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NFT : les conseils et pièges à éviter. Par Enzo Hallot, PROBE

Personne n’échappe à la folie actuelle des NFT. Bien que pour la première fois apparus en 2014, beaucoup de projets ont été initiés en 2020 et il faut s’attendre à ce que davantage voient le jour en 2022. Comment s’y retrouver dans ce Far West de la technologie de la blockchain ? Quelles sont les raisons d’une telle expansion et comment s’exposer à ce marché sans tomber dans les pièges liés à la multitude de l’offre ? Tant de questions pour un investisseur non initié à cette technologie qui méritent une attention particulière. Je vous propose ici de survoler les risques et opportunités liés à cette technologie.

Les raisons du boom des NFT

Les NFT (Non Fungible Token, ou token non fongible) sont l’équivalent de certificats d’authenticité numériques stockés dans la blockchain. Cela signifie que l’on peut détenir et prouver l’appartenance d’un bien numérique grâce à cette technologie.

La fongibilité c’est pouvoir interchanger un bien avec un autre. Une pièce d’un euro est par définition fongible, car toutes les pièces sont les mêmes et peuvent être interchangées. A l’inverse, un bien immobilier ou une œuvre d’art sont définis comme non fongibles car ils possèdent leurs propres caractéristiques non interchangeables.

Une des premières raisons à la croissance phénoménale des NFT est sa facilité de compréhension par le commun des mortels. Nul besoin de savoir comment fonctionne la blockchain pour comprendre le fonctionnement d’un certificat d’authenticité et comment en acheter. Les NFT sont donc un des premiers cas d’usage facile d’accès de la blockchain, qui l’ont rendue « tendance et cool ».

Aujourd’hui, la facilité d’accès à la technologie de la blockchain permet de créer un ensemble de NFT (généralement entre 1 et 10 000 pièces) aussi facilement que développer un token. Pour preuve, j’ai développé mon propre token en quelques heures … et je ne suis pas développeur ! N’importe qui peut donc créer son propre NFT et le revendre au prix qu’il souhaite. Tout comme nous avons pu observer l’explosion de nouvelles cryptomonnaies (voir article ici), il en va de même avec l’explosion du nombre de NFT sur le marché. Le volume de transaction de NFT a augmenté de plus de 40 000% en 2021.

A savoir que ce n’est pas l’image du NFT qui est stocké dans la blockchain, mais le Hash (code référentiel) du NFT. Le hash est une suite de nombre et de lettre unique, c’est l’empreinte ADN de l’actif qui sera stocké dans la blockchain et qui sera rattachée au NFT. Les images des NFT sont donc généralement centralisées sur des bases de données externes à la blockchain.

Mais comment justifier les prix ?

Tout comme Bitcoin, les NFT valent ce que les acheteurs sont prêts à payer pour en acquérir.

Les principaux projets NFT sont développés sur la blockchain Ethereum (Ethers – ETH), c’est la deuxième plus grande cryptomonnaie en termes de capitalisation boursière. Durant son ICO (Initial Coin Offering) en 2014, un ETH valait environ 0.25 dollars (exactement 2000 ETH pour un BTC au début de la prévente, pour finir à 1337 ETH par BTC).

Des prix relativement bons marchés pour certains investisseurs

Certains investisseurs, très en amont du projet Ethereum, ont pu acheter d’énormes quantités d’Ethers pour un prix très peu cher, par exemple 2 000ETH pour 1000$. En sachant le cours de l’Ether fluctue entre 3 000$ et 4 000$, cet investissement représente aujourd’hui une somme de l’ordre 7 000 000$.

Pour ces « early investors », acheter un NFT aujourd’hui pour une somme de 100ETH ne représente donc pas un investissement colossal. Sans compter que ces investisseurs ont probablement pu faire fructifier leurs Ethers grâce aux rendements générés par la technologie blockchain durant toutes ces années.

La possibilité de gonfler les prix artificiellement

Bien que tous les NFT soient traçables dans la blockchain, il n’est généralement pas possible de connaitre le bénéficiaire effectif de celui-ci, hormis si l’acquéreur l’expose directement au marché. (Comme l’a fait Eminem récemment en achetant un « Bored Ape » pour une valeur de 450 000$)

Bored Ape acheté par Eminem le 31 décembre 2021

 

Hormis le cas de personnalités revendiquant publiquement l’achat de NFT, il n’est donc pas possible de connaitre le détenteur de l’actif sous-jacent, mais juste l’adresse de son portefeuille. Il est alors possible et facile de se vendre un NFT à soi-même afin de faire gonfler artificiellement son prix, la blockchain laissant de manière transparente toutes les transactions sur son réseau. Certains ont donc pu alimenter la hausse des prix de manière artificielle.

Les frais liés à l’achat de NFT

Lorsque l’on développe une série de NFT, il est possible de définir toutes les conditions de vente auxquelles sera soumise la série de NFT. Dès lors, il est très courant de voir des royalties (appelées droit de suite, à l’instar du marché de l’art) dans les propriétés des NFT. Les créateurs des NFT se réservent un pourcentage sur chaque vente du NFT, en plus de la vente initiale. Ces royalties peuvent dans certains cas dépasser 10% ! (Généralement à fuir). Ainsi, les créateurs toucheront un pourcentage du prix sur chaque achat/vente du NFT en question. C’est un modèle plutôt lucratif… On peut voir l’intérêt pour les artistes de pouvoir toucher leurs droits de suite, et cela même quand la vente n’est pas assurée par une institution (type ventes aux enchères). En revanche, certains artistes pourraient avoir tendance à en créer en plus grand nombre.

Quand la technologie dépasse le cadre légal

La législation n’est pas encore adaptée à cette technologie et un NFT peut être une contrefaçon. En effet, tous les NFT ne possèdent pas les mêmes droits de propriété intellectuelle, cela dépend des métadonnées qui seront insérées dans le NFT lors de sa création (appelé « Minting », littéralement « forger »). Propriétés intellectuelles, droits d’utilisation/d’exploitation et droits d’auteur sont alors souvent confondus par l’acheteur, sans savoir ce qu’il achète réellement. Par exemple, les œuvres très connues de l’artiste Beeple mettent régulièrement en scène des personnes sous licence dont il ne possède vraisemblablement pas la propriété intellectuelle (Disney, nintendo, etc..). Les NFT comportent donc un risque juridique certain.

Exemple d’œuvres créées par l’artiste Beeple

Une fiscalité compliquée et non adaptée

Pour beaucoup de pays, la fiscalité non plus n’est pas encore adaptée. De surcroit, il est possible de stocker différents types de créations sur un NFT et les secteurs sont déjà extrêmement variés : musique, art numérique, jeux vidéo, mode, nom de domaine, carte de jeux, tweets, biens incorporels, etc. Comme le sous-jacent du NFT peut être de différentes natures, la TVA applicable aussi est un vrai casse-tête pour l’investisseur. A noter qu’il n’existe aujourd’hui aucune définition juridique du NFT et que cela génère une complexité pour trouver le régime fiscal adapté.

En France, il existe actuellement trois types de classification d’un NFT influant sur le régime de taxation pour les particuliers (ci-dessous très simplifié) :

1.     NFT défini comme un actif numérique :

a.     Acheté à titre non habituel : flat tax de 30% sur la plus-value

b.     Acheté à titre habituel (considéré comme professionnel) : impôt sur le revenu au barème progressif ou régime micro BIC

2.     NFT défini comme une œuvre d’art :

a.     6.5% sur le prix de vente

3.     NFT défini comme un bien meuble incorporel :

a.     Imposition à un taux de 36.2% (19 % d’IR +17.2% de prélèvements sociaux) avec un abattement de 5% par an après une durée de détention de deux ans.

Malheureusement la qualification d’un NFT ne coule pas toujours de source et les avantages et inconvénients diffèrent en fonction des régimes. Il est extrêmement important d’être accompagné par un professionnel du secteur dans cette démarche.

Dans d’autres pays où les NFT ne sont simplement pas taxés, il est possible de transformer sa plus-value en NFT et ainsi d’éviter toute taxation. Dès lors, acheter une œuvre numérique à 500 000$ n’a plus d’importance si cela permet d’éviter un impôt sur la plus-value, ce qui alimente la flambée des prix.

 

Un marché potentiellement concentré

En octobre 2021, une étude de la société d’analyse Moonstream démontrait que 80% du marché des NFT sur Ethereum était détenu par 16,71% des détenteurs de NFT, ce qui est non sans rappeler Pareto et sa loi des 80-20 (700 000 adresses de portefeuilles et plus de 7 millions de NFT au moment de l’étude). A l’instar du marché de l’art, Il est bien plus commode de maîtriser le prix de l’offre et de la demande lorsque l’on domine le marché et que l’on a la possibilité de vendre les œuvres au compte-gouttes. Par exemple, au moment où l’article est écrit, il existe 10 000 Cryptopunks détenus par 3 300 portefeuilles, dont seulement 10 portefeuilles détiennent environ 1 500 Cryptopunks. Le prix moyen de vente est de 250 000$ avec un volume de 22 000 000$ sur les 7 derniers jours.

Exemple de Cryptopunks

 

Comment réduire son risque lorsque l’on souhaite pénétrer ce marché ?

Nous pouvons voir qu’il existe une multitude de risques : concentration, juridiques et fiscaux, offres très abondantes, etc. Néanmoins, cette technologie permet le stockage et le transfert de valeur sur internet, la création de gouvernances spécifiques et la preuve d’unicité d’un actif numérique. A l’ère du numérique, il est certain qu’une pérennité existe pour ce nouveau secteur d’activité. Mais comment limiter son risque ?

D’abord, être accompagné semble être la meilleure solution. Il s’agit aussi d’éviter les promotions faites par des influenceurs et autres leaders d’opinion. Un bon projet n’a nul besoin d’être promu et doit pouvoir se suffire à lui-même.

En ce qui concerne les valorisations, seuls quelques NFT méritent selon moi de tels prix : les cryptopunks, les séries bored apes, les crypto kitties, les séries Pepe, Beeple… qui représentent soit les NFT les plus anciens, soit une cote artistique reconnue, qui sont sortis avant que cela devienne mainstream. Ma position est que plus de 95% des NFT produis à ce jour tomberont dans l’oubli dans les années à venir.

OmerPepe vendu en 2018 pour 205ETH (environ 615 000$ au cours d’aujourd’hui)

La quantité limitée (les 5% restants) de ces NFT et l’augmentation du volume de transactions font qu’il est maintenant plus simple de les acheter et les vendre. Les vendeurs et acheteurs sont facilement mis en relation grâce aux propriétés fondamentales de la blockchain, même si des milliers de kilomètres les séparent. Cela rend ce marché davantage liquide et vient diminuer le risque de ne pas trouver d’acheteur pour un NFT de qualité moyenne ou supérieur.

Aussi, il peut être intéressant de prêter attention aux licences émettrices de NFT. Pour exemple, la franchise Matrix ou encore DC comics ont récemment émis des séries de NFT. Ces projets officiels représentent selon moi moins de risques d’un point de vue juridique, en rapport avec les droits de propriété intellectuelle directement implémentés par les sociétés détentrices des droits d’exploitation.

Le lien avec les metavers

Les metavers (metaverse en anglais) viennent aussi renforcer cette stratégie d’investissement. Il faut voir ici le potentiel d’associer la propriété et l’unicité d’un bien numérique dans ces mondes digitaux où tout est possible, ou presque. N’importe qui peut maintenant créer son musée virtuel et y exposer ses NFT. Il existe aussi des NFT sous forme d’avatar permettant de rentrer dans des metavers spécifiques. Nike et Adidas sont d’ailleurs déjà en concurrence pour habiller vos avatars NFT dans les metavers !

L’immobilier aussi compte bien profiter de cette opportunité. De nombreux projets aux États-Unis voient le jour concernant la visite d’appartement en réalité augmentée dans un metavers, la gestion documentaire d’un immeuble stockée dans la blockchain permettant l’achat/vente de biens immobilier sur la blockchain, etc. Il est également possible de posséder des parcelles de terrains dans des mondes virtuelles.

Les NFT comme modèle de financement

Grâce à la décentralisation proposée par la technologie de la blockchain (voir article ici), il est possible de supprimer les intermédiaires du financement afin de faire financer directement les œuvres par les fans ou par la communauté. Le cinéma a ainsi été gagné par l’engouement autour de cette technologie. On retrouve récemment pour exemple la levée de fonds pour la réalisation du court métrage appelé Stoner Cat réalisée par Mila Kunis et Aston Katcher (8 millions de dollars levés en 35 minutes !), ou encore Claude Lelouch avec la création futur du Klapcoin.

La difficulté de ce marché réside dans la connaissance de ce que l’on achète réellement et la sélection peut être faite selon différents paramètres :

–       Le choix d’investir directement dans des NFT ou dans une blockchain permettant le développement ou l’utilisation de ceux-ci,

–       La cote du créateur ou artiste, nombre de followers du projet,

–       L’utilité du NFT,

–       Le secteur d’activité et la profondeur de marché,

–       Le prix et le charactère collectionnable du NFT,

–       La technologie sous-jacente et les droits rattachés,

–       Sa propre situation patrimoniale

Cette révolution s’inscrit dans la lignée du WEB 3.0, permettant de posséder et authentifier des actifs numériques sur internet. Nul doute que beaucoup de projets NFT intéressants et novateurs vont continuer de voir le jour dans les années à venir, les possibilités de création étant presque sans limite.

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Enzo Hallot

J’ai débuté au Luxembourg en finance de marché, spécialisé sur les produits structurés, pour la Société Générale pendant plus de 2 ans. Puis durant 4 années chez Société Générale Banque Privée au siège, j’ai développé les départements de conseil en investissements financiers et les offres produits pour les entités Société Générale Banque Privée en Afrique et en Europe de l’est. C’est en 2016, lors de voyages en Europe de l’Est que l’on me présente la technologie de la blockchain, pour laquelle je me passionne rapidement et développe une expertise.

 

En quittant la Société Générale en fin 2019, j’ai repris mes études pour passer une certification en stratégie d’intégration de la blockchain du MBA de l’ESA à Paris.

 

 

En janvier 2021, je crée Probe : une fintech qui possède aujourd’hui un organisme de formation sur la technologie de la blockchain, propose du Conseil en Investissements Financiers sur les marchés réglementés et du conseil en investissement sur actifs numériques.

 

 

(N° Orias : 21006611 ; N° activité formation : 11922414092)

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