BCE : une prochaine hausse des taux directeurs de 0,25 % pour la rentrée ?


Comme tous les lundis, le podcast de Christian Bito "L'humeur hebdo" . Cette semaine, il décrypte la résistance des marchés face aux tensions géopolitiques, aux risques sur les prix du pétrole et aux anticipations de la BCE. Il revient également sur le ralentissement de l'inflation, la volatilité des valeurs technologiques et le rebond des indicateurs d'activité en Europe comme aux États-Unis.
Le baril de Brent a touché 100 dollars jeudi dernier, le VIX 20 %, les taux à 10 ans US 4,70 % et les français 4 %. De quoi s'inquiéter sérieusement. Néanmoins, ces seuils majeurs n'ont pas été dépassés. Le feu semble en fin de semaine fixé à la lisière, pour reprendre les termes d'actualité dramatique des incendies.
Pourquoi ? Madame Lagarde a exprimé les inquiétudes de la BCE. Elle prépare certainement une prochaine hausse des taux directeurs de 0,25 % pour la rentrée. Rien de dramatique néanmoins. La BCE pourrait difficilement agir dès aujourd'hui puisque l'inflation en zone euro est revenue de 3,2 % à 2,8 % pour sa dernière publication. Surtout, l'inflation core a baissé à 2,4 %. Et les salaires croissent en moyenne de 2,5 % dans la zone euro. Toujours pas l'effet de second tour tant redouté.
Les prix à la production qui, en 2022, avaient été le premier relais du dérapage de l'inflation sont en retrait en zone euro, pour l'Allemagne de 2,2 à 1,8, mais attention, en hausse en France à +3 %. Plus à surveiller, les PPI de la Chine à 4,1 % sur un an ou aux USA à 5,5 % sur un an glissant. La dégradation de la situation au Moyen-Orient a effectivement de quoi inquiéter car un arrêt du transit dans le détroit de Bab-el-Mandeb toucherait les livraisons de pétrole et une part importante du commerce international.
Une fois de plus, les marchés sont semble tout de même relativement calmes. Les différentes annonces de résultats qui débutent ne sont pas mauvaises. En revanche, la volatilité des valeurs technologiques ne s'éteint pas. Le Nasdaq recule de près de 5 % depuis un mois. Enfin, deux notes positives sont apparues sur le plan de l'activité économique : les PMI préliminaires de juillet pour la zone euro et pour les USA. Pour les États-Unis, le PMI composite grimpe à nouveau à 53,6 et en zone euro, il repasse en zone d'expansion supérieure à 50 à 51,9 pour le mois de juillet. Un petit air de fraîcheur bienvenu durant ce fol été.
BCE : les marchés anticipent-ils trop de hausses de taux ?
Complément de lecture, publié le 24 juillet 2026 :
Pause dans la hausse des taux de la BCE : la décision détaillée
La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu ses trois taux directeurs inchangés jeudi, après avoir relevé son taux de dépôt de 25 points de base en juin pour répondre au retour des tensions inflationnistes liées au choc énergétique. Le taux de la facilité de dépôt, référence pour les marchés, reste fixé à 2,25 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,40 %, et celui de la facilité de prêt marginal à 2,65 %.
La décision a été prise à l'unanimité, même si plusieurs gouverneurs se sont interrogés sur l'opportunité d'un relèvement dès cette réunion. « La décision était unanime, même s'il est vrai que certains gouverneurs se sont interrogés sur l'opportunité d'une hausse de taux », a déclaré Christine Lagarde.
Inflation et choc énergétique : pourquoi la BCE reste sous pression
Le Conseil des gouverneurs considère que l'évolution des prix de l'énergie reste globalement conforme au scénario des projections de juin, même si ces prix demeurent largement supérieurs aux niveaux d'avant le conflit au Moyen-Orient. La BCE estime que leurs effets inflationnistes ne se sont pas encore pleinement diffusés dans l'économie, et surveille de près l'intensité et la durée du choc ainsi que ses effets indirects et de second tour.
Christine Lagarde a reconnu que les derniers développements géopolitiques avaient profondément modifié l'environnement depuis juin : « Le choc énergétique pourrait s'intensifier, et ses effets sur les prix et les salaires pourraient être plus forts que prévu. »
Le Brent progressait de plus de 6 % pendant la conférence de presse, frôlant les 100 dollars le baril, au plus haut niveau depuis mai, après des attaques revendiquées par les Houthis contre des pétroliers saoudiens en mer Rouge et de nouveaux bombardements autour du détroit d'Ormuz.
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Perspectives économiques et prochaine réunion de la BCE en septembre
L'inflation de la zone euro a atteint 2,8 %. Le principal point de vigilance pour la BCE reste l'apparition d'effets de second tour : une hausse durable des coûts de l'énergie pourrait pousser les entreprises à augmenter leurs prix, puis alimenter les revendications salariales.
Pour l'instant, la banque centrale ne constate pas une telle diffusion. La croissance nominale des salaires reste comprise entre 2,3 % et 2,5 % (indicateurs BCE et Indeed), et la croissance des profits unitaires a nettement reculé depuis 2023. « L'évolution future de la situation dépendra de l'apparition éventuelle de signes plus marqués d'effets de second tour », estime Brian Coulton, chef économiste de Fitch. Cette absence, à ce stade, d'effets de second tour marqués a conforté la décision de maintenir les taux inchangés.
Résilience de l'économie de la zone euro et investissements stratégiques
Les prix élevés de l'énergie pèsent sur la croissance et incitent les entreprises à la prudence, mais l'économie de la zone euro continue de résister : l'emploi soutient la consommation, tandis que les investissements dans le numérique, l'intelligence artificielle, la défense et les infrastructures devraient progressivement soutenir la croissance. Les entreprises anticipent toutefois une hausse des prix de leurs biens et services sous l'effet du renchérissement de leurs coûts de production.
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Vers une nouvelle hausse des taux en septembre ?
Le Conseil des gouverneurs continuera de définir sa politique réunion après réunion, sans trajectoire de taux arrêtée à l'avance. Les prochaines décisions s'appuieront sur les perspectives d'inflation, les données économiques et financières disponibles, la dynamique de l'inflation sous-jacente et la force de la transmission de la politique monétaire.
La réunion de septembre intégrera deux nouvelles publications d'inflation, des données de croissance actualisées et de nouvelles projections économiques. Juliette Cohen, stratégiste chez CPR Asset Management, juge qu'un relèvement des taux deviendrait probable si les prix du pétrole restaient durablement élevés.
Impact sur les marchés obligataires et réflexions sur les réserves obligatoires des banques
Les rendements des obligations de la zone euro ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs années, les anticipations de politique monétaire s'ajoutant aux inquiétudes budgétaires, particulièrement présentes en France. La prudence reste de mise sur les maturités longues, dans un contexte marqué par les dépenses de défense, d'infrastructures et de climat, la fin prochaine des financements du fonds de relance européen, le resserrement quantitatif de la BCE et plusieurs échéances politiques. Les parties courtes des courbes de taux pourraient davantage bénéficier d'un éventuel apaisement du conflit au Moyen-Orient.
Christine Lagarde a confirmé que la question d'une hausse des réserves obligatoires des banques n'avait pas été abordée lors de cette réunion. La BCE poursuit par ailleurs la réduction de ses portefeuilles APP et PEPP, conformément au calendrier de normalisation de son bilan.
Le sujet pourrait néanmoins revenir dans les prochains mois. Les réserves obligatoires représentent actuellement 174 Md€ ; leur relèvement réduirait les liquidités excédentaires des banques, accélérerait le retour vers un environnement monétaire moins abondant, et réduirait le coût de la facilité de dépôt pour la banque centrale. La BCE avait procédé au mouvement inverse en 2012, en ramenant les réserves obligatoires de 2 % à 1 % des dépôts bancaires. Une hausse pousserait aussi les établissements à recourir plus tôt aux opérations principales de refinancement (MRO) et aux opérations de refinancement à plus long terme (LTRO), aujourd'hui attendues à partir de 2027.
La BCE rappelle enfin que l'instrument de protection de la transmission (TPI) demeure disponible, et que le Conseil des gouverneurs reste prêt à ajuster l'ensemble de ses instruments pour assurer le retour durable de l'inflation vers son objectif de 2 % à moyen terme.
Sources : Banque centrale européenne, Le Figaro, Boursorama/Reuters, Euronews, Fitch Ratings
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