La France emprunte plus cher que l’Italie : le signal d’alarme budgétaire

Le taux français à 5 ans atteint un niveau record en zone euro
Le taux français à 5 ans a atteint 2,84 %, un niveau historiquement élevé qui en fait le plus haut de la zone euro, devant celui de l’Italie à 2,79 %. Ce renversement de tendance met en lumière une inquiétude croissante des investisseurs quant à la soutenabilité de la dette française. La France paie désormais plus cher pour emprunter que l’Italie, un changement notable dans l'équilibre traditionnel entre les deux pays.
Le directeur général de la Caisse des Dépôts, Éric Lombard, a exprimé sa vive préoccupation en soulignant que cette inversion est « une alerte ». Selon lui, cette situation inédite s’explique par le niveau du déficit public français. Il rappelle que la France a un déficit de 5,5 % du PIB, supérieur à celui de l’Italie estimé à 4,4 %. Cette situation budgétaire pèse fortement sur la perception des marchés et donc sur les conditions d’emprunt.
Des tensions accrues sur les marchés financiers depuis les élections européennes
Les taux d’intérêt souverains se sont tendus depuis les résultats des élections européennes, notamment en France. Le rendement de l’OAT française à 10 ans est monté à 3,25 %, contre 3,12 % pour le BTP italien. Cette dynamique reflète une défiance accrue des investisseurs vis-à-vis des perspectives budgétaires françaises, dans un contexte politique incertain après la dissolution de l’Assemblée nationale.
Une pression croissante de Bruxelles sur le respect des règles budgétaires
La France, dont la dette publique dépasse les 110 % du PIB, est de nouveau dans le viseur de la Commission européenne. Bruxelles a lancé fin juin une procédure pour déficit excessif à l’encontre de huit États membres, dont la France. L’objectif est un retour sous la barre des 3 % de déficit d’ici 2027. Une trajectoire jugée ambitieuse, compte tenu des tensions politiques internes et de la dynamique actuelle des taux.
L’Italie bénéficie paradoxalement d’un regain de crédibilité
Malgré un niveau d’endettement encore supérieur à celui de la France (environ 140 % du PIB), l’Italie semble aujourd’hui rassurer davantage les marchés. Le gouvernement de Giorgia Meloni, bien que populiste, respecte une certaine orthodoxie budgétaire, ce qui se traduit par des taux d’emprunt moins pénalisants. La comparaison entre les deux pays illustre une perte de confiance relative envers la signature française.
Dette et déficit en France : 50 ans de déséquilibre budgétaire
La dette publique française a atteint un niveau inédit de 3 345,8 milliards d’euros au premier trimestre 2025, selon les données publiées par l’Insee ce mercredi. Ce chiffre représente 114 % du produit intérieur brut (PIB), contre 110,6 % au trimestre précédent. En valeur absolue, la dette a augmenté de 42,4 milliards d’euros par rapport à la fin 2024. La progression s’explique notamment par les besoins de financement de l’État, qui voit sa part de dette passer de 2 885,7 milliards à 2 928,1 milliards d’euros.
La charge de la dette française pourrait atteindre 100 milliards

Des dépenses publiques structurellement supérieures aux recettes
Depuis 1973, la France enregistre un déséquilibre budgétaire quasi permanent, avec des dépenses de l’État excédant systématiquement ses recettes. Cette tendance s’est amplifiée : les dépenses publiques, qui représentaient 40,9 % du PIB en 1973, ont atteint 57 % en 2024¹. Ce niveau dépasse largement la moyenne des pays européens. En 2024, l’État a dépensé 1670 milliards d’euros¹, contre 1500 milliards de recettes¹, creusant un déficit de près de 170 milliards d’euros¹. Ce montant, parmi les plus élevés de l’histoire contemporaine, est comparable à celui de 2020, année marquée par la crise sanitaire.
Une charge de la dette qui éclipse d'autres priorités budgétaires
La progression de la dette publique, désormais supérieure à 3300 milliards d’euros¹, entraîne une hausse mécanique de la charge de la dette. Ce poste budgétaire — les intérêts versés aux créanciers — s’élève à 59 milliards d’euros en 2024¹ et devrait atteindre 67 milliards en 2025¹, un niveau historique. Il est désormais plus élevé que le budget de la Défense et se rapproche de celui de l’Éducation nationale. Rapportée au PIB, la charge de la dette représentait 3,25 % en 2023¹ et pourrait franchir les 5 % à l’horizon 2027¹.
Une dégradation des notations face à l’absence de cap
Les agences de notation ont récemment sanctionné la trajectoire budgétaire française. En 2023, Fitch a dégradé la note de la France. En 2024, Standard & Poor’s a suivi, attribuant une note de "AA-"¹ sur une échelle allant de "AAA" (meilleure notation) à "D" (défaut de paiement). Moody’s a également abaissé sa note en décembre 2024, de Aa2 à Aa3¹, l’équivalent d’un 17/20. Ces agences reprochent à la France l’absence de stratégie crédible de désendettement et une politique économique jugée instable.
L’État, principal contributeur à l’augmentation de la dette
L’essentiel de cette hausse provient de l’État, dont les besoins de trésorerie ont continué de croître au début de l’année. À eux seuls, les titres de long terme ont progressé de 32,3 milliards d’euros. Les administrations de sécurité sociale ont également contribué à la hausse, à hauteur de 14,5 milliards d’euros, notamment du fait des caisses d’allocations familiales (+6,8 milliards), de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (+5,4 milliards) et de l’Unédic (+2,5 milliards). Les administrations publiques locales, en revanche, ont vu leur dette reculer légèrement de 2,4 milliards d’euros.
Une dynamique de long terme qui interroge la soutenabilité
Cette progression s’inscrit dans une tendance lourde, amorcée bien avant la crise sanitaire. La dette française a franchi le seuil des 3 000 milliards d’euros en mars 2023, et elle ne cesse depuis de croître. En 2008, elle s’élevait à environ 1 300 milliards d’euros, soit 68 % du PIB. En moins de deux décennies, elle a plus que doublé, atteignant désormais 114 % du PIB. Pour l’économiste Bruno Cavalier, cette dynamique est liée à un niveau de déficit chronique, aggravé ponctuellement par des crises successives.
Une pression croissante sur les finances publiques
Cette situation alourdit la charge de la dette, avec des taux d’intérêt plus élevés que par le passé. En 2023, la charge de la dette représentait déjà plus de 50 milliards d’euros, et elle pourrait dépasser 70 milliards dès 2027 si les taux restent à leur niveau actuel. L’augmentation de la dette accroît aussi la pression de Bruxelles. La France fait partie des pays ciblés par la Commission européenne dans le cadre de la procédure pour déficit excessif, notamment en raison de sa trajectoire de dette jugée non conforme aux règles budgétaires européennes.
Le dilemme budgétaire du gouvernement
Face à cette situation, l’exécutif doit trouver des solutions pour réduire le déficit et stabiliser la dette, sans freiner la croissance ni créer de tensions sociales. La baisse des dépenses publiques figure en tête des leviers envisagés, mais elle reste politiquement délicate à mettre en œuvre. L’effort pourrait porter sur les dépenses de fonctionnement de l’État et des collectivités, ainsi que sur certaines dépenses sociales. Des réformes structurelles sont également évoquées, notamment sur les retraites et l’assurance chômage, mais elles suscitent une forte opposition.
Le gouvernement a promis de présenter un plan de redressement des finances publiques à l’automne, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026. Celui-ci devra intégrer les nouvelles règles budgétaires européennes, qui laissent une certaine marge de manœuvre mais exigent des trajectoires crédibles. Le Haut Conseil des finances publiques a récemment rappelé que les objectifs affichés par la France manquaient de clarté et de réalisme. L’atteinte de la cible des 3 % de déficit à l’horizon 2027 semble de plus en plus incertaine sans mesures fortes.
Une dette qui devient un sujet politique central
La question de la dette publique s’impose comme un enjeu majeur du débat politique. Plusieurs partis d’opposition critiquent la gestion budgétaire du gouvernement et réclament un audit indépendant des finances publiques. D’autres mettent en avant la nécessité de réviser les priorités de dépenses, notamment en matière de transition écologique ou de politique industrielle. Le sujet sera sans nul doute au cœur des discussions parlementaires à l’automne, dans un contexte de tensions sociales persistantes et de croissance ralentie.
Sources : Le Figaro, La Tribune
En mai 2025 : la dette publique française atteint un record de 113 % du PIB hors période de crise
Selon les derniers chiffres publiés en 2025 par l’Insee, la dette publique française a progressé de 203 milliards d’euros en 2024, atteignant 3 305 milliards d’euros à la fin de l’année. Ce niveau représente 113 % du produit intérieur brut, un record jamais observé en dehors d’une période de crise, comme la pandémie de Covid-19 ou les grandes secousses financières.

Une trajectoire ascendante attendue en 2025
Alors que les perspectives économiques mondiales se sont dégradées, le Fonds monétaire international anticipe une poursuite de cette dynamique. Dans ses prévisions publiées en avril 2025, l’institution table sur un niveau de dette publique française à 116 % du PIB à la fin de l’année, soit une hausse de 4,3 points de pourcentage par rapport à 2022.
Une pression budgétaire renforcée par le réarmement européen
Le contexte géopolitique marqué par le réarmement en Europe contribue à cette tendance. Les efforts budgétaires consacrés à la défense devraient continuer d’alimenter les dépenses publiques dans les mois à venir, participant au gonflement de la dette dans un environnement économique déjà contraint.
Une dégradation partagée par plusieurs grandes puissances
La France n’est pas isolée dans cette dynamique. D’après les projections du FMI, plusieurs grandes économies verront également leur dette publique s’accroître de manière marquée entre 2022 et 2025 :
- Chine : 96,3 % du PIB en 2025, soit +18,9 points
- Canada : 112,5 %, +5,2 points
- Royaume-Uni : 103,9 %, +3,5 points
- États-Unis : 122,5 %, +2 points
L’Espagne, seul grand pays en nette amélioration
À rebours de cette tendance, l’Espagne parvient à réduire significativement son niveau d’endettement. La dette publique espagnole est tombée à 101,8 % du PIB fin 2024 et devrait atteindre 100,6 % fin 2025, soit –8,8 points sur trois ans.
Cette évolution s’explique en partie par la forte croissance économique espagnole, qui a dépassé 3 % en 2024, soit 4,5 fois la moyenne de la zone euro. Cette dynamique a permis un recul mécanique du ratio dette/PIB.
Source : Statista
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