Le détroit d’Ormuz et les marchés : quand le pétrole redéfinit la politique monétaire

Analyses de marchés
detroit d'ormuz impact politique monétaire

Par Xavier CHAPON, Directeur Gestion Cotée & Dette Privée, Arkéa AM, rédigé le 11 mai 2026, données arrêtées au 30 avril 2026

Le détroit d’Ormuz au cœur des tensions sur les marchés mondiaux

Les craintes stagflationnistes, après deux mois de conflit dans le golfe Persique, commencent à se matérialiser avec un rebond de l’inflation en zone euro à 3,0 % en avril, et maintiennent les taux sur des niveaux élevés. Les Banques Centrales, notamment en Europe, se tiennent prêtes à remonter leurs taux directeurs et les Etats ont annoncé de nouvelles mesures budgétaires pour faire face aux tensions sur les prix des hydrocarbures, ce qui maintient une pression haussière sur les obligations à maturité longue. Le taux à 10 ans allemand finit le mois à 3,04 %, au plus haut depuis 2011.

Lire aussi : Le blocage du détroit d'ormuz provoque une envolée historique des prix des hydrocarbures

Le blocage du détroit d’Ormuz est le point clé pour le dénouement de la situation. Tant que les prix du pétrole se maintiendront au-dessus des 100$ le baril, les craintes d’inflation de second tour s’intensifieront, notamment si la croissance résiste. Sur ce point, les indices de confiance font état d’un ralentissement différencié selon les zones. La dynamique s’émousse du côté des Etats-Unis mais l’économie reste en expansion grâce aux mesures budgétaires de début d’année et aux investissements massifs dans le secteur technologique, tandis que la tendance devient inquiétante en zone euro où les indices de confiance dans les services plongent sous le seuil de contraction de l’activité.

Dans ce contexte, le rebond des marchés actions s’est concentré en avril aux Etats-Unis et sur le secteur technologique, et plus particulièrement celui des semiconducteurs qui bénéficie des investissements colossaux des autres valeurs dans l’intelligence artificielle. Dans son ensemble, le S&P 500 affiche une hausse de 10% tandis que l’EuroStoxx 50 rebondit de seulement 5,6%.

Une croissance américaine toujours soutenue par l’intelligence artificielle

La croissance américaine déçoit légèrement au premier trimestre 2026, mais apparaît vigoureuse, avec une hausse du PIB de 0,5 % sur la période (contre 0,6 % attendu). Dans le détail, la consommation des ménages fait encore preuve de dynamisme malgré la hausse de l’inflation sur fond de renchérissement de la facture énergétique (+ 3,5 % en mars, au plus haut depuis 2022). Bien que la demande des ménages profite d’une hausse des versements fiscaux de l’administration Trump, le taux d’épargne se replie et atteint un plus bas depuis 2022.

La hausse de l’investissement des entreprises demeure toutefois le point le plus marquant de cette publication. L’investissement privé non résidentiel contribue à hauteur 0,4 point de pourcentage à la croissance trimestrielle, plus que la consommation privée (+0,3 pp), alors que l’économie continue d’être portée par l’intelligence artificielle. L’explosion du secteur se retransmet aussi dans les chiffres du commerce extérieur, avec une intensification des échanges de semi-conducteurs et d’équipements électroniques qui conduit, en plus de la volatilité induite par le contexte commercial et géopolitique, à un repli du solde commercial.

Du côté du marché du travail, le rebond des créations d’emplois en mars (+178 000 postes après -133 000) renvoie des signaux encourageants, même si ces données, marquées par des révisions statistiques importantes et les effets de la nette réduction de la migration, doivent être interprétées avec prudence. Enfin, sur le front des salaires, l’indice du coût de l’emploi rebondit légèrement et atteint 3,5 % sur un an au T1 2026, le même niveau que l’inflation.

Lire aussi : Inflation vs salaires aux États-Unis : le pouvoir d’achat repart-il à la hausse ?

La zone euro confrontée à des risques stagflationnistes croissants

En Europe, la croissance déçoit également alors que les pressions stagflationnistes liées au contexte géopolitique se matérialisent tant dans les enquêtes conjoncturelles que dans les données d’activité. La zone euro n’enregistre ainsi qu’une hausse de 0,1 % de son PIB au premier trimestre 2026, révélant une économie moins dynamique, notamment en France, où l’activité stagne.

Si la progression de l’activité allemande est plus positive (+0,3 %), ses perspectives demeurent précaires : le gouvernement allemand a d’ailleurs revu à la baisse ses projections de croissance pour 2026 à 0,5 % (contre 1,0 % précédemment). Du côté des prix, l’inflation surprend à la hausse, à 3,0 % en mars et sur un an.

Enfin, les dernières enquêtes de la Banque centrale européenne révèlent une nette hausse des anticipations d’inflation du côté des ménages européens comme des entreprises, ainsi qu’un durcissement de l’accès au crédit sur le Vieux Continent. L’enquête trimestrielle sur le crédit bancaire révèle ainsi un durcissement en cours des conditions d’octroi bancaires, en particulier pour les entreprises, dans un environnement caractérisé par de fortes incertitudes autour de l’évolution des taux d’intérêt, mais également de la conjoncture.

Banques centrales : la BCE et la Fed maintiennent une ligne restrictive

Les rendements obligataires souverains enregistrent un mois d’avril extrêmement volatil, au rythme des développements géopolitiques et des réunions de banques centrales. En zone euro, les taux souverains finissent toutefois le mois à l’équilibre (+3pb pour le 10 ans allemand).

Sans surprise, l’autorité monétaire européenne a fait, à l’unanimité, le choix du statu quo, maintenant le taux de dépôt à 2,0 %. Une hausse de taux a été débattue mais la BCE juge notamment que les effets de second tour liés au choc sur les prix de l’énergie ne sont pas encore matérialisés.

Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale s’est avérée marginalement plus hawkish qu’anticipé par les marchés, contribuant à une hausse de presque 10 pb des taux souverains américains à 2 ans, et de 5 pb à 10 ans. Sans surprise, la Fed a opté pour le statu quo.

Jerome Powell estime que le niveau actuel des taux pourrait être encore approprié alors que le marché du travail montre des signes de stabilité et que l’inflation demeure instable.

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Les valeurs technologiques américaines retrouvent leur leadership

Le rebond historique des marchés actions fait partie des tendances marquantes du mois d’avril, en l’absence pourtant de clarification de la situation géopolitique et de détente significative des prix du pétrole.

Le processus de rotation sectorielle et géographique qui s’était opéré en début d’année au profit des valeurs industrielles et européennes, s’est totalement interrompu. Au contraire, les valeurs technologiques et notamment celles liées à l’IA regagnent à nouveau les faveurs des investisseurs.

En un mois, le NASDAQ 100 bondit de 15 %, tandis que le S&P 500 affiche une hausse de 10 % sur la même période, permettant à ces indices de toucher de nouveaux plus hauts historiques. Ces performances semblent refléter des résultats solides et, potentiellement, l’espoir d’une détente géopolitique.

Du côté du Vieux Continent, le rebond des indices européens est beaucoup plus modéré, ne permettant ni à l’Eurostoxx 50, ni au CAC40 d’effacer les pertes du mois précédents.

Lire aussi : S&P 500 : six semaines de hausse historique sur les marchés américains

Dollar, yen et pétrole : des marchés sous haute tension géopolitique

La volatilité a aussi été de mise du côté du marché des devises. Au début du mois d’avril, le dollar s’est déprécié de 1,9 % face à un panier de devises, dans l’espoir d’une solution diplomatique au conflit.

Malgré l’absence de perspectives concrètes, le billet vert n’a pas effacé ses pertes, permettant ainsi à l’euro de finir en hausse de 1,5 %, au-dessus de 1,17 $. En parallèle, le yen s’est déprécié, pénalisé par les inquiétudes budgétaires et la sensibilité de l’économie nippone à la hausse de la facture énergétique, conduisant les autorités à intervenir directement sur les marchés pour la soutenir.

Les prix des hydrocarbures ont constitué une véritable jauge des anxiétés des investisseurs vis-à-vis du contexte géopolitique mondial. Le baril de Brent finit le mois d’avril en légère baisse (-3,7 %) mais demeure particulièrement élevé, autour de 110 $ le baril en l’absence de réouverture du détroit.

Lire aussi : Yen : vers une intervention des autorités japonaises ?

Le départ des Emirats arabes unis de l’OPEP rebat les cartes pétrolières

En fin de mois, les Émirats Arabes Unis ont annoncé quitter l’OPEP motivant cette décision par leur volonté d’augmenter leur production. Les Émirats Arabes Unis s’affranchissent en effet des quotas de production du cartel, alors que le pays ferait partie des membres disposant de capacités excédentaires.

De ce fait, le départ des Émirats Arabes Unis réduit donc l’emprise de l’OPEP sur les cours mondiaux et présage d’une augmentation de la production des pays. Cette perspective parait toutefois lointaine. Elle reste conditionnée à la réouverture du détroit d’Ormuz, alors que le marché pétrolier continue de faire face à un choc d’offre sans précédent historique, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Par Xavier CHAPON, Directeur Gestion Cotée & Dette Privée, Arkéa AM, rédigé le 11 mai 2026, données arrêtées au 30 avril 2026

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