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Argentine : Milei veut verrouiller le budget avec un "shutdown" automatique, sous le regard bienveillant du FMI

Économie
shutdown argentine

L'Argentine de Javier Milei multiplie les annonces cet été 2026. Le président a dévoilé un projet de réforme radical de la Banque centrale et un mécanisme de paralysie budgétaire automatique inspiré des États-Unis, quelques jours après une visite de la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, venue saluer le redressement économique du pays. Dans le même temps, un décret migratoire vise les étrangers jugés hostiles à l'Argentine.

Un "shutdown" automatique en cas de déficit budgétaire

Jeudi 30 juillet, Javier Milei a présenté dans une allocution télévisée les grandes lignes des réformes qu'il compte soumettre au Parlement. La première concerne la Banque centrale (BCRA), qu'il souhaite orienter vers un ascétisme monétaire strict. La nouvelle "charte organique" doit mettre fin, selon ses mots, à "l'escroquerie" de l'émission monétaire et au "vol par le politique... par la falsification de monnaie pour financer l'État". Considérant l'inflation comme un "phénomène monétaire", le président argentin veut que la mission première de la banque redevienne la préservation de la valeur de la monnaie.

Concrètement, le texte prévoit une "interdiction catégorique du financement de l'État" par la Banque centrale, que ce soit pour le Trésor, les provinces ou l'achat de titres publics. Le président et le conseil d'administration de l'institution seraient également mieux protégés des pressions politiques : leur révocation nécessiterait désormais l'accord des deux tiers des deux chambres du Parlement.

La seconde réforme, un "carcan budgétaire", vise à empêcher durablement tout budget en déficit. Javier Milei a expliqué que si le résultat budgétaire reste déficitaire pendant plusieurs mois consécutifs, le Parlement disposerait de quelques semaines pour rétablir l'équilibre des comptes, sans donner davantage de précisions sur les délais. "S'il ne le fait pas, le shutdown entrera automatiquement en vigueur", a-t-il prévenu. Sur le modèle américain, où ce mécanisme paralyse partiellement l'administration fédérale quand le Congrès et le président ne s'accordent pas à temps sur le budget, la version argentine gèlerait les activités jugées non essentielles : arrêt des nouvelles dépenses, suspension des attributions de contrats, gel des recrutements et interruption des transferts financiers aux provinces.

Aucune échéance n'a été fixée pour la présentation de ces textes au Parlement, où le parti libertarien de Javier Milei reste la première force à la Chambre des députés sans disposer d'une majorité absolue, ce qui l'oblige régulièrement à négocier des alliances ponctuelles.

Ces annonces interviennent trois jours après le passage à Buenos Aires de Kristalina Georgieva, dont l'institution considère la réforme de la Banque centrale comme une étape clé pour permettre à l'Argentine de retrouver l'accès aux marchés internationaux du crédit.

Le FMI salue une économie "beaucoup plus saine"

Lors de sa visite, lundi et mardi, la directrice générale du FMI s'est réjouie de l'évolution de l'économie argentine. "Ce que nous avons aujourd'hui, d'après tous les indicateurs, est une situation beaucoup plus saine", a-t-elle déclaré, saluant "le résultat du travail acharné du gouvernement, ainsi que de la persévérance et des sacrifices du peuple argentin".

Le contraste est net avec la précédente visite d'une direction du FMI dans le pays, en 2018, sous l'ère Christine Lagarde. La France dirigeait alors l'institution qui avait accordé un prêt record de 50 milliards de dollars au gouvernement de Mauricio Macri, sans parvenir à stabiliser le pays. Un nouvel accord avait ensuite été nécessaire en 2022, sous la présidence d'Alberto Fernández, pour restructurer environ 45 milliards de dollars de ce prêt et éviter la faillite. Entre ces deux visites, l'Argentine a connu trois présidents et cinq présidents de Banque centrale, une économie en récession une bonne partie de la période, et une inflation qui a frôlé 300 % peu après l'arrivée au pouvoir de Javier Milei en 2023.

Depuis, le président argentin a négocié un nouveau programme avec le FMI : une facilité de crédit de 20 milliards de dollars obtenue en avril 2025, assortie d'engagements sur les finances publiques, les réformes économiques et la politique de change, dont 15 milliards de dollars ont déjà été versés. Les résultats mis en avant par le Fonds sont significatifs. L'inflation, en partie maîtrisée, devrait redescendre autour de 25 % cette année. Le taux de pauvreté a reculé de 20 points en un an, à 31,6 % au premier semestre 2025. La croissance repart, avec une hausse du PIB attendue à 3,5 % cette année, et les finances publiques, portées par une politique d'austérité marquée, devraient afficher un excédent primaire de 1,4 % du PIB.

Des fragilités persistantes malgré l'embellie

Kristalina Georgieva n'a toutefois pas éludé les points de vigilance. Elle s'est dite préoccupée par la progression de l'emploi informel, qui touche 44 % de la population active, "car elle indique que le marché du travail n'est toujours pas assez dynamique, au-delà des secteurs qui enregistrent une forte croissance". Dans la population, le ressenti reste mitigé : selon une enquête de Zuban Cordoba, 47,6 % des Argentins estiment que leur situation s'est dégradée l'an passé, et 63,7 % des sondés jugent qu'il est de plus en plus difficile de boucler les fins de mois, entre coupes dans les dépenses publiques et gel des retraites.

Autre point de friction, la reconstitution des réserves de change, qui atteignent 48,9 milliards de dollars, proche de leur plus haut niveau de 2019, ne progresse pas aussi vite que le FMI le souhaiterait. La Banque centrale argentine vient d'ailleurs de mettre un terme à ses achats de dollars, poursuivis pendant près de sept mois. Kristalina Georgieva a exhorté le gouverneur de l'institution, Santiago Bausili, à "continuer sur cette lancée" et à "poursuivre les achats" de devises.

Malgré ces réserves, le FMI se dit confiant sur la trajectoire du pays, estimant que l'Argentine pourrait "rejoindre le club des marchés émergents qui ont emprunté auprès du Fonds, réformé leur économie et cessé de recourir à de nouveaux emprunts".

Une dette qui pèse sur les prochaines années

La dette de l'Argentine envers le FMI culmine désormais à 57,3 milliards de dollars, contre 28,3 milliards en 2018. Dès septembre, le pays devra commencer à rembourser le principal de cette dette, ce qui portera le total de ses paiements, intérêts compris, à 3 milliards de dollars sur le reste de l'année 2026. Ce montant devrait plus que doubler les années suivantes : selon les calculs du FMI, la prochaine administration, issue des élections présidentielle et législatives d'octobre 2027, devra débourser au moins 9,5 milliards de dollars par an entre 2028 et 2031.

Les échéances de remboursement s'étalent jusqu'en 2042. Le gouvernement argentin affirme ne pas vouloir refinancer sa dette, du moins pas avant l'année prochaine, même si certains experts jugent qu'il y sera probablement contraint. Un retour du pays sur les marchés internationaux de capitaux, où il pourrait émettre de nouveaux emprunts obligataires, reste pour l'instant hypothétique : Kristalina Georgieva l'appelle de ses voeux, mais Javier Milei écarte cette option pour le moment, alors qu'un tel retour garantirait justement au FMI le remboursement de ses fonds.

Un décret pour interdire l'entrée aux étrangers jugés hostiles

Sur un tout autre terrain, Javier Milei a signé un décret d'urgence, publié en pleine nuit au Bulletin officiel, modifiant la loi sur l'immigration. Le texte prévoit que tout étranger diffusant des messages de haine, de discrimination ou d'hostilité envers le peuple argentin, sa culture ou son identité nationale sera interdit d'entrée sur le territoire. Pour les étrangers déjà résidents en Argentine, la carte de résident pourra être résiliée, avec un risque d'expulsion.

Cette mesure fait suite à une vague de messages anti-argentins qui a circulé pendant la Coupe du monde de football, alimentée par des théories sur de supposés avantages accordés à la sélection argentine et par des comportements violents de certains joueurs et supporters. La FIFA a depuis ouvert une procédure disciplinaire, et les tensions sur les réseaux sociaux se sont apaisées.

Pour l'opposition argentine, ce décret s'apparente surtout à un prétexte pour durcir la politique migratoire, dans une veine proche de celle défendue par Donald Trump aux États-Unis. Il intervient quelques semaines après la création d'un programme de sécurité migratoire largement inspiré du modèle américain, et dans un climat de tensions diplomatiques avec le Brésil et le Mexique. Le décret est entré en vigueur vendredi. Une commission parlementaire dispose ensuite de 10 jours pour transmettre le texte au Congrès.

Sources : Ouest France, RFI, Les Echos

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