Détroit d’Ormuz : une réouverture sous tension après le cessez-le-feu
Un cessez-le-feu sous pression pour éviter une crise énergétique majeure
À quelques heures de l’expiration de l’ultimatum fixé par Donald Trump, les États-Unis et l’Iran ont conclu un cessez-le-feu de deux semaines. Cette trêve intervient après plus de cinq semaines de frappes israélo-américaines sur le territoire iranien. Le point central de cet accord repose sur la réouverture du détroit d’Ormuz, axe stratégique du commerce mondial par lequel transitait avant le conflit environ 20 % du pétrole brut. Le blocage de cette voie maritime avait provoqué une flambée immédiate des prix de l’énergie, faisant peser un risque direct sur l’économie mondiale.
« À la suite de discussions […] j’accepte de suspendre les bombardements et les attaques contre l’Iran pour une période de deux semaines », a déclaré Donald Trump, conditionnant cette décision à « l’OUVERTURE TOTALE, IMMÉDIATE et SÉCURISÉE du détroit d’Ormuz ».
Téhéran a accepté cette ouverture temporaire tout en maintenant une ligne ferme : le contrôle du détroit restera iranien. « Pendant une période de deux semaines […], le passage en toute sécurité par le détroit d’Ormuz sera possible grâce à une coordination avec les forces armées iraniennes », ont indiqué les autorités.
Un goulot d’étranglement logistique qui va durer plusieurs semaines
La réouverture du détroit ne signifie pas un retour immédiat à la normale. Le trafic maritime est aujourd’hui saturé, avec plus de 3.000 navires en attente de transit de part et d’autre du passage. Dans les faits, la reprise sera progressive et sous contrôle strict de l’Iran, qui devrait prioriser les pays restés en dehors du conflit. Cette dimension géopolitique s’ajoute aux contraintes physiques du détroit, où seulement 200 navires peuvent circuler quotidiennement dans des conditions optimales.
Ce double verrou, technique et politique, implique un délai incompressible d’au moins deux semaines pour absorber les flux et rétablir une circulation fluide. À court terme, les chaînes d’approvisionnement énergétiques et industrielles resteront donc perturbées.
Une détente brutale des marchés mais des équilibres encore fragiles
L’annonce du cessez-le-feu a immédiatement déclenché un ajustement massif des marchés. Les cours du pétrole ont chuté de plus de 15 %, le WTI revenant à 95,55 dollars et le Brent à 92,85 dollars, repassant sous le seuil des 100 dollars. Les Bourses asiatiques ont simultanément progressé, traduisant un soulagement global des investisseurs. Cette réaction souligne à quel point le détroit d’Ormuz constitue un point névralgique pour l’économie mondiale. En France, les tensions étaient déjà visibles, avec 18 % des stations-service en rupture partielle de carburant. Mais cette accalmie reste fragile.
Une autre inconnue majeure réside dans la possibilité d’un droit de transit. Des discussions évoquent un péage pouvant atteindre environ 2 millions de dollars par navire, partagé entre l’Iran et Oman.
Au-delà de la trêve, des négociations doivent s’ouvrir à Islamabad sous médiation pakistanaise. Les positions restent cependant éloignées. L’Iran a proposé un plan en dix points incluant la poursuite de son programme d’enrichissement nucléaire, la levée des sanctions et des compensations financières. De leur côté, les États-Unis exigent notamment l’arrêt du programme nucléaire et du développement de missiles balistiques, ainsi que la remise en cause des réseaux d’influence régionaux de Téhéran.
Sources : Le Figaro, Ouest France
Un trafic maritime en forte baisse dans le détroit d’Ormuz depuis mars 2026
Depuis le début du mois de mars et les premières frappes israélo-américaines sur l’Iran, le détroit d’Ormuz, qui sépare le pays de la péninsule arabique, n’est plus l’axe maritime très emprunté qu’il était. Pourtant, des navires continuent à s’y aventurer. Non, le détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce international d’hydrocarbures, n’est pas tout à fait fermé aux navires du fait de la guerre entre l’Iran et la coalition israélo-américaine. C’est ce que montrent des données réunies par le Fonds monétaire international qui, avec l’aide de l’université d’Oxford, mesure l’activité dans les ports et détroits du monde entier.

Jusqu’à 94 navires par jour avant le déclenchement du conflit
Selon les chiffres de l’institution, le nombre de navires transitant par le détroit d’Ormuz a effectivement brutalement chuté entre le 28 février et le 1er mars, jour des premières frappes israélo-américaines.
Au mois de février, ce détroit de 63 kilomètres séparant les côtes iraniennes de celle de la péninsule arabique voyait ainsi passer entre 66 et 129 navires par jour, la moyenne du nombre de passages quotidiens se situant à 94 bateaux. La moitié de ces navires étaient des tankers chargés de transporter du pétrole ou du gaz naturel liquéfié.
En moyenne 6 navires par jour depuis le 1er mars malgré les tensions
Quels navires traversent encore le détroit d’Ormuz ?
Mais le graphique montre également que, malgré les difficultés et risques liés au conflit, le détroit d’Ormuz continue à voir passer certains navires. En moyenne, depuis le 1er mars, le détroit a ainsi vu passer 6 bateaux par jour, avec des pics à 17 le 1er mars puis à 9 les 9 et 15 mars, dernier jour pour lequel des données ont été publiées.
Des navires majoritairement iraniens ou issus de pays partenaires
Ces navires qui continuent à s’aventurer dans le détroit arborent souvent le pavillon iranien. Les autres navires passant par Ormuz sont eux souvent enregistrés dans des pays partenaires de l’Iran, comme la Chine. Des bateaux indiens ou de pays africains comme le Liberia figurent aussi parmi les navires continuant à naviguer dans ces eaux troubles.
Détroit d’Ormuz : pourquoi ce passage stratégique bouleverse le marché pétrolier mondial ?
Le détroit d’Ormuz s’impose comme l’un des points névralgiques du commerce énergétique mondial. Situé entre l’Iran et Oman, ce corridor maritime concentre environ 26,6 % du commerce maritime mondial de pétrole, selon les données de l’U.S. Energy Information Administration. Chaque perturbation dans la zone, qu’elle soit militaire ou géopolitique, se répercute immédiatement sur les marchés pétroliers et sur l’équilibre de l’offre mondiale. La crise actuelle autour de l’Iran rappelle la vulnérabilité structurelle du système énergétique mondial. Une grande partie des exportations des pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït ou encore le Qatar, dépend directement de ce passage maritime pour atteindre les marchés internationaux.

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L’Asie, première région dépendante du pétrole transitant par Ormuz
Les flux pétroliers qui traversent le détroit d’Ormuz alimentent principalement les économies asiatiques. La Chine apparaît comme le premier importateur concerné, avec 5,4 % du commerce maritime mondial de pétrole transitant par ce passage stratégique. Derrière Pékin, l’Inde et la Corée du Sud représentent chacune environ 2,1 % du commerce maritime mondial, tandis que le Japon en concentre 1,6 %.
À l’inverse, les États-Unis et l’Europe apparaissent beaucoup moins exposés. Les importations américaines via ce passage représentent seulement 0,4 % du commerce maritime mondial, contre 0,5 % pour l’Union européenne.
Russie et États-Unis parmi les principaux bénéficiaires potentiels de la crise
Dans ce contexte, certains producteurs situés en dehors de la région pourraient tirer profit de la situation. La Russie et les États-Unis figurent parmi les principaux candidats. La Russie, contrainte depuis les sanctions occidentales de réorienter une grande partie de ses exportations vers l’Asie, pourrait bénéficier d’une hausse de la demande de la part de la Chine ou de l’Inde si les flux en provenance du Golfe se réduisent. Les États-Unis pourraient également profiter de cette recomposition. Grâce à la production de pétrole et de gaz de schiste, le pays est devenu ces dernières années le premier producteur mondial d’hydrocarbures. Une hausse des prix du pétrole améliorerait la rentabilité des producteurs américains et pourrait soutenir l’activité du secteur énergétique.
Sources : Les Echos, Statista & U.S. Energy Information Administration
Publié le 04/03/2026
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Les routes maritimes les plus stratégiques pour le pétrole
La crise autour du détroit d’Ormuz rappelle le rôle déterminant des goulets d’étranglement maritimes dans l’équilibre du marché pétrolier. Plusieurs passages concentrent l’essentiel des flux mondiaux d’hydrocarbures, ce qui rend le système énergétique particulièrement sensible aux tensions géopolitiques.

Le détroit d’Ormuz, carrefour incontournable des exportations du Golfe
En 2022, près de 21 millions de barils de pétrole brut par jour ont transité par le détroit d’Ormuz, soit environ un cinquième de la consommation mondiale. Ce couloir étroit reliant le golfe Persique au golfe d’Oman est un passage vital pour les exportations énergétiques du Moyen-Orient, notamment pour l’Iran, l’Irak, l’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis. Malgré sa taille réduite, il concentre un volume logistique majeur, et son éventuelle fermeture constituerait un choc pour l’approvisionnement énergétique global.
Le détroit de Malacca, une artère clé entre le Moyen-Orient et l’Asie
Avec 16 millions de barils transitant quotidiennement, le détroit de Malacca est la deuxième voie maritime stratégique du pétrole brut. Situé entre la Malaisie, l’Indonésie et Singapour, il relie l’océan Indien à la mer de Chine méridionale. Il joue un rôle central dans les échanges énergétiques entre le Moyen-Orient et les économies asiatiques, notamment la Chine et le Japon, dont la croissance reste fortement dépendante des importations de brut.
Bab el-Mandeb, un point de passage crucial vers l’Europe
Le détroit de Bab el-Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden et à l’océan Indien, a vu transiter 5 millions de barils par jour en 2022. Cette voie est essentielle pour le transport de pétrole en direction de l’Europe, via le canal de Suez. Sa vulnérabilité géopolitique, accentuée par les tensions au Yémen ou la piraterie maritime, en fait un point névralgique pour la sécurité énergétique mondiale.
Le canal de Suez et le Bosphore, deux artères complémentaires mais exposées
Le canal de Suez, qui a connu de nombreuses interruptions ces dernières années, a accueilli un trafic d’environ 4,5 millions de barils par jour en 2022. Il demeure un lien vital entre la mer Méditerranée et la mer Rouge. Quant au détroit du Bosphore, en Turquie, il a permis le passage de 2,4 millions de barils par jour, principalement depuis la mer Caspienne vers l’Europe. Ces deux voies illustrent la complexité et l’interdépendance des flux pétroliers mondiaux.
Sources : Statista, Le Diplomate Media, Le Point
Publié en 2023
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