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Économie

Financière de la Cité : Banques centrales, une croissance revue à la baisse pour 2023

17
Jan
2023

Dans un contexte de début de reflux de l’inflation intervenu au cours des semaines précédentes – notamment sur le front de l’énergie – le mois de décembre 2022 a été marqué par les réunions des banques centrales, notamment de la BCE et de la Fed, et par la publication de leurs nouvelles projections macroéconomiques.

Ainsi, du côté des Etats-Unis, la Réserve fédérale a substantiellement révisé ses anticipations de croissance en les faisant passer de 1.2% (prévision de septembre) à 0.5% pour l’année 2023. Dans le même temps, son anticipation d’inflation a été révisée à la hausse, passant de 2.8 à 3.1% (PCE) pour 2023. Un ajustement qui explique la révision du taux de chômage attendu, celui-ci passant de 4.4 à 4.6% tandis que les taux Fed Funds attendus ont été revus à la hausse, de 4.6 à 5.1% pour l’année 2023.

Dans son discours, Jerome Powell a mis l’accent sur la nécessité de maintenir des taux élevés tout au long de l’année 2023, tout en estimant que la « destination » - le taux terminal – dépendrait de l’évolution des prochaines publications macroéconomiques. Dans un contexte de reflux de l’inflation sur les biens et d’un décalage des données relatives à l’immobilier, l’inflation sur les services - hors immobilier - sera particulièrement observée par les Gouverneurs de la Fed. Le lien existant entre ce poste de l’inflation et l’évolution des salaires place également les prochaines publications relatives aux évolutions salariales au premier plan des déterminants de la politique qui sera menée par la Fed au cours de l’année 2023.

Alors que les salaires mesurés par le AHE (Average Hourly Earnings) évoluaient à un rythme de 5.1% au mois de novembre 2022, la Fed souhaite observer une baisse de pression sur le marché de l’emploi afin que le rythme de progression des salaires s’aligne sur un niveau plus cohérent avec une inflation de 2%, soit un niveau vraisemblablement compris entre 3 et 4%.

Pourtant, malgré la cadence de hausses des taux imprimée par la Réserve fédérale, le niveau d’activité de l’économie américaine ne semble pas avoir été lourdement impacté, avec une hausse de PIB de 3.8% (annualisée) attendue aux Etats-Unis pour le 4e trimestre 2022, selon l’indice GDPNow de la Fed d’Atlanta. Cette résilience de l’économie américaine pourrait ainsi être renforcée dans le cas où l’inflation, notamment sur les biens et l’énergie, venait à refluer.

A l’inverse d’un discours plutôt convenu de la part de la Réserve fédérale, la tonalité de la conférence de presse de la Banque centrale européenne a surpris par son caractère restrictif. En effet, malgré une hausse de 50 points de base contre 75 lors de la réunion précédente, la BCE s’est engagée spécifiquement à remonter ses taux de 50 points de base à l’occasion des deux premières réunions de l’année 2023 (2 février et 16 mars). Cet engagement a surpris les marchés financiers qui ne voyaient pas la BCE remonter ses taux au-delà d’un niveau de 3%, seuil qui devrait pourtant être franchi au premier trimestre 2022.

La BCE a pu justifier cette nouvelle approche par la révision à la hausse des anticipations d’inflation pour la zone euro. Ainsi l’inflation attendue par les membres du conseil pour 2022 est de 8.4%, 6.3% en 2023, 3.4% en 2024 et 2.3% pour 2025. Dès lors, l’ensemble du spectre de projection se trouve à un niveau supérieur à l’objectif cible de 2% de la BCE, ce qui a eu pour effet de voir celle-ci amplifier ses mesures de restriction monétaire en zone euro. Malgré cela, la BCE ne pronostique toujours pas de récession sur l’exercice 2023, tout en considérant que le dernier trimestre 2022 et le premier trimestre 2023 seront négatifs.

Europe et Etats-Unis se trouvent ainsi dans une situation antinomique où la Réserve fédérale ne devrait augmenter ses taux directeurs que modérément au cours de l’année 2023 dans un contexte de résilience de son niveau d’activité, et où la Banque centrale européenne augmenterait les siens de 100 points de base lors du premier trimestre, dans un contexte récessif de court terme. Dans les deux cas, cependant, la baisse des prix de l’énergie apparaît comme une mesure de soutien aussi inattendue que significative.

Le mois de décembre 2022 a également été marqué par le revirement de l’approche chinoise. Ainsi, quelques semaines après le Congrès du parti qui a assuré un nouveau mandat à Xi Jinping, ce dernier a mis fin aux mesures de restriction qui entravaient la population depuis près de 3 années. Selon les informations du Wall Street Journal, cette décision aurait été prise en raison d’une perte de contrôle antérieure de l’épidémie, malgré les restrictions, mais également en raison des manifestations qui ont vu le jour à l’automne. Ce choix de priorité donnée à l’économie a eu pour effet de voir s’accroitre exponentiellement le nombre de cas et de décès, ainsi qu’un risque de nouvelle perturbation de l’économie chinoise qui se matérialiserait à court terme.

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