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Made in Europe : l’Europe face aux menaces commerciales de la Chine

Économie
loi made in europe

Le projet Made in Europe au cœur d’un affrontement économique avec la Chine

Pendant des années, la notion de souveraineté industrielle européenne est restée largement théorique. L’Union européenne s’est longtemps appuyée sur l’ouverture commerciale et le libre-échange, sans véritable stratégie destinée à protéger et à renforcer la production manufacturière sur le continent.

Avec le projet de loi sur l’accélération industrielle, présenté le 4 mars 2026 par la Commission européenne, Bruxelles entend désormais apporter une réponse plus concrète à la désindustrialisation. Dans un contexte de concurrence internationale accrue et de tensions géopolitiques, les États membres sont confrontés à un risque de décrochage économique et à une dépendance stratégique vis-à-vis de certaines puissances industrielles.

Ce virage industriel a immédiatement suscité une réaction ferme de Pékin. Le ministère chinois du Commerce a transmis le 24 avril ses « graves préoccupations » à Bruxelles, dénonçant un dispositif jugé discriminatoire. « La Chine suivra attentivement le processus législatif » et « se tient prête à dialoguer », tout en avertissant que « si l'UE ignore les suggestions de la Chine (…) la Chine n'aura d'autre choix que de prendre des contre-mesures ».

Les clauses de contenu local au cœur du dispositif industriel européen

Le texte introduit un mécanisme de « contenu local » destiné à conditionner l’accès aux aides publiques et aux marchés européens. L’objectif est de garantir que les productions subventionnées reposent sur une base industrielle réellement implantée en Europe.

Dans l’automobile électrique, il est ainsi prévu que l’assemblage final soit réalisé dans l’Union européenne et que 70 % de la valeur des composants, hors batterie, soit d’origine européenne. Pour les batteries, la montée en puissance est progressive, avec l’intégration obligatoire de composants clés produits localement, d’abord trois, puis cinq après trois ans.

Les secteurs concernés sont larges et structurants : industrie automobile, technologies d’énergies décarbonées comme les panneaux solaires, les pompes à chaleur, les batteries, le nucléaire, ainsi que certaines industries lourdes.

Un encadrement renforcé des investissements étrangers en Europe

Le projet européen ne se limite pas aux exigences industrielles. Il prévoit également un contrôle des investissements étrangers dans des secteurs jugés critiques, notamment au-delà de 100 millions d’euros. Les investisseurs devront répondre à plusieurs critères, parmi lesquels l’emploi local, avec une part significative de salariés européens, un effort minimal en recherche et développement, fixé à 1 % des revenus, ainsi qu’un recours accru à des fournisseurs européens, à hauteur d’environ 30 %.

Une nouvelle doctrine industrielle et commerciale

Au-delà de la préférence européenne, la proposition marque un changement plus profond dans l’approche économique de l’Union. La politique industrielle deviendrait également un instrument de politique commerciale. Le texte introduit notamment un principe de réciprocité. Les pays qui limitent l’accès à leurs marchés publics pourraient voir leur propre accès au marché européen restreint. Cette orientation constitue un changement notable pour une Union européenne historiquement attachée au libre-échange. Dans le même esprit, le plan prévoit des conditions plus strictes pour certains investissements étrangers dans les secteurs stratégiques, notamment dans les technologies propres, l’automobile ou les industries à forte intensité énergétique.

Dans ce cadre, la Commission souhaite que l’industrie représente à terme environ 20 % du PIB européen d’ici à 2035, contre environ 14 % aujourd’hui.

La Chine dénonce une politique discriminatoire visant ses entreprises

Sans être explicitement nommée dans le texte, la Chine apparaît comme la principale cible de ces mesures. Les autorités chinoises estiment que ce cadre réglementaire impose « de nombreuses restrictions aux investissements étrangers » dans des secteurs stratégiques comme les batteries, les véhicules électriques, le photovoltaïque ou les matières premières critiques.

Pékin considère que ces dispositions instaurent des « clauses exclusives d’origine UE » dans les marchés publics et les politiques de soutien, plaçant ses entreprises dans une situation de désavantage concurrentiel. Le ministère du Commerce affirme que « les investisseurs chinois seront en butte à la discrimination ».

Des représailles commerciales ciblées contre les filières françaises

En cas d’adoption du texte sans modification, la Chine envisage des mesures de rétorsion. La stratégie consiste à cibler des secteurs sensibles pour exercer une pression politique sur les États membres.

Le cognac figure en première ligne. Pékin a déjà engagé des enquêtes pour vente à perte, une procédure susceptible de freiner fortement les exportations vers un marché crucial pour les producteurs français. Des milliers d’emplois directs et indirects sont concernés.

Les filières agricoles, notamment le porc et les produits laitiers, sont également exposées. La Chine a déjà démontré sa capacité à imposer des droits de douane pouvant dépasser 60 % sur ces produits, ce qui représenterait un choc majeur pour des secteurs fortement dépendants des débouchés à l’export.

Une dépendance européenne aux matières premières sous pression

Au-delà des mesures tarifaires, Pékin dispose d’un levier stratégique supplémentaire : le contrôle des matières premières. L’Europe reste largement dépendante de la Chine pour l’approvisionnement en métaux rares indispensables à la transition énergétique et à la production de batteries. Une restriction des exportations de ces sources pourrait ralentir, voire compromettre, les ambitions industrielles européennes, en particulier dans les technologies vertes.

Un projet encore soumis à de fortes tensions politiques

Comme souvent dans l’Union européenne, l’élaboration de ce plan industriel a donné lieu à d’importantes négociations entre les États membres. Les discussions ont porté sur l’ampleur du dispositif, son caractère potentiellement protectionniste et son périmètre géographique.

Certains pays, notamment en Europe du Nord et dans les États baltes, ont exprimé leurs craintes quant à un possible frein aux investissements étrangers et à l’accès aux technologies internationales. D’autres, comme la France, ont défendu une approche plus volontariste en faveur d’une préférence européenne.

Le compromis finalement proposé prévoit d’élargir la notion de « made in Europe » à certains partenaires commerciaux disposant d’accords de libre-échange avec l’Union européenne, comme le Canada, le Japon ou le Royaume-Uni, sous réserve du respect du principe de réciprocité.

La question de la capacité d’action de l’Union européenne

Au-delà du contenu du texte, une interrogation demeure sur la capacité de l’Union européenne à appliquer concrètement ce type de stratégie. Conditionner l’accès à son marché, surveiller les investissements étrangers et imposer des exigences industrielles suppose des moyens de contrôle et de sanction efficaces.

La réussite de cette initiative dépendra donc autant de son adoption par le Parlement européen et les États membres que de la capacité de l’Union à assumer politiquement cette nouvelle orientation.

Le débat révèle un choix stratégique pour l’Europe. Soit renforcer sa position industrielle en assumant des rapports de force commerciaux plus affirmés, soit rester une grande zone de libre-échange ouverte au risque d’un affaiblissement progressif de sa base industrielle.

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Sources : Le Figaro, La Tribune, Challenges , Le Monde, Euronews, Franceinfo

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