Une remise en cause inédite de l’indépendance de la Fed

La procédure judiciaire ouverte contre Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, a suscité une réaction rare et transpartisane au sein de l’establishment économique américain. D’anciens présidents de la Fed, des responsables politiques démocrates comme républicains ainsi que les marchés financiers dénoncent une attaque jugée sans précédent contre l’indépendance de la banque centrale des États-Unis.
Une mobilisation inédite des anciens présidents de la Fed
Janet Yellen, Alan Greenspan et Ben Bernanke, rejoints par d’autres anciens responsables économiques ayant servi sous des administrations démocrates et républicaines, ont publié un communiqué commun pour condamner la procédure engagée par le ministère de la Justice contre Jerome Powell. Ils estiment qu’elle vise à saper l’indépendance de l’institution monétaire et rappellent que l’État de droit constitue la base de la réussite économique américaine.
Selon eux, l’indépendance de la Fed et la perception qu’en a le public sont essentielles à la réalisation de ses objectifs fondamentaux fixés par le Congrès, à savoir la stabilité des prix, le plein-emploi et des taux d’intérêt modérés à long terme. Ils voient dans cette procédure « une tentative sans précédent d’utiliser des poursuites judiciaires pour porter atteinte à cette indépendance », avertissant que ce type de pratiques est généralement observé dans des économies dotées d’institutions faibles, avec des conséquences inflationnistes sévères.
Jerome Powell dénonce une instrumentalisation de la justice
Jerome Powell a lui-même rendu publique la procédure engagée à son encontre lors d’une déclaration filmée inhabituelle, diffusée dimanche soir. Le président de la Fed a affirmé qu’il ne céderait pas aux pressions politiques et a qualifié l’action du ministère de la Justice de « sans précédent », estimant qu’elle repose sur un prétexte lié à son refus d’orienter la politique monétaire dans le sens souhaité par Donald Trump.
Cette procédure pourrait, à terme, conduire à des poursuites pénales à l’encontre de Jerome Powell, notamment en lien avec les travaux de rénovation du siège de la Réserve fédérale, un dossier que Donald Trump affirme ne pas avoir initié.
Des inquiétudes croissantes sur les marchés financiers
Les marchés financiers ont réagi avec prudence à cette escalade institutionnelle. La crainte dominante est celle d’une Fed soumise à des considérations politiques, susceptible de s’écarter de son mandat de stabilité des prix. Cette inquiétude a pesé sur le dollar et sur les valeurs financières, tandis que les métaux précieux, considérés comme des valeurs refuges, ont atteint de nouveaux records.
À Wall Street, le secteur financier a été particulièrement affecté, dans un contexte déjà tendu par la volonté affichée de Donald Trump de plafonner les taux d’intérêt des cartes de crédit. Les banques et les acteurs du paiement ont enregistré de nettes baisses, illustrant la sensibilité des marchés à toute remise en cause de l’indépendance monétaire.
Des réactions politiques transpartisanes au Congrès
La procédure a également provoqué de vives réactions au Congrès. Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a dénoncé une attaque directe contre l’indépendance de la Fed, estimant que toute institution ou personnalité refusant de s’aligner sur les desiderata présidentiels se retrouvait désormais sous pression judiciaire.
Plus inhabituel, plusieurs sénateurs républicains ont exprimé leurs réserves. John Thune, leader de la majorité républicaine au Sénat, a souligné que les accusations devraient être solides compte tenu des enjeux. Lisa Murkowski et Thom Tillis ont averti que toute perte d’indépendance de la Fed fragiliserait la stabilité des marchés et de l’économie américaine, allant jusqu’à conditionner leur soutien à de futures nominations à la banque centrale à l’issue de cette affaire.
Une succession à la Fed sous haute tension
Cette crise institutionnelle intervient alors que le mandat de Jerome Powell arrive à son terme en mai. Donald Trump peut annoncer à tout moment le nom de son successeur potentiel. Le président américain a évoqué son conseiller économique Kevin Hassett comme favori, tout en affichant sa préférence pour une personnalité résolument favorable à des baisses de taux rapides, au risque d’un relâchement prématuré de la lutte contre l’inflation.
Dans ce contexte, la procédure visant Jerome Powell dépasse largement le cadre judiciaire. Elle pose une question centrale pour les investisseurs et les marchés mondiaux : celle de la préservation de l’indépendance de la première banque centrale mondiale, pilier de la crédibilité monétaire et financière des États-Unis.
Sources : Le Monde, AFP, AOF, Boursorama
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