Facture électronique : une réforme qui accélère la recomposition du marché comptable

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À mesure que l’échéance de la facturation électronique approche, la réforme dépasse largement le cadre d’une simple mise en conformité réglementaire. Elle agit désormais comme un facteur de recomposition structurelle, à la fois pour les entreprises et pour les cabinets comptables, en modifiant les chaînes de valeur, les rapports de dépendance technologique et les équilibres concurrentiels du secteur.

À partir du 1er septembre 2026, les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire devront non seulement être en capacité de recevoir des factures électroniques, comme l’ensemble des entreprises, mais également d’en émettre dans des formats structurés, via des plateformes agréées. Les TPE, PME et travailleurs indépendants bénéficieront d’un délai supplémentaire jusqu’au 1er septembre 2027 pour l’émission, mais l’effet d’entraînement est déjà engagé.

Une montée en charge progressive, tirée par les grands acteurs

Les grandes entreprises et les ETI ont été les premières à investir massivement pour se préparer à la réforme. Certaines ont engagé des actions de sensibilisation de leurs écosystèmes, fournisseurs et clients, tandis que d’autres attendent la phase pilote organisée par la direction générale des finances publiques, prévue entre mars et août 2026, pour tester les flux en conditions réelles.

Cette phase expérimentale, pilotée par les plateformes agréées, doit permettre d’identifier les points de friction opérationnels avant la généralisation du dispositif. Pour les pouvoirs publics comme pour les acteurs économiques, elle constitue une étape clé dans l’appropriation collective de la réforme.

Une obligation différée pour les PME, mais un impact immédiat

Si les TPE et PME ne seront tenues d’émettre des factures électroniques qu’à partir de septembre 2027, elles devront en revanche être capables d’en réceptionner dès 2026. Cette asymétrie crée un décalage stratégique. Certains experts-comptables recommandent à leurs clients d’attendre l’obligation légale pour l’émission, afin de laisser les grands acteurs essuyer les premiers ajustements techniques.

Dans les faits, toutefois, l’interdépendance des entreprises rend cette attente relative. Toutes les entreprises doivent s’inscrire sur l’annuaire central de la plateforme publique de facturation, véritable gare de tri des flux. Dès lors, le choix d’une plateforme agréée, directement ou par mandat, devient un passage obligé, y compris pour les plus petites structures.

Une bataille concurrentielle autour des plateformes et des intermédiaires

La réforme de la facture électronique a déclenché une forte intensification de la concurrence entre plateformes agréées, banques, éditeurs de logiciels et acteurs de la précomptabilité. Banques traditionnelles, néobanques, éditeurs historiques et nouveaux entrants se positionnent pour capter les flux et devenir des intermédiaires de référence.

À ce stade, plus de cent plateformes sont immatriculées par l’administration fiscale, et plusieurs centaines de milliers d’entreprises ont déjà déclaré une adresse de réception des factures électroniques. Cette effervescence crée des opportunités, mais aussi des risques de fragmentation et de dépendance technologique pour les entreprises utilisatrices.

La facture électronique au cœur des préoccupations des cabinets comptables

Du côté des cabinets comptables, la réforme s’impose comme la principale échéance stratégique des prochains mois. Selon le baromètre 2025 de la profession comptable, le moral et l’activité des cabinets se stabilisent après une année 2024 marquée par de fortes tensions opérationnelles. La trésorerie demeure solide, et les difficultés de recrutement, bien que persistantes, reculent.

Mais cette relative accalmie masque une montée en pression liée à la facture électronique. La dépendance aux éditeurs de logiciels atteint un niveau élevé, reflétant la sensibilité des cabinets aux coûts, aux délais de mise en conformité et à la fiabilité des solutions proposées. La réforme agit ainsi comme un révélateur des rapports de force entre cabinets et fournisseurs technologiques.

Intelligence artificielle et automatisation, une transformation accélérée

Parallèlement à la facturation électronique, l’intégration de l’intelligence artificielle progresse rapidement dans les cabinets. L’automatisation des tâches répétitives et l’exploitation accrue des données transforment les processus internes et redéfinissent la valeur ajoutée du métier.

Cette évolution ouvre des gains de productivité, mais elle suppose des investissements en formation et en outils, dans un contexte de hausse continue des coûts logiciels. La facture électronique, en standardisant les flux, constitue un socle technique qui facilite cette mutation vers des services à plus forte valeur analytique.

Vers une concentration accrue du marché comptable

Le baromètre met également en évidence une dynamique de concentration progressive du secteur. Les regroupements et rachats de cabinets se multiplient, portés par l’arrivée d’investisseurs et par la nécessité d’atteindre une taille critique pour absorber les coûts technologiques et réglementaires.

Dans ce mouvement, les cabinets capables de proposer une offre élargie, intégrant conseil, data et pilotage, semblent mieux armés pour tirer parti de la réforme. À l’inverse, les structures plus fragiles pourraient voir leur modèle économique remis en question.

Un « second marché » en émergence autour de la data et des services

Enfin, la généralisation de la facture électronique favorise l’émergence d’un « second marché », non réglementé, centré sur l’exploitation des données, le pilotage de la performance et les services additionnels. Cette diversification ouvre de nouveaux relais de croissance pour les cabinets, tout en posant des enjeux stratégiques en matière de positionnement et de gouvernance.

À l’approche de 2026, la facture électronique apparaît ainsi moins comme une contrainte administrative que comme un accélérateur de transformation. Elle redessine les contours du marché comptable, renforce l’interdépendance entre acteurs et pourrait durablement modifier l’équilibre entre cabinets, éditeurs et intermédiaires financiers.

Sources : Les Échos Entrepreneurs, Le CEG baromètre 2025 sur la profession comptable

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