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Économie

Financière de la Cité : Une dichotomie de plus en plus profonde entre Europe et Etats-Unis

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9
Dec
2022
Financière de la Cité : Une dichotomie de plus en plus profonde entre Europe et Etats-Unis

Le mois de novembre 2022 s’est caractérisé par la poursuite d’un mouvement haussier sur les actions - intervenu depuis le 30 septembre dernier - et lié au phénomène de détente des taux d’intérêts américains. Si un phénomène similaire s’observe en Europe, les causes peuvent varier entre les deux continents.


Etats-Unis


A l’occasion de la dernière conférence de presse du FOMC, Jerome Powell a pu confirmer une modification de l’approche de la Réserve fédérale des Etats-Unis ; après avoir menée une série historiquement agressive de hausse des taux initiée au mois de mars dernier (une hausse de 25 bp en mars, une hausse de 50 bp en mai, et quatre hausses consécutives de 75 bp depuis lors), la Fed s’apprête désormais à abaisser l’ampleur des hausses futures, soit 50 bp attendus pour le 14 décembre prochain.


Cette précaution prise par la Réserve fédérale a plusieurs origines. La première a été le retournement des chiffres de l’inflation depuis le pic de 9% (CPI) atteint au mois de juin dernier et la stabilisation de l’indice PCE core – qui est la mesure privilégiée par la Fed – à un niveau 5% alors que le point haut a été atteint au mois de février 2022 à 5.4%. De la même façon, les différentes mesures de l’évolution des salaires pointent une situation de stagnation à un niveau élevé plutôt qu’une accélération. Dans un tel contexte, et en prenant en considération le fait que la hausse de taux d’ores et déjà réalisée aura des effets réels décalées sur l’économie, la Réserve fédérale des Etats-Unis fait donc un choix de prudence dans le but de calibrer au mieux son action, entre nécessité de ralentir l’économie et éviter de provoquer un retournement trop profond.


Cependant, la persistance de la robustesse de la reprise économique américaine continue de surprendre. Il est ainsi à noter que la demande domestique nominale américaine – soit le PIB ne prenant pas en compte la balance commerciale du pays- a atteint un niveau 7% supérieur à sa trajectoire d’avant crise, signalant que la demande américaine est à un niveau qui aurait pu être attendu au T3 2024. Ce contexte de surchauffe aura pour effet de justifier, lors de la présentation des prochaines anticipations des Gouverneurs de la Fed, une hausse du taux terminal attendu au courant de l’année 2023. De 4.6% attendus au mois de septembre dernier, les Gouverneurs pourraient désormais désigner un taux terminal compris entre 5.00% et 5.25%, pour le printemps prochain.


De plus, alors que la crainte d’une récession aux Etats-Unis a été un thème dominant de cette année 2022, il apparaît que l’indicateur « Sam Rule » qui s’est révélé parmi les plus fiables pour diagnostiquer une récession, n’indique pas un tel signal à ce jour. Cet indicateur consiste à comparer la moyenne des trois derniers mois du taux de chômage au taux de chômage le plus bas des douze derniers mois ; dans le cas ou un écart de 0.5 point est atteint, une situation de récession peut être diagnostiquée. Or, l’écart entre les deux mesures est de 0.1 point selon le taux de chômage publié pour le mois de novembre.


Cependant, cette situation apparemment favorable doit être regardée à l’aune de la particularité du contexte postpandémique. En effet, les entreprises américaines subissent depuis près de deux années de grandes difficultés de recrutement qui pourraient avoir pour effet de décourager les entreprises à licencier du personnel qu’elles ont eu beaucoup de mal à recruter, ce qui aurait pour effet de fragiliser la fiabilité de l’indicateur.


Zone euro


Au cours de ce mois de novembre, l’économie de la zone euro a pu bénéficier de l’amélioration de plusieurs facteurs. La poursuite de la baisse des prix de l’énergie soulage particulièrement les difficultés rencontrées par les entreprises européennes, même si celles-ci ne sont pas encore suffisantes pour soulager réellement les ménages européens de la pression inflationniste qu’ils subissent. De plus, l’euro a pu profiter du « pivot » initié par la Fed, ce qui a permis de freiner la pression exercée par un dollar fort sur l’économie européenne.


Si ces progrès des fondamentaux européens offrent une perspective meilleure qu’initialement attendue, la volonté persistante des Gouverneurs de la BCE de poursuivre leur cycle de hausse de taux compense ce sentiment. En effet, alors que les taux directeurs européens ont d’ores et déjà atteint 1.5% (alors que les estimations de la Réserve fédérale indiquent que le taux neutre de la zone euro serait de 1.4%, ce qui indique que l’action de la BCE est déjà en territoire restrictif), le Conseil des gouverneurs pourrait relever une nouvelle fois ses taux de 50 ou 75 bp, portant les taux à un niveau compris entre 2.00 et 2.25%, largement restrictif, le 15 décembre prochain.


L’action menée par la BCE laisse ainsi présager une stagnation de l’économie européenne pour l’année 2023 dans le cas ou celle-ci parvient à éviter une récession, qui aura pour résultat de l’éloigner encore un peu plus de son niveau potentiel.


Alors que la communication offerte par la Réserve fédérale des Etats-Unis offre un cadre d’anticipation relativement clair pour l’année à venir, aussi bien sur le rythme que sur le taux terminal à attendre, la communication de la BCE est plus incertaine. Ainsi, que cela soit le rythme, ou le taux terminal, les prochaines décisions de la BCE dépendront davantage de l’évolution des rapports de force politiques internes au Conseil des gouverneurs que des données publiées dans les prochaines semaines et les prochains mois.

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