Stablecoins : la BCE alerte sur l’impact potentiel des stablecoins sur la politique monétaire

Un risque potentiel pour la transmission de la politique monétaire
Une étude publiée mardi 3 mars 2026 par des économistes de la Banque centrale européenne met en garde contre les effets que pourrait avoir l’essor des stablecoins sur la politique monétaire et le financement de l’économie dans la zone euro. La diffusion de ces crypto-actifs pourrait inciter les ménages et les entreprises à transférer une partie de leurs liquidités depuis les comptes bancaires vers des stablecoins. Une telle évolution entraînerait une diminution des dépôts bancaires, obligeant les établissements à se financer davantage sur les marchés, à des conditions souvent plus coûteuses et plus volatiles. Selon les auteurs de l’étude, un tel déplacement des dépôts pourrait réduire la capacité des banques à accorder du crédit à l’économie réelle. Or, dans la zone euro, la transmission de la politique monétaire repose largement sur le système bancaire. Une contraction de la base de dépôts pourrait donc affaiblir l’efficacité des décisions de la BCE, notamment en matière de taux d’intérêt.
À ce stade, les économistes de l’institution soulignent toutefois que l’impact reste limité. Les dépôts bancaires dans la zone euro représentent environ 17 000 milliards d’euros, alors que le marché mondial des stablecoins pèse aujourd’hui près de 300 milliards de dollars. La dynamique de croissance du secteur attire néanmoins l’attention des autorités monétaires. Selon les estimations citées dans l’étude, la capitalisation des stablecoins pourrait atteindre entre 900 milliards et 4 000 milliards de dollars d’ici 2030.
Une domination du dollar qui interroge la souveraineté monétaire européenne
Un autre sujet d’inquiétude concerne la structure même du marché. Plus de 95 % des stablecoins sont aujourd’hui libellés en dollars, ce qui pourrait exposer la zone euro à des conditions monétaires définies en dehors de son contrôle si ces actifs étaient davantage utilisés en Europe. Les économistes de la BCE estiment que des conditions monétaires étrangères pourraient ainsi être « importées » dans la zone euro via les stablecoins.
L’étude met également en lumière les différences de régulation entre juridictions. En Europe, le règlement MiCA impose des limites quantitatives aux stablecoins et des exigences strictes pour les émetteurs. Aux États-Unis, certaines propositions législatives prévoient principalement que ces actifs soient adossés à des réserves liquides, sans plafonds comparables.
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L’euro numérique comme réponse stratégique de la BCE
Dans ce contexte, la BCE poursuit parallèlement ses travaux sur l’euro numérique, conçu comme un instrument de paiement public destiné à préserver la stabilité financière et l’efficacité de la politique monétaire face au développement des monnaies numériques privées.
Sources : Reuters, Boursier.com, BFM Business, Zonebourse
Stablecoins : pourquoi la BCE alerte sur les risques pour la stabilité financière ?
Dans une publication préliminaire en novembre 2025 à son rapport complet, l’institution souligne que les stablecoins restent aujourd’hui surtout utilisés dans le trading de crypto-actifs et ne provoquent pas de sorties massives de dépôts bancaires dans la zone euro. Leur usage réel dans les transactions du quotidien demeure marginal, tandis que leur pénétration auprès des ménages reste inférieure à 1 %. Cependant, en cas d’adoption massive, une substitution des dépôts bancaires par les stablecoins pourrait réduire une source essentielle de financement pour les banques et accroître leur dépendance à des ressources plus volatiles.
Une capitalisation en forte expansion et un risque de fragmentation réglementaire
Entre 2019 et 2025, la capitalisation totale a été multipliée par plus de cent selon la Banque des règlements internationaux. Un émetteur souligne que les stablecoins peuvent renforcer la domination internationale du dollar en créant une demande massive pour les bons du Trésor américains.
Un autre risque identifié concerne les modèles multi-juridictionnels. Si un même stablecoin est émis dans l’Union européenne et hors d’Europe, les réserves détenues dans l’UE pourraient ne pas suffire à satisfaire l’ensemble des demandes de rachat, créant un risque de panique. L’Autorité bancaire européenne rappelle que les émetteurs doivent disposer d’un volume suffisant d’actifs liquides pour répondre aux rachats, condition qui doit fonctionner à l’échelle mondiale. Le règlement MiCA fixe un cadre mais les disparités entre juridictions créent une fragilité, particulièrement dans un modèle multi-émission.
Des usages encore concentrés sur le trading mais une interconnexion croissante
Le trading de cryptomonnaies reste de loin le principal cas d’usage des stablecoins. Les paiements transfrontaliers ne jouent qu’un rôle mineur et les transactions de détail sont limitées, Visa estimant que seulement 0,5 % des volumes correspondent à des transferts organiques de faible montant. Les flux demeurent majoritairement transfrontaliers selon une étude du FMI mais sans preuve qu’ils soient systématiquement liés aux transferts de fonds.
Même si les stablecoins indexés sur le dollar dominent le marché avec près de 84 %, leurs interconnexions avec les marchés financiers de la zone euro restent limitées.
Un enjeu stratégique pour l’Europe et la question de la souveraineté monétaire
La montée en puissance de stablecoins essentiellement adossés au dollar soulève un enjeu de souveraineté pour l’Europe. Les membres du comité exécutif de la BCE, dont Piero Cipollone, rappellent qu’ils peuvent constituer une menace pour l’autonomie européenne en matière de paiements. L’introduction d’un euro numérique, dont un projet pilote est prévu en 2027 et une première émission possible en 2029, s’inscrit dans cette réflexion. L’Europe peut également soutenir l’émission de stablecoins en euros conformes à MiCA et moderniser ses infrastructures financières fondées sur des registres distribués.
L’alerte de la BCE dépasse donc la seule dimension financière immédiate. Dans des infrastructures de paiement en transformation rapide, la devise la plus liquide tend à s’imposer comme actif de règlement. Aujourd’hui, c’est le dollar et l’Europe cherche à éviter un décrochage durable dans les futures architectures financières mondiales. Même si les risques actuels sont jugés limités dans la zone euro, la BCE appelle à une surveillance étroite et à une harmonisation mondiale des cadres réglementaires pour réduire les arbitrages transfrontaliers et renforcer la résilience financière.
Source : ABCbourse, actufinance, journalducoin
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