Kevin Warsh à la Fed : quels impacts pour les investisseurs ? (Amplegest)

We need to talk about Kevin !
Vendredi 30 janvier 6:38 AM E.T. : le nom du candidat proposé par le 47ème POTUS au fauteuil de Jerome Powell est tombé à l’issue d’un feuilleton à rebondissements que certains commentateurs n’ont pas manqué de rapprocher du show télévisuel qui a permis à D. Trump d’asseoir la popularité et construire la mythologie qui l’ont conduit à la Maison blanche. Au grand soulagement d’une part non négligeable des investisseurs, ce choix s’est finalement porté sur Kevin Warsh plutôt que sur celui qui a longtemps été favori pour entrer par la grande porte dans l’Edifice Marriner S. Eccles sur Constitution Avenue, le (pour beaucoup) trop servilement trumpiste, Kevin Hassett.
Kevin Warsh, un profil de faucon aux solides réseaux politiques et financiers
Kevin Warsh, 55 ans, a, à première vue, toutes les qualités requises pour le poste, depuis le CV jusqu’aux connexions tant dans les arcanes de Wall Street ou la Silicon Valley que sur les bancs du Grand Old Party. Au-delà de ses qualités propres, il est le gendre de Robert Lauder, héritier des cosmétiques Estée Lauder, ancien Ambassadeur des États-Unis sous R. Reagan, donateur majeur du Parti Républicain et compagnon de route de D. Trump depuis de très longues années.
Passé par Stanford et Harvard, où il obtient un doctorat en droit, il débute comme banquier d’affaires en fusions-acquisitions chez Morgan Stanley avant de rejoindre l’administration Bush comme conseiller économique spécial de la Présidence et secrétaire exécutif du Conseil économique national entre 2002 et 2006. Il intègre ensuite le Conseil des Gouverneurs de la Fed de 2006 à 2011, où il forge sa réputation de « faucon », notamment durant la crise financière, avant de rejoindre le family office de Stanley Druckenmiller.
Le marché a d’ailleurs salué sa nomination par un rebond de la devise américaine et une correction des proxys short USD. Mais derrière ce portrait flatteur subsistent des zones d’ombre susceptibles de brouiller l’analyse de Wall Street, tant sur la future orientation de la politique monétaire que sur la question de l’indépendance de la Fed.
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Indépendance de la Fed et cohérence doctrinale : une lecture plus nuancée
Si Kevin Warsh s’est construit une réputation de faucon, poussant très loin la posture anti-inflationniste durant son mandat à la Fed, il s’est montré plus inconstant par la suite. Certains observateurs ont relevé qu’il plaidait pour des politiques restrictives sous gouvernements démocrates et pour un relâchement monétaire sous administrations républicaines.
Une autre lecture du personnage émerge alors : celle d’un animal politique aguerri, plus attentif à sa trajectoire qu’à la cohérence stricte de ses convictions. La question centrale devient celle de sa capacité réelle à préserver l’indépendance de la Réserve fédérale face aux attentes de la Maison blanche.
Vers un changement de régime monétaire à la Fed ?
Kevin Warsh a appelé à un véritable changement de régime à la Fed. Cela impliquerait le passage d’une politique monétaire « data dependent » à une approche davantage guidée par des convictions, ainsi qu’une redéfinition du périmètre d’intervention de la banque centrale. Il a également évoqué une refonte de l’accord de 1951 entre le Trésor et la Fed, pierre angulaire de l’indépendance de cette dernière, et s’est toujours montré favorable à une réduction drastique du bilan.
La référence implicite à Alan Greenspan et au milieu des années 1990 nourrit le narratif d’un possible saut de productivité lié à l’intelligence artificielle, qui permettrait d’assouplir rapidement la politique monétaire sans dérapage inflationniste. Mais un tel scénario repose sur un pari : rien ne démontre que l’économie américaine ait déjà atteint ce point d’inflexion.
Réduction du bilan et quantitative tightening : un pari sur les marchés de taux
Profondément critique à l’égard du quantitative easing, Kevin Warsh semble considérer que l’expansion du bilan a principalement gonflé les valorisations financières sans bénéfice durable pour l’économie réelle. Son projet consisterait à réduire significativement ce bilan, aujourd’hui supérieur à 6 000 milliards de dollars, sans provoquer de crise sur les marchés de taux ni de choc sur le financement de l’économie.
Or toute phase de quantitative tightening exerce mécaniquement une pression sur l’ensemble de la courbe des taux. Le pari suppose donc une capacité accrue du secteur privé à absorber les Treasuries, dans un contexte de dette fédérale supérieure à 100 % du PIB et de déficit structurel élevé. Cela implique potentiellement un ajustement de la régulation bancaire et une coordination renforcée entre le Trésor et la Fed.
Taux, dollar, crédit : quels impacts pour les investisseurs ?
Même dans une lecture optimiste, les ambitions affichées laissent planer un risque de volatilité accrue. L’abandon de toute forward guidance renforcerait l’incertitude.
Son accession à la présidence de la Fed pourrait se traduire par une baisse des taux directeurs et une accentuation de la pentification de la courbe, une tension accrue sur le marché repo et une volatilité plus marquée des primes de crédit, ainsi qu’un affaiblissement progressif du dollar, le rebond initial de l’USD ayant déjà été de courte durée.
Dans ce contexte, la mise en place de stratégies de pentification sur les taux américains apparaît cohérente au sein des fonds flexibles, tout comme un intérêt renouvelé pour les marchés émergents, potentiels bénéficiaires d’un dollar durablement plus faible.
Une certitude demeure : si Kevin Warsh est confirmé, son mandat pourrait marquer un véritable tournant monétaire aux États-Unis.
Par Mathieu Cron, Amplegest
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Crédit photo : @GettyImages
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