Inflation en zone euro : le retour de la baisse des salaires réels

L’accélération de l’inflation en zone euro provoque un nouveau recul du pouvoir d’achat des ménages européens. Pour la première fois depuis 3 ans, la progression des salaires ne suffit plus à compenser la hausse des prix, alors que l’économie du continent subit les conséquences du choc énergétique provoqué par les tensions au Moyen-Orient.
Une inflation de retour au-dessus de 3 % dans la zone euro
Selon les données publiées par Eurostat le 2 juin, l’inflation a atteint 3,2 % sur un an dans la zone euro au mois de mai, contre 3 % en avril. Il s’agit du premier dépassement du seuil des 3 % depuis 2023.
Cette accélération est principalement liée à la flambée des prix de l’énergie. La crise provoquée par les tensions dans le détroit d’Ormuz et les perturbations sur les marchés pétroliers ont entraîné une hausse de près de 11 % des prix énergétiques sur un an. Malgré certaines mesures nationales visant à limiter l’impact sur les consommateurs, notamment en Allemagne, la progression des coûts de l’énergie continue de peser sur l’ensemble de l’économie européenne.
L’inflation sous-jacente, qui exclut les composantes les plus volatiles comme l’énergie et l’alimentation, atteint désormais 2,5 % sur un an. Les prix des services progressent quant à eux de 3,5 %, alimentant les interrogations sur une possible diffusion du choc énergétique à l’ensemble de l’économie.
Les salaires ne compensent plus la hausse des prix
Face à cette remontée de l’inflation, les rémunérations progressent moins rapidement. L’indicateur de la Banque centrale européenne mesurant l’évolution des négociations collectives dans les pays de la zone euro fait ressortir une hausse des salaires de seulement 2,6 % en 2026.
L’écart entre inflation et progression des rémunérations entraîne donc une nouvelle baisse des salaires réels. Cette situation intervient alors que les ménages européens commençaient à peine à récupérer une partie du pouvoir d’achat perdu lors du choc inflationniste de 2022 et 2023.
Après deux années marquées par une forte érosion des revenus réels, les salaires avaient progressivement retrouvé une trajectoire plus favorable. Ce mouvement de rattrapage semble désormais interrompu.
Un pouvoir d’achat toujours inférieur à son niveau d’avant-crise
Les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques montrent que la normalisation n’était déjà pas achevée avant le retour de l’inflation. Au troisième trimestre 2025, seule la moitié des pays membres avait retrouvé un niveau de salaire moyen comparable à celui observé fin 2021.
Dans la zone euro, les rémunérations réelles restaient encore inférieures d’environ 2 % à leur niveau d’avant-crise. En France, le recul atteignait près de 1 %.
Cette situation concerne également d’autres grandes économies développées, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni, où les salaires réels repartent également à la baisse sous l’effet de la remontée des prix.
La BCE sous pression face au choc énergétique
La Banque centrale européenne se retrouve confrontée à un dilemme complexe. D’un côté, l’inflation s’éloigne nettement de son objectif de 2 %. De l’autre, la croissance économique reste particulièrement faible.
Le produit intérieur brut de la zone euro n’a progressé que de 0,1 % au premier trimestre. Plusieurs indicateurs avancés signalent un ralentissement de l’activité tandis que les conditions financières se dégradent.
Sources : Le Monde, Les Echos
L’inflation sort en nette hausse en mars comme cela était attendu
L’inflation totale passe ainsi de 1,9% à 2,5% au plus haut depuis janvier 2025.
L’inflation sous-jacente baisse de 2,4% à 2,3% grâce à la baisse de l’inflation des services à 3,2% (3,4% en février).
C’est la contribution de la composante énergie qui explique la hausse de l’inflation sur le mois alors que cela faisait 3 ans que cette composante contribuait à la baisse de l’inflation.
La hausse des prix du pétrole et du gaz naturel provoquée par l’opération « Epic Fury » se traduit sans surprise par une forte inflation énergétique. La répercussion des hausses des prix du pétrole et du gaz sur les prix des carburants et de l’électricité va se poursuivre même si certains pays ont adopté des mesures pour en limiter l’impact.
Cela étant dit, la BCE a déjà adopté une posture plus offensive et les anticipations de taux directeurs se sont déjà ajustées.



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