"Dans le doute, Powell durcit le ton" (Théodore Crouslé, SILEX)

Analyses de marchés
Théodore Crouslé, SILEX, Au micro de la macro

Un statu quo de la Fed sur les taux dans un contexte d’incertitude

Pour sa réunion du mois de mars, la Réserve fédérale américaine a maintenu le taux cible des Fed Funds dans la fourchette de 3,50%, 3,75% pour la deuxième réunion consécutive. En se penchant sur la communication de la Fed, on s'aperçoit vite que le communiqué de politique monétaire évolue à peine par rapport à celui de janvier. La seule modification notable est très logiquement une mention de la remontée de l'incertitude liée à la guerre au Moyen-Orient.

Des anticipations de baisse de taux inchangées malgré un consensus renforcé

Les dotplots sont eux aussi inchangés par rapport à décembre. Ils continuent donc de suggérer 25 points de base de baisse de taux cette année, puis 25 points de base supplémentaires l'an prochain. Un point plus intéressant se trouvait dans le détail du vote du FOMC. La décision du statu quo a été prise par 11 voix contre 1. Seul Stephen Miran, fidèle à la ligne de Donald Trump et donc partisan d'une politique plus accommodante, a de nouveau plaidé pour une baisse de taux de 25 points de base. À l'inverse, Christopher Waller, une voix importante au sein du FOMC, s'est réaligné avec le cœur du comité après avoir voté en faveur d'un assouplissement au cours des dernières réunions. Le FOMC semble donc avoir trouvé un vrai terrain d'entente autour de son président Jerome Powell.

Une révision à la hausse des prévisions de croissance et d’inflation

La mise à jour des prévisions macroéconomiques de la Banque centrale a également attiré notre attention. La Fed a relevé à la fois ses prévisions de croissance et ses prévisions d'inflation. La croissance est désormais attendue à 2,4% cette année, contre 2,3% auparavant. L'inflation PCE sous-jacente remonterait quant à elle à 2,7% cette année, contre 2,5% attendue auparavant. La Banque centrale continue de croire à la bonne tenue de la productivité de l'économie américaine, peut-être sous l'effet de l'IA générative. Powell a confié ne pas encore avoir de certitude sur cette dernière question. Mais la Fed doit aussi intégrer deux réalités moins confortables. D'un côté, l'ampleur des investissements dans les data centers et de l'autre, la hausse des cours du pétrole. Et ces deux éléments entretiennent des tensions sur les prix. C'est avec ces éléments en tête que l'on peut comprendre le ton assez hawkish adopté par Jerome Powell en conférence de presse.

Jerome Powell face au risque inflationniste et à la crédibilité de la Fed

Interrogé sur la possibilité de ne pas réagir à un surcroît d'inflation provoqué par la hausse des cours du pétrole, Powell a clairement laissé entendre qu'il était trop tôt pour adopter une conviction ferme. Surtout, il a reconnu qu'ignorer une nouvelle accélération de l'inflation globale n'était pas une posture facile à adopter. On sait en effet que l'inflation n'est plus revenue à la cible de la Fed depuis plus de 5 ans et que cela n'est pas sans risque pour la crédibilité de la banque centrale.

Powell a donc insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de maintenir les anticipations d'inflation ancrées à 2%. Pour l'instant, les mesures de marché ne signalent pas de désancrage. Les breakeven et les swaps d'inflation restent aux abords de leur niveau des 3 dernières années. Mais il est clair que c'est désormais l'un des points de surveillance prioritaire pour la banque centrale des Etats-Unis.

Les tensions sur l’inflation liées à l’énergie et aux droits de douane

En dehors de la question de l'énergie, un autre élément reste bien présent dans les mots de Powell. C'est la question des droits de douane. En effet, la Fed continue à attribuer les difficultés du retour de l'inflation vers les 2% à la persistance des hausses de prix liées aux barrières douanières. L'inflation des biens reste toujours trop élevée. En janvier, l'inflation PCE d'ensemble s'élevait donc à 2,8% sur un an et l'inflation PCI sous-jacente à 3,1% sur un an. Il reste donc encore un petit bout de chemin à faire avant de revenir à l'objectif de 2%.

Un équilibre fragile entre inflation et emploi dans le mandat de la Fed

Au fond, Powell a fini par admettre ce qu'une partie du marché commençait à pressentir. Il n'est plus évident aujourd'hui de savoir quelle jambe du double mandat emploi inflation est la plus vulnérable. Les trois baisses de taux de la fin 2025 avaient été justifiées par la dégradation rapide de l'emploi qui nécessitait une recalibration de la politique monétaire. Mais avec le rebond des cours de l'énergie, le risque inflationniste fait son grand retour. Et concernant les derniers chiffres d'emploi, Powell s'est voulu rassurant.

Les chiffres d'emploi de février ont déçu. Le rapport sur l'emploi a été marqué par 92 000 destructions nettes. Mais selon le président de la Fed, ce chiffre doit être interprété à la lumière de la forte surprise positive de janvier qui avait vu 126 000 créations d'emplois en net. À ce stade, une politique monétaire légèrement restrictive, selon ses dires, lui paraît bien adaptée.

Une Fed plus ferme face à des risques désormais équilibrés

Pour conclure, cette réunion s'inscrit bien dans la continuité de la précédente sur le plan de la décision. Pas de mouvement sur les taux. Mais elle confirme aussi la rupture avec la phase d'assouplissement rapide de fin 2025. Le ton de Powell était plus ferme qu'attendu parce que les risques sont désormais équilibrés entre l'emploi et l'inflation. Autrement dit, le scénario qu'a dessiné la Fed est celui d'une économie américaine qui accélérerait en 2026, tandis que la hausse des prix de l'énergie alimenterait les pressions inflationnistes sans casser la croissance.

Lire aussi : Taux d’intérêt : les marchés anticipent moins de baisses en 2026

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