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Natixis Wealth Management

Dette française : le retour des taux de 2008 met le budget 2027 sous pression

Économie
dette france

Le coût de financement de la France retrouve des niveaux inconnus depuis la crise financière. Le rendement de l’obligation assimilable du Trésor (OAT) à 10 ans a atteint 4,10 % mardi 18 août, son plus haut niveau depuis novembre 2008. À cette époque, le taux français avait culminé à 4,20 %.

Cette remontée ne se répercute pas immédiatement sur l’ensemble de la dette publique. Les obligations déjà émises conservent leur taux jusqu’à leur échéance. Elle renchérit en revanche progressivement le financement du déficit et le renouvellement des titres arrivant à maturité, alors que la dette publique française atteignait 3 536,1 Md€ à la fin du 1er trimestre 2026, soit 117,5 % du PIB.

Un taux français à 10 ans au plus haut depuis 2008

La hausse des rendements obligataires ne concerne pas uniquement la France. Les taux progressent dans plusieurs grandes économies, alimentés notamment par les inquiétudes inflationnistes liées aux prix élevés du pétrole et à la guerre au Moyen-Orient.

La persistance des tensions au Moyen-Orient entretient notamment le risque d’un pétrole durablement cher, susceptible d’alimenter l’inflation et, par ricochet, les rendements obligataires. Les perspectives autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures, restent particulièrement surveillées. Donald Trump a déclaré qu’il ne prolongerait pas la trêve de 60 jours entre Washington et Téhéran prévue dans un protocole d’accord de juin, tandis que l’Iran a qualifié cette trêve de « hors de propos ».

« Les marchés ne parviennent pas à se débarrasser de leurs inquiétudes inflationnistes », explique Jochen Stanzl, analyste chez Consorsbank. Une inflation durablement élevée conduit les investisseurs obligataires à demander des rendements supérieurs afin de compenser la diminution de la valeur réelle de leurs créances.

Le mouvement touche aussi l’Allemagne, dont les obligations souveraines servent de référence au sein de la zone euro. Son rendement à 10 ans a atteint 3,26 %, au plus haut depuis 2011. Aux États-Unis, le rendement du Treasury à 10 ans a atteint 4,70 %, contre environ 3,90 % fin février.

310 Md€ d’émissions de dette prévus en 2026

Pour les finances publiques françaises, l'enjeu tient principalement au rythme auquel les nouveaux taux se transmettent au coût de la dette. Le besoin de financement de l’État est fixé à 305,7 Md€ en 2026. Il comprend notamment 124,4 Md€ de déficit budgétaire et 175,8 Md€ de remboursements de titres à moyen et long terme. Pour assurer son financement, l’Agence France Trésor prévoit 310 Md€ d’émissions nettes de dette à moyen et long termes. La France ne refinance donc pas ses 3 536,1 Md€ de dette publique en une seule fois. En revanche, chaque nouveau titre émis pour financer le déficit ou remplacer une obligation arrivée à échéance est soumis aux conditions de marché du moment. C'est ce mécanisme qui explique la transmission progressive de la hausse des taux à la charge d’intérêts.

Une hausse des taux dont le coût augmente au fil des années

Les estimations de l’Agence France Trésor reprises par la commission des finances du Sénat permettent de mesurer cet effet dans le temps. Une hausse de 1 point de pourcentage de l’ensemble des taux entraînerait un surcoût de 3,2 Md€ après 1 an. Ce surcoût atteindrait 23,5 Md€ après 5 ans puis 33,5 Md€ après 9 ans. Ces montants ne correspondent pas à la charge totale de la dette, mais au coût supplémentaire provoqué par une hausse uniforme de 1 point des taux par rapport au scénario de référence. La pression sur les finances publiques augmente ainsi à mesure que les anciennes obligations sont remplacées par de nouveaux titres émis à des conditions plus coûteuses. La charge totale de la dette progresse déjà. Elle atteignait 29,2 Md€ au 1er semestre 2025, contre 34,5 Md€ sur la même période en 2026. Sur l’ensemble de l’année 2026, elle pourrait atteindre 64 Md€. « Si les taux d’intérêt passent de 3 à 4 %, cela fait une augmentation de la charge qui est d’environ 30-35 Md€ au bout de 10 ans, c’est la moitié du budget annuel de l’éducation », explique François Ecalle, spécialiste des finances publiques. Il précise néanmoins que « cette montée de la charge d’intérêt est très étalée dans le temps » et que ses effets resteront « très faibles en 2026 ».

Le taux français à 30 ans approche désormais 5 %

La tension est également visible sur les échéances les plus longues. Le rendement de l’emprunt français à 30 ans a atteint 4,90 %, lui aussi au plus haut depuis 2008. Cette partie de la courbe des taux constitue un indicateur particulièrement suivi pour évaluer la rémunération demandée par les investisseurs afin de détenir de la dette souveraine sur plusieurs décennies. « Il y a un mouvement de défiance, les marchés voient des États très endettés qui ne prennent pas de mesures claires de désendettement, avec même les bons élèves comme l’Allemagne qui empruntent massivement », estime Benoît Vesco, président de Delubac AM. Selon lui, la France fait « l’objet d’une pression encore plus forte » car elle est considérée par les marchés comme un point de fragilité de la zone euro en matière d’endettement. L’approche de l’élection présidentielle de 2027 alimente également les interrogations des investisseurs sur la trajectoire future des finances publiques.

Le budget 2027 face à une charge de la dette plus lourde

La remontée des taux intervient alors que la préparation du budget 2027 est déjà présentée comme « difficile » par Roland Lescure. Elle place également les conditions de marché au-dessus des hypothèses retenues jusqu’ici par le gouvernement.

Le projet de loi de finances pour 2026 reposait en effet sur un taux à 10 ans de 3,8 % à la fin de 2026. À 4,10 %, le rendement observé sur le marché dépasse de 0,3 point cette hypothèse.

Cet écart ne signifie pas que la charge d’intérêts augmentera brutalement de plusieurs dizaines de Md€ dès 2027. Il modifie progressivement le coût moyen auquel l’État finance ses besoins, au rythme des nouvelles émissions et du renouvellement de la dette existante.

Une baisse des rendements au cours des prochains mois limiterait cette pression. Leur maintien durable au-dessus de 4 % ferait au contraire entrer progressivement ces conditions de financement plus coûteuses dans le stock de dette.

Avec 310 Md€ d’émissions nettes à moyen et long termes programmées en 2026 et un volume important de titres à renouveler chaque année, l’évolution du marché obligataire devient ainsi l’un des paramètres déterminants des arbitrages budgétaires à l’approche de 2027.

Sources : La Tribune, Libération, Boursorama, Capital, Insee, Budget.gouv.fr, Sénat

Lire aussi : Budget 2027 : le gel partiel des retraites aisées revient sur la table

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