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Murano
Murano
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Galilee Asset Management
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Sunny AM
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Dorval Asset Management
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Tikehau Capital
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Tailor AM
Julien Quistrebert

Dette liée à l'IA : les premières fissures apparaissent sur le marché obligataire

Analyses de marchés

Après avoir massivement financé les infrastructures de l'intelligence artificielle, les investisseurs commencent à s'inquiéter de l'endettement des entreprises du secteur. Les obligations de CoreWeave subissent de fortes tensions, tandis que S&P Global alerte sur des engagements financiers potentiellement sous-estimés chez les géants technologiques. Entre investissements colossaux, financements complexes et incertitudes sur la rentabilité, le marché du crédit lié à l'IA entre-t-il dans une nouvelle phase de risque ?

Financement de l'IA : les investisseurs commencent à s'inquiéter de la dette

Le développement de l'intelligence artificielle mobilise des capitaux considérables pour financer les centres de données, les processeurs graphiques (GPU) et les infrastructures informatiques nécessaires à l'entraînement et à l'utilisation des modèles.

Assureurs, fonds d'investissement et établissements financiers ont participé à cette expansion, attirés par les perspectives de croissance du secteur et les besoins de financement à long terme.

Mais les premières tensions apparaissent sur le marché obligataire. Cette correction intervient alors que les investisseurs s'interrogent sur la capacité des entreprises du secteur à générer suffisamment de trésorerie pour financer leurs investissements et rembourser leurs emprunts.

CoreWeave : une dette de 72 Md$ sous pression

CoreWeave concentre une grande partie des inquiétudes récentes. L'entreprise, spécialisée dans la location de capacités de calcul intensif pour l'intelligence artificielle, a largement recours à l'endettement pour financer ses infrastructures.

D'après Challenges, la dette de CoreWeave atteint 72 Md$, un montant qui suscite des interrogations sur la soutenabilité de son modèle de financement. L'entreprise utilise notamment des processeurs graphiques (GPU) comme garanties pour obtenir certains financements. La détérioration de la perception du risque de crédit s'est accompagnée d'une forte correction de ses obligations. Celles-ci se négociaient avec une prime de rendement d'environ 1 000 points de base par rapport aux obligations du Trésor américain, un niveau généralement associé à une dette en difficulté, ou distressed debt. Cette hausse des rendements accompagne la baisse des prix obligataires et pourrait renchérir les conditions de refinancement de l'entreprise.

La correction s'est également répercutée sur les marchés actions. Le titre CoreWeave a perdu plus de 20 % sur plusieurs séances, tandis qu'Oracle a enregistré un recul d'environ 10 % sur la période examinée par Brief IA. Microsoft et OpenAI figurent parmi les principaux clients de CoreWeave. Cette concentration constitue un élément important de son modèle économique. La capacité de l'entreprise à transformer ses contrats commerciaux en flux de trésorerie disponibles reste déterminante pour ses créanciers.

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CoreWeave : 103,7 Md$ de contrats clients à honorer

Malgré ces tensions, CoreWeave dispose d'un carnet de contrats important. À la fin du deuxième trimestre, le groupe affichait 103,7 Md$ d'obligations de performance restantes, correspondant à des prestations contractuelles qu'il doit encore fournir à ses clients et aux revenus associés.

Près de 40 % de ce montant est attendu en 2028. Les contrats concernés comportent des conditions de résiliation restrictives. Microsoft et OpenAI figurent parmi les principaux clients de CoreWeave. Cette concentration constitue un élément important de son modèle économique. Le volume des engagements contractuels apporte une certaine visibilité sur les revenus futurs, sans garantir leur encaissement immédiat ni la rentabilité des infrastructures financées. La capacité de CoreWeave à transformer ces contrats en flux de trésorerie disponibles reste donc déterminante pour ses créanciers.

Hyperscalers : S&P Global alerte sur une dette liée à l'IA potentiellement sous-estimée

Les inquiétudes ne concernent pas uniquement les fournisseurs spécialisés.

Dans une dépêche Reuters publiée le 19 octobre et reprise par Zonebourse, S&P Global estime que les grandes entreprises technologiques pourraient être exposées à davantage d'engagements financiers liés à l'IA que ne le laissent apparaître les informations actuellement disponibles.

L'agence évoque notamment des structures de financement complexes, dans lesquelles les grands groupes technologiques soutiennent indirectement la construction de centres de données ou le financement d'entreprises spécialisées.

Ces engagements peuvent prendre différentes formes et ne se retrouvent pas nécessairement dans la dette financière directement déclarée par les hyperscalers.

Mark Habib, responsable mondial des infrastructures numériques chez S&P Global, estime qu'une partie de ces engagements pourrait échapper à la visibilité des analystes de crédit.

Le principal risque concerne la capacité des investissements à générer les bénéfices attendus.

Plus de 7 000 Md$ d'investissements dans l'IA entre 2025 et 2030

L'ampleur des besoins financiers constitue un autre sujet de préoccupation.

S&P Global prévoit que les six grands hyperscalers américains retenus dans son analyse — Amazon, Microsoft, Alphabet, Oracle, Meta et SpaceX — consacreront plus de 7 000 Md$ aux centres de données et à d'autres dépenses d'investissement liées à l'IA entre 2025 et 2030.

L'agence anticipe également des flux de trésorerie disponibles négatifs au moins jusqu'en 2027 pour le périmètre étudié.

Ces montants correspondent à des dépenses d'investissement prévisionnelles et non à une estimation de dette supplémentaire.

La distinction est importante : les dépenses peuvent être financées par les ressources internes, l'endettement ou des montages impliquant des partenaires financiers.

La question porte donc autant sur le volume des investissements que sur leur financement et leur rentabilité future.

Oracle : une notation abaissée à BBB- par S&P Global

Les inquiétudes sur la dette liée à l'intelligence artificielle ont également des conséquences sur l'évaluation du risque de crédit des grands groupes technologiques.

En juillet 2026, S&P Global a abaissé la notation d'Oracle à BBB-, dernier échelon de la catégorie investment grade.

L'agence justifiait cette décision par l'ampleur des investissements du groupe dans l'IA et les incertitudes concernant leur trajectoire de rentabilité.

La catégorie investment grade regroupe les émetteurs considérés comme présentant une qualité de crédit suffisante pour répondre aux critères d'investissement de nombreux investisseurs institutionnels.

Un passage en catégorie spéculative pourrait réduire l'univers des investisseurs susceptibles de détenir certaines obligations et accroître le coût de financement de l'émetteur.

S&P Global ne considère toutefois pas, à ce stade, que les tensions récentes nécessitent une révision généralisée des notes de crédit des hyperscalers.

L'agence précise que ses évaluations reposent sur une analyse de long terme et pourraient évoluer si les dépenses d'investissement devenaient difficilement soutenables.

Dette privée et infrastructures IA : quels risques pour les assureurs et les fonds ?

Le financement de l'intelligence artificielle mobilise plusieurs segments du marché du crédit, des obligations d'entreprises aux prêts privés adossés à des actifs technologiques.

Les besoins de capitaux des exploitants de centres de données ont attiré des investisseurs institutionnels recherchant des actifs générateurs de revenus sur des horizons longs.

Les assureurs et les gestionnaires de dette privée peuvent notamment intervenir dans le financement d'équipements, d'infrastructures et de projets immobiliers spécialisés.

Ces opérations présentent néanmoins des risques spécifiques.

La valeur des garanties technologiques, notamment des GPU, dépend de l'évolution rapide des performances informatiques et du renouvellement des équipements.

La concentration des revenus sur quelques grands clients peut également accentuer l'exposition à certaines contreparties.

Enfin, la multiplication des structures de financement rend parfois plus complexe l'identification du risque économique final.

Pour les investisseurs institutionnels, l'analyse doit donc porter sur la qualité des emprunteurs, la structure des garanties, les échéances de remboursement et la capacité réelle des actifs financés à générer des revenus.

Marché obligataire : les tensions sur l'IA peuvent-elles se propager ?

Les difficultés de CoreWeave ont alimenté les inquiétudes concernant d'autres fournisseurs de capacités de calcul, parfois désignés sous le terme de neoclouds.

Ces entreprises développent des infrastructures spécialisées dans l'IA, souvent avec des besoins de financement importants et une forte dépendance aux dépenses de leurs principaux clients.

Leur profil financier peut différer sensiblement de celui des grands groupes technologiques disposant d'activités diversifiées et de ressources de trésorerie plus importantes.

Une hausse généralisée des primes de risque pourrait compliquer le refinancement des acteurs les plus endettés, particulièrement lorsque leurs besoins d'investissement restent élevés.

Le risque de contagion dépendrait notamment de l'exposition des créanciers, de la concentration des financements et des liens contractuels entre les entreprises.

Les difficultés d'un acteur spécialisé ne suffisent donc pas à conclure à une crise de crédit touchant l'ensemble de l'écosystème de l'intelligence artificielle.

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