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S’il y a bulle, elle ne peut pas être verte et pour cause. Par Cédric Nicard, Associé Fondateur (Ethiket)

On lit et entend de plus en plus régulièrement des messages alertant d’un potentiel risque de bulle verte. Sur le papier on comprend l’inquiétude dans un contexte de croissance exponentielle des allocations de capitaux vers des thématiques ESG, durables, vertes, etc.

Néanmoins, le concept même de bulle verte n’a, dans les circonstances de marché actuelle, aucun sens.

 

Le « Vert » n’est pas une classe d’actifs

On l’oublie parfois mais, quelle qu’en soit la dénomination (responsable, durable, ISR, etc.), le vert n’est pas une classe d’actif en tant que telle mais la résultante d’une notation ou d’une catégorisation ESG réalisée par un tiers ou par l’investisseur lui-même.

Cette évaluation, dont les critères sont plus ou moins opaques, plus ou moins adossés à des standards de place, est donc le principal juge de ce qui est vert ou pas et ce que l’on parle d’actions, d’obligations, d’infrastructures ou même d’immobilier. Un changement de règles de calculs ou de règles du jeu peut donc, par un simple mouvement de curseur, transformer ce qui est gris en vert, et inversement. Et donc mécaniquement faire gonfler ou dégonfler instantanément une potentielle bulle.

Par ailleurs, on distingue deux grandes approches de « vert ». D’un côté une considération du vert en absolu : à savoir une activité par nature responsable (un producteur d’énergie renouvelable, un bâtiment en bois, etc.). De l’autre une approche par la transition, dans laquelle les financements verts servent à transformer une activité existante pour la rendre plus vertueuse, pour la décarboner par exemple.

Enfin, rappelons-le, il n’existe pas de définition universelle de ce qui est vert, en attendant une mise en œuvre opérationnelle de la taxonomie européenne en tous les cas.

Ainsi, le vert étant un mode de gestion, fruit d’une méthodologie ESG, et n’étant pas un objet uniforme, considérer qu’il puisse y avoir une bulle est structurellement incohérent. Cela l’est d’autant plus que, tant que les définitions ne sont pas partagées, nous disposons de curseurs pour ajuster presque en temps réel ce qui relève du vert ou non.

 

Bulle verte ou bulle de greenwashing

Les bulles ne sont pas des problèmes en soit. Ce qui l’est c’est leur éclatement brutal qui peut générer des cascades d’événements aboutissant dans les pires scénarios à des symptômes de crises. Les bulles éclatent lorsqu’une des promesses faite par la stratégie ou l’actif en question n’est pas tenue et que, par exemple, il se transforme on objet financier toxique (dito les subprimes en 2007/2008).

Le principal risque (à ce jour) pour un actif vert serait donc de ne pas tenir sa promesse intrinsèque : à savoir d’être vert.

Nous en avons vu les conséquences boursières directes dans le récent cas du gestionnaire d’actifs DWS suspecté de greenwashing par surestimation de sa prise en compte réelle de facteurs ESG.

Ainsi, si un risque majeur devait se matérialiser il s’agirait d’un éclatement d’une bulle de greenwashing et non d’une bulle verte.

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Cédric Nicard

Après un début de carrière dans l’industrie aéronautique et énergétique, Cédric a rejoint le groupe Perial au sein duquel il a dirigé le Pôle Développement Durable pendant 7 ans. Il a ensuite poursuivi au même poste chez Horizon AM avant de créer la société Ethiket avec deux associés.

 

Il est depuis 2015 enseignant à l’Institut Supérieur de l’Environnement.

 

Cédric a également été Vice-Président de l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID).

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