Effet de change : un frein majeur aux résultats des entreprises européennes

Le rouleau compresseur de l’effet de change
Et c’est parti pour une nouvelle saison des résultats trimestriels, synonyme d’une épreuve écrite (données publiées) et orale (conférence de presse) pour les directions des sociétés cotées. Cette période est traditionnellement angoissante pour les émetteurs, où il ne faut pas faire de faux pas. Cette fois-ci, il faudra convaincre les investisseurs sur la résilience de l’entreprise en pleine crise du Moyen-Orient (avec un mois de conflit dans les comptes) et sur sa capacité à confirmer, voire à relever, ses attentes annuelles. Pourtant, un facteur très négatif s’invite à cet évènement et pèse lourdement dans les revenus publiés en Europe : l’effet de change, essentiellement lié à la forte baisse du dollar (-11 %) et du yen (-13 %) contre l’euro, entre le 1er trimestre 2025 et le 1er trimestre 2026. Cette chape de plomb, en pleine crise énergétique, va-t-elle faire baisser les bénéfices par action en Europe ?
Effet de change et croissance organique : des revenus pénalisés en euros
De la croissance organique à la baisse du chiffre d’affaires
La frustration est énorme. Beaucoup de débuts de conférences de presse commencent avec le sourire et des dirigeants tout fiers de fanfaronner sur une solide croissance de leur activité. La photo intermédiaire est en devise locale et illustre effectivement la performance réelle des filiales étrangères. Puis, tout à coup, les sourires se crispent et les directeurs financiers, qui se voient confier le sale boulot d’annoncer ces mêmes chiffres en euros, gâchent l’ambiance. Cette belle santé prend soudain du plomb dans l’aile avec des chiffres beaucoup moins flatteurs. Ainsi, l’activité de Sanofi, d’EssilorLuxottica et de L’Oréal est ressortie en hausse, respectivement, de 13,6 %, 10,8 % et 7,6 % à taux de change constant. En euro, ces progressions ressortent plus modestement à 6,2 %, 4,1 % et 3,6 %. Quand la croissance est beaucoup plus modeste, la publication se traduit même par une baisse des revenus, comme c’est le cas pour Hermès International et LVMH dans le luxe, où une progression de 5,6 % et de 1 % se transforme en une baisse de 1,4 % et de 6 %. Il faut noter que l’impact négatif du change dans les comptes diffère pour chaque société, selon sa propre répartition géographique et la saisonnalité de ses revenus. Il est donc négatif de 7,4 % pour Sanofi, de 7 % pour LVMH, de 6,7 % pour EssilorLuxottica et de 4 % pour L’Oréal. C’est pire pour les valeurs helvétiques qui publient en franc suisse.
Entreprises suisses et effet de change : un impact encore plus marqué
Plus la devise est forte, plus l’addition est salée !
Nos voisins de la Confédération suisse en font la lourde expérience. Ainsi, Roche Holding a annoncé une croissance organique de 6 % qui est devenue une baisse de 5 %, soit un effet de change négatif de 11 % sur les comptes. Nestlé est passée d’une hausse de 3,5 % à une baisse de 5,7 %. Dans ces conditions, la décroissance est quasi inéluctable.
Avantage à ceux qui publient en dollar
Une entreprise européenne a tout intérêt à publier ses comptes dans la monnaie principale de facturation de ses produits. Ainsi STMicroelectronics a affiché une croissance de 23 % de ses revenus en dollars. Le Suisse Galderma se paie même le luxe de publier une progression organique de 25,5 % qui est dopée à 30,5 % en dollar, grâce à la baisse du billet vert.
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Politique monétaire : le rôle clé de la BCE face à l’effet de change
De grâce, la BCE, ne montez pas les taux !
La semaine prochaine sera chargée en réunions de banques centrales, avec celles de la Banque du Japon (le 28 avril), de la Fed (le 29), de la BCE et de la Banque d’Angleterre (le 30). Parmi ces banquiers centraux, seul Jerome Powell est plutôt enclin à patienter face au nouveau choc des prix qui s’annonce. Toutes les autres ont ouvertement prévenu qu’elles ne prendraient pas le risque de laisser filer l’inflation comme en 2022. Il semblerait qu’elles soient encore d’accord pour ne pas prendre de décisions précipitées en avril et d’attendre juin pour agir. Seulement voilà, la situation d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle de l’époque, en plein redémarrage post-covid, où toute la chaîne d’approvisionnement mondiale était grippée. Les ménages avaient accumulé de l’épargne pendant les différents confinements, contrairement à aujourd’hui, où les consommateurs sont contraints d’arbitrer dans leurs dépenses. De facto, une hausse des taux directeurs de la BCE serait une erreur, car elle se traduirait par une augmentation de notre devise, empirant le phénomène d’effet de change et pesant également lourdement sur les conditions financières de l’ensemble des acteurs économiques.
Quelle croissance des bénéfices pour 2026 ?
Après une dizaine de jours de publications, la croissance du chiffre d’affaires au 1er trimestre sur un an ressort seulement à 1,1 % en Europe et à 8,6 % aux États-Unis. Celle des bénéfices par action est respectivement de 2,1 % et de 18,6 %. L’écart est énorme ! L’effet de change négatif évoqué a pesé à hauteur de 2 %. Malgré cela, les prévisions pour l’année entière 2026 sont pour le moment peu révisées à la baisse dans les deux zones géographiques. L’essentiel de la progression de l’euro s’est fait l’année dernière jusqu’en avril. Espérons que notre monnaie reste stable pour ne plus peser sur les comptes des trimestres suivants afin d’éviter de possibles révisions baissières des bénéfices.
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