. L'indice du dollar américain – qui suit l'évolution du dollar par rapport à un panier de grandes devises (dont l'euro, le yen, le franc suisse, le dollar canadien, la livre sterling et la couronne suédoise) – n'a cessé de progresser depuis le début de l'année 2022. Cet indice est maintenant en hausse d'environ 20 % depuis janvier, reflétant la tendance de l'euro.
 
Avant d'examiner la faiblesse de la monnaie unique, il convient donc de se demander pourquoi le dollar est actuellement si fort.
 
Le chômage aux États-Unis se maintient à des taux très bas, s'établissant à 3,6 % en juin, mais le salaire horaire moyen réel diminue en raison de l'inflation. En effet, l'inflation aux États-Unis a atteint des sommets inégalés depuis 40 ans, notamment en raison des coûts de l'essence, de l'alimentation et du logement. Le Fonds monétaire international a récemment mis en garde contre une baisse durable de la croissance américaine et une hausse du chômage. De plus en plus, il est question d'une possible récession.
 
De l'autre côté de l'Atlantique, le taux de chômage de la zone euro, à 6,6 %, est presque deux fois plus élevé qu'aux États-Unis, et l'inflation est également en forte hausse. Tout comme aux États-Unis, la confiance des consommateurs européens est au plus bas. Les craintes de récession sont encore plus prononcées en Europe, notamment en raison des conséquences économiques plus directes de la guerre en Ukraine, et d’une dépendance beaucoup plus grande à l'égard du pétrole et du gaz naturel russes.
 
La baisse de l'euro et la hausse du dollar reflètent-elles simplement le fait que, si l'économie américaine semble de plus en plus fragile, les perspectives pour la zone euro sont encore pires ? En partie, mais ce n'est pas si simple.
 
Américains et Européens ne partagent ni la même cuisine ni la même garde-robe. Ils divergent également de manière significative en matière de politique monétaire. Aux États-Unis, la Réserve fédérale a augmenté les taux d'intérêt de manière agressive – illustrant ainsi sa volonté de risquer une « erreur politique » dans la poursuite d'une inflation plus faible – et a réduit la taille de son bilan. Bien que nous nous attendons à ce que la Banque centrale européenne commence à relever ses taux la semaine prochaine, elle sera clairement sur une voie beaucoup moins agressive que la Fed.
 
À cela s'ajoute l'augmentation du différentiel de taux d'intérêt transatlantique (le taux directeur de la BCE est toujours en territoire négatif, tandis que la Fed a augmenté ses taux de 150 points de base cumulés). Le choc énergétique actuel a également déjà un impact négatif sur les balances commerciales en Europe – en Allemagne, elle est devenue déficitaire pour la première fois depuis 1991 – ce qui n'aide pas l'euro. Enfin, l'incertitude géopolitique – y compris les politiques de zéro-covid en Chine – continuera de soutenir les flux de valeurs refuges vers les États-Unis, une tendance peu susceptible de s'inverser à court terme.
 
Si l'on réunit tous ces facteurs, il est très difficile de se montrer optimiste à l'égard de la monnaie unique, du moins pour les prochains mois. C'est évidemment une bonne nouvelle pour les exportateurs de la zone euro et les vendeurs de souvenirs du Vieux Continent. En effet, cet été, malgré les inévitables retards de vols, soyez assurés que les touristes américains repartiront les valises remplies de Tour Eiffel miniatures et de faux verre de Murano.

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Daniele Antonucci est Chief Economist au sein de Quintet Private Bank. Les propos et points de vue exprimés dans ce document sont ceux de l'auteur à la date du présent article et sont susceptibles d'être modifiés. Cet article est également de nature générale et ne constitue en aucun cas un conseil d'ordre juridique, comptable, fiscal ou en matière de placement. Il est rappelé aux investisseurs que les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs et que la valeur des investissements peut évoluer à la hausse comme à la baisse. La valeur des investissements sous-jacents peut également évoluer à la hausse comme à la baisse en raison des fluctuations de change.

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