La crise de la dette a mis en évidence la nécessité de repérer les déséquilibres macroéconomiques au sein de la zone euro pour mieux les prévenir et ainsi permettre, peut-être, d’éviter la divergence des économies à laquelle nous avons assisté durant la dernière décennie. Le pacte budgétaire entré en vigueur en janvier dernier et le six pack l’an dernier sont venus élargir le spectre des grandeurs macroéconomiques sous surveillance européenne. La balance commerciale, qui retrace les transactions de biens et services d’un pays avec le reste du monde, fait aujourd’hui l’objet d’une surveillance européenne accrue. En effet, le creusement des déficits commerciaux de certains pays membres de la zone euro durant la dernière décennie, causé en partie par un accroissement rapide des coûts unitaires du travail et par une perte de compétitivité des entreprises, a creusé les déficits courants de ces mêmes Etats, ce qui, couplé à l’insuffisance de l’épargne nationale a rendu d’autant plus hasardeux le refinancement des Etats sur les marchés financiers. Trois années après le déclenchement de la crise, qu’en est-il des déséquilibres de la balance commerciale ?
Les consolidations budgétaires et les réformes structurelles mises en place en zone euro depuis le début de la crise ont eu entre autres pour conséquence un redressement des balances courantes des pays dits périphériques, via, principalement, une amélioration des balances commerciales. Par quels mécanismes ? Tout d’abord, la baisse des dépenses publiques, l’augmentation du chômage et la nouvelle pression fiscale ont eu pour conséquence, malgré une baisse du taux d’épargne, un recul de la demande des ménages et une baisse des importations. Par le même raisonnement, et confrontées à une crise sans précédent et à des difficultés de financement, les entreprises ont diminué leur production et leurs investissements, touchant encore un peu plus les importations. En Grèce, par exemple, entre 2008 et 2012 , les importations ont chuté de près de 30%, dont 20 points de pourcentage sur la seule année 2009. De même, les importations espagnoles, portugaises et irlandaises ont connu un recul de plus de 12% alors que, sur la même période, les importations allemandes et françaises ont augmenté de 8%, malgré le fort recul enregistré en 2009.
Parallèlement, les politiques structurelles parfois brutales menées dans les pays périphériques, notamment pour flexibiliser le marché du travail et améliorer la compétitivité des entreprises, ont porté leurs fruits. Entre 2010 et 2012, nous avons assisté à une diminution des coûts salariaux unitaires dans les pays périphériques les plus touchés par la crise, qui associée à une baisse de l’euro, a permis aux entreprises de gagner en compétitivité et aux Etats concernés de dynamiser leurs exportations. Ainsi, entre 2008 et 2012, les exportations de biens de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne ont bondi de respectivement 44%, 17% et 13%. Conséquence directe, et malgré le contexte de récession et de recul de la demande mondiale, la balance commerciale de ces pays a connu un redressement significatif – le déficit commercial de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal a été divisé au moins par deux entre 2008 et 2012 et l’excédent irlandais est passé de 28Mds€ à 42Mds€ sur la même période, l’Espagne, l’Irlande et le Portugal ayant même réussi à gagner des parts de marché à l’exportation.
L’ajustement des balances commerciales a entraîné l’ajustement des balances courantes des pays périphériques les plus touchés par la crise et la réduction des déséquilibres intra-zone euro, essentielle à une résolution de la crise. Le redressement des exportations italiennes est moins spectaculaire mais l’Italie a tout de même vu son solde commercial passer d’un déficit, certes léger, en 2008 à un excédent en 2012. Seule ombre au tableau, la France dont les importations ont crû plus vite que les exportations, et qui est l’un des rares Etats membres de la zone euro à avoir vu son déficit commercial se creuser significativement durant la crise, creusement de quelque 13 milliards d’euros.