« Made in Europe » : l’Union européenne veut relancer son industrie

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L’Union européenne veut répondre à la désindustrialisation

Pendant des années, la notion de souveraineté industrielle européenne est restée largement théorique. L’Union européenne s’est longtemps appuyée sur l’ouverture commerciale et le libre-échange, sans véritable stratégie destinée à protéger et à renforcer la production manufacturière sur le continent.

Avec le projet de loi sur l’accélération industrielle, présenté le 4 mars 2026 par la Commission européenne, Bruxelles entend désormais apporter une réponse plus concrète à la désindustrialisation. Dans un contexte de concurrence internationale accrue et de tensions géopolitiques, les États membres sont confrontés à un risque de décrochage économique et à une dépendance stratégique vis-à-vis de certaines puissances industrielles.

Une préférence européenne pour soutenir la production locale

Le dispositif proposé repose sur un principe central : instaurer une préférence européenne dans l’attribution des marchés publics et des aides d’État. L’accès à ces dispositifs serait conditionné à des critères de production locale.

Le concept de « made in UE » concernerait plusieurs secteurs stratégiques. Parmi eux figurent l’industrie lourde décarbonée, comme l’aluminium ou le ciment, les technologies vertes telles que l’éolien, les électrolyseurs, les pompes à chaleur, les batteries ou le photovoltaïque, mais aussi le nucléaire et les véhicules électriques et hybrides.

Dans le cas de ces derniers, la Commission propose que 70 % des composants soient produits localement, à l’exception de la batterie.

Une nouvelle doctrine industrielle et commerciale

Au-delà de la préférence européenne, la proposition marque un changement plus profond dans l’approche économique de l’Union. La politique industrielle deviendrait également un instrument de politique commerciale.

Le texte introduit notamment un principe de réciprocité. Les pays qui limitent l’accès à leurs marchés publics pourraient voir leur propre accès au marché européen restreint. Cette orientation constitue un changement notable pour une Union européenne historiquement attachée au libre-échange.

Dans le même esprit, le plan prévoit des conditions plus strictes pour certains investissements étrangers dans les secteurs stratégiques, notamment dans les technologies propres, l’automobile ou les industries à forte intensité énergétique.

Des règles visant à sécuriser les chaînes industrielles

L’objectif affiché par la Commission européenne est de renforcer la résilience industrielle du continent et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement dans des secteurs jugés critiques.

La stratégie cible en particulier les technologies propres, l’automobile et les industries à forte intensité énergétique. Elle vise également à orienter les financements publics vers la production européenne afin de soutenir l’emploi et de réduire les dépendances industrielles.

Dans ce cadre, la Commission souhaite que l’industrie représente à terme environ 20 % du PIB européen d’ici à 2035, contre environ 14 % aujourd’hui.

Un projet encore soumis à de fortes tensions politiques

Comme souvent dans l’Union européenne, l’élaboration de ce plan industriel a donné lieu à d’importantes négociations entre les États membres. Les discussions ont porté sur l’ampleur du dispositif, son caractère potentiellement protectionniste et son périmètre géographique.

Certains pays, notamment en Europe du Nord et dans les États baltes, ont exprimé leurs craintes quant à un possible frein aux investissements étrangers et à l’accès aux technologies internationales. D’autres, comme la France, ont défendu une approche plus volontariste en faveur d’une préférence européenne.

Le compromis finalement proposé prévoit d’élargir la notion de « made in Europe » à certains partenaires commerciaux disposant d’accords de libre-échange avec l’Union européenne, comme le Canada, le Japon ou le Royaume-Uni, sous réserve du respect du principe de réciprocité.

La question de la capacité d’action de l’Union européenne

Au-delà du contenu du texte, une interrogation demeure sur la capacité de l’Union européenne à appliquer concrètement ce type de stratégie. Conditionner l’accès à son marché, surveiller les investissements étrangers et imposer des exigences industrielles suppose des moyens de contrôle et de sanction efficaces.

La réussite de cette initiative dépendra donc autant de son adoption par le Parlement européen et les États membres que de la capacité de l’Union à assumer politiquement cette nouvelle orientation.

Le débat révèle un choix stratégique pour l’Europe. Soit renforcer sa position industrielle en assumant des rapports de force commerciaux plus affirmés, soit rester une grande zone de libre-échange ouverte au risque d’un affaiblissement progressif de sa base industrielle.

Sources : Le Monde, Euronews, Franceinfo

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