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La Fed maintient ses taux... mais change de cap

Analyses de marchés
Théodore Crouslé, SILEX, Au micro de la macro

Aujourd'hui, je vous propose de revenir sur la dernière réunion de la Réserve fédérale. La réunion de juin n'a pas surpris sur les taux. Ils restent inchangés dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Mais ce serait une énorme erreur d'en conclure que cette réunion était sans importance. C'était en effet la première réunion présidée par Kevin Warsh. Et on peut dire que même si les taux n'ont pas bougé, la Fed a changé de cap.

Le premier signal est venu du communiqué de politique monétaire. Sa forme est extrêmement révélatrice. Le texte est très court, 132 mots seulement, contre plus de 300 lors de la dernière réunion présidée par Jerome Powell. C'est manifestement un choix. Kevin Warsh veut une Fed plus concise, plus directe et beaucoup moins bavarde.

Une priorité assumée : combattre l'inflation

Et le fond est encore plus important.

Le communiqué décrit une économie américaine qui continue à avancer à un rythme solide. Les créations d'emplois restent cohérentes avec la progression de la population active et le chômage varie peu. En revanche, l'inflation demeure trop élevée. Et c'est là que le ton change nettement. La phrase finale du communiqué insiste d'ailleurs sur la stabilité des prix, mais sans mentionner explicitement l'emploi. Ce détail peut sembler technique, mais il est important. Ces dernières années, la Fed cherchait souvent à équilibrer les deux volets de son mandat. Plein emploi et stabilité des prix. Cette fois, le message est volontairement plus tranché. Le problème immédiat, c'est l'inflation.

Des projections économiques plus restrictives pour 2026

Ce biais plus restrictif apparaît aussi dans les nouvelles projections économiques. Les prévisions de croissance et de chômage changent à peine. En revanche, les prévisions d'inflation sont nettement relevées. L'inflation PCE attendue pour 2026 passe de 2,7 % à 3,6 %. L'inflation sous-jacente, qui exclut l'alimentation et l'énergie, passe de 2,7 % à 3,3 %. Et c'est le cœur du message.

La Fed voit une économie qui tient encore, mais une inflation plus persistante que prévu. Dans ce contexte, il devient difficile de défendre l'idée d'un assouplissement monétaire.

Les marchés anticipent désormais de nouvelles hausses de taux

Les dot plots vont aussi dans ce sens. Le biais plus accommodant introduit lors de la réunion précédente disparaît. Neuf participants sur 18 envisagent désormais au moins une hausse de taux d'ici à la fin de l'année. Six envisagent même deux hausses de taux ou plus. La médiane des projections implique donc environ 25 points de base de restrictions supplémentaires d'ici au 31 décembre 2026.

La conférence de presse de Kevin Warsh a renforcé cette impression. Le nouveau président de la Fed a beaucoup insisté sur l'inflation. Il a répété que la banque centrale avait l'intention de ramener les prix vers la stabilité et qu'il n'était pas question, à ce stade, de modifier l'objectif de 2 %.

Les cinq grands chantiers lancés par Kevin Warsh

Pour les marchés, le message d'ensemble est sévère. Le biais accommodant de la réunion précédente appartient bel et bien au passé. Si l'inflation ne montre pas de signe clair de ralentissement, une hausse de taux au second semestre est une vraie possibilité.

Mais cette réunion a dépassé le cadre strictement conjoncturel. Kevin Warsh a aussi ouvert un chantier beaucoup plus vaste. Celui du fonctionnement même de la Réserve fédérale.

Une formule résume sa méthode. « Nous avons un groupe de travail pour ça. » Cette phrase, répétée à plusieurs reprises, pourrait rester comme le symbole de sa première réunion. En fait, Warsh veut créer cinq groupes de travail pour réfléchir aux grands enjeux actuels de la Fed.

Une communication monétaire plus concise

Le premier chantier, c'est la communication. Le communiqué très court donne déjà une indication. Warsh veut une banque centrale moins prolixe, moins dépendante de l'orientation prospective et probablement moins soucieuse de guider les marchés. Cela peut rendre la communication plus claire. Mais cela peut aussi rendre les marchés plus volatils, car moins de détails, c'est aussi moins de visibilité. Il y a donc du travail à ce niveau-là.

Une réflexion sur le bilan de la Réserve fédérale

Deuxième chantier, le bilan. Depuis la crise financière, puis la pandémie, le bilan de la Fed est devenu un outil majeur de politique monétaire. Warsh veut réexaminer sa taille, sa composition et son rôle. Jusqu'où peut-on le réduire sans perturber les marchés ? Quel niveau de réserves faut-il conserver dans le système bancaire ? Ce sont des questions techniques, mais essentielles.

Mieux exploiter les données macroéconomiques

Troisième chantier, les données macroéconomiques. Warsh estime que les données arrivent souvent trop tard ou sont trop imprécises. Les chiffres de l'emploi, de l'inflation ou de la productivité sont souvent révisés. La Fed veut donc mieux exploiter ces données en temps réel et utiliser de nouveaux outils d'analyse.

L'impact de l'intelligence artificielle sur la productivité

Quatrième chantier, la productivité et l'emploi. C'est sans doute le sujet le plus prospectif. La Fed veut comprendre comment l'intelligence artificielle, l'investissement et les mutations technologiques peuvent modifier le marché du travail et la productivité. Si la productivité accélère réellement, l'économie américaine pourrait croître plus vite sans pour autant créer d'inflation. Mais si ces gains sont surestimés, la Fed pourrait sous-estimer les tensions inflationnistes.

Une nouvelle approche pour analyser l'inflation

Cinquième et dernier chantier, l'inflation elle-même. Warsh ne remet pas en cause la cible de 2 %, mais il veut mieux comprendre les déterminants récents de l'inflation. Selon le nouveau président de la Fed, l'inflation est un choix, il est donc possible de la combattre.

Ainsi, Kevin Warsh ne présente pas encore une doctrine complète, il ouvre plutôt une réforme de méthode. Il veut une Fed plus concise dans sa communication, plus moderne dans ses outils, et plus exigeante dans son diagnostic économique. C'est ambitieux, mais les marchés et les économistes semblent plutôt enthousiasmés par le projet. En tout cas, ils l'ont été sur le moment.

La question de l'indépendance de la Fed reste entière

En durcissant le ton face à l'inflation et en montrant qu'il souhaitait moderniser la façon de travailler de la Réserve fédérale, il a rassuré sur sa volonté de préserver l'indépendance de la banque centrale.

La prochaine étape sera de voir comment il réagira si l'exécutif américain s'en prend à lui dans l'hypothèse de plus en plus probable où le FOMC relèverait les taux directeurs.

Lire aussi :

Fed : Kevin Warsh prépare une rupture dans la conduite de la politique monétaire

Fed : Kevin Warsh prépare une rupture dans la conduite de la politique monétaire

“Inflation américaine : le scénario du statu quo s’impose à la Fed”

Complément de lecture avec le podcast de Théodore Croisté, Silex, Au micro de la macro du 5 mai 2026 "La Fed ne bouge pas, Powell non plus"

Une Fed qui maintient ses taux pour la 3ème réunion consécutive

Sans surprise, la Fed a maintenu la fourchette cible du taux d'effet de funds à 3,50%, 3,75% pour la troisième réunion consécutive. Une réunion sans changement de taux, mais avec un message plus complexe qu'il n'y paraît. Commençons par l'aspect institutionnel. Cette réunion marquait la dernière conférence de presse de Jerome Powell en tant que président de la Fed. Mais il ne quittera pas l'institution. En tout cas, pas tout de suite. Il a annoncé qu'il resterait gouverneur, son mandat courant jusqu'en 2028.

Lire aussi : Les prévisions de taux directeurs de la Réserve fédérale

Un tournant institutionnel avec le départ de Jerome Powell de la présidence

Le futur président, Kevin Warsh, prendra donc le siège de gouverneur aujourd'hui occupé par Stephen Meehan. Ce point institutionnel est important, car il signifie que Powell restera présent dans le débat monétaire, même après avoir quitté la présidence. Venons-en maintenant au message économique. Le communiqué de politique monétaire de la Fed conserve sur le papier un biais relativement accommodant, en particulier en ce qui concerne le marché du travail. Sur ce dernier point, la Fed indique que les créations d'emplois sont restées faibles, en moyenne, tandis que le taux de chômage s'est stabilisé ces derniers mois. La stabilité du chômage, autour de 4,3 - 4,4%, ne prête pas vraiment à débat.

Ecouter/lire aussi : Audition de Kevin Warsh : indépendance de la Fed et remise en cause du QE ?

Marché du travail américain : une stabilisation plus qu’un ralentissement

En revanche, selon nous, la formulation sur les créations d'emplois aurait mérité d'être précisée. Au premier trimestre, elles ont en effet approché les 70 000 par mois en moyenne, bien au-dessus du rythme moyen de 2025 qui était autour de 10 000 emplois par mois. Autrement dit, le marché du travail nous semble au moins être en train de se stabiliser. Et pour la Fed, cela réduit l'urgence d'un assouplissement monétaire rapide.

Lire aussi : Job report de mars 2026 : un rapport à prendre avec des pincettes

Une division interne sur l’orientation future de la politique monétaire

C'est d'ailleurs précisément là que se trouve la pomme de discorde. Comme nous venons de le dire, le ton employé pour qualifier le marché du travail donne encore l'impression que le maintien des taux constitue seulement une pause dans le cycle d'assouplissement commencé mi-2025. Mais ce message est contesté. Trois gouverneurs sur douze ont voté avec la majorité pour le maintien des taux lors de cette réunion, mais ils ont voté contre la formulation employée dans le communiqué de politique monétaire. Ils la jugeaient en effet trop accommodante. Et c'est là que se trouve le vrai signal stratégique. La décision de ne pas bouger fait consensus. Mais le message laissant entendre qu'un assouplissement futur est possible est lui contesté.

Inflation, pétrole et droits de douane au cœur des préoccupations de la Fed

Jérôme Powell a d'ailleurs renforcé cette lecture lors de sa conférence de presse. Son ton a été plus prudent que celui du communiqué. Sur l'inflation, Powell a insisté sur les droits de douane. Leurs effets devraient continuer à se faire sentir dans les chiffres d'inflation au cours des deux prochains trimestres. Il a aussi souligné que le choc énergétique pourrait maintenir l'inflation PCI sous-jacente au-dessus de 3% dans les prochains mois. Le chiffre de mars est d'ailleurs déjà remonté à 3,2% sur un an. Powell a également indiqué que la posture actuelle de la Fed reste la bonne.

Lire aussi : Les taux élevés des droits de douane se sont répercutés sur la croissance et l'inflation

Une Fed en attente face aux incertitudes inflationnistes

L'institution veut attendre de voir si la hausse des prix du pétrole se transmet à l'inflation sous-jacente.
Pour l'instant, le président de la Fed affirme que « personne au sein du FOMC n'est favorable à une hausse de taux ».
Mais cela ne signifie pas que les baisses sont proches. La marge de manœuvre reste très limitée à la baisse, car selon lui, les taux sont déjà très proches du taux neutre. Cette remarque est essentielle, si la politique monétaire est proche de sa zone d'équilibre, la FED n'a pas besoin de corriger rapidement sa trajectoire, elle peut attendre.

Une croissance américaine résiliente qui justifie le statu quo

La posture d'attente se justifie également par la bonne dynamique de la croissance américaine. Powell décrit une économie américaine avançant à un rythme de 2%, soutenue par une consommation résiliente et des investissements apparemment insatiables dans l'IA, pour reprendre ses termes. Le ton employé lors de cette réunion était peut-être un peu moins accommodant que ce qu'une lecture rapide du communiqué de politique monétaire aurait pu suggérer.
Sur les taux, la décision est consensuelle, mais l'orientation future ne l'est pas.

Ecouter/lire aussi : Une Réserve fédérale confiante sur la croissance américaine

C'est précisément ce qui plaide pour un statu quo prolongé. La Fed ne peut pas relever ses taux, mais elle n'a ni les preuves suffisantes sur l'inflation, ni le consensus interne nécessaire pour les baisser rapidement. Le message est donc simple, pas de hausse, pas de baisse et surtout pas de précipitation.

Rétrospective sur la réunion de la Fed de mars 2026 : statu quo sur les taux et ton plus hawkish

Publié le 23 Mars 2026

Pour sa réunion du mois de mars, la Réserve fédérale américaine a maintenu le taux cible des Fed Funds dans la fourchette de 3,50%, 3,75% pour la deuxième réunion consécutive. En se penchant sur la communication de la Fed, on s'aperçoit vite que le communiqué de politique monétaire évolue à peine par rapport à celui de janvier. La seule modification notable est très logiquement une mention de la remontée de l'incertitude liée à la guerre au Moyen-Orient.

Des anticipations de baisse de taux inchangées malgré un consensus renforcé

Les dotplots sont eux aussi inchangés par rapport à décembre. Ils continuent donc de suggérer 25 points de base de baisse de taux cette année, puis 25 points de base supplémentaires l'an prochain. Un point plus intéressant se trouvait dans le détail du vote du FOMC. La décision du statu quo a été prise par 11 voix contre 1. Seul Stephen Miran, fidèle à la ligne de Donald Trump et donc partisan d'une politique plus accommodante, a de nouveau plaidé pour une baisse de taux de 25 points de base. À l'inverse, Christopher Waller, une voix importante au sein du FOMC, s'est réaligné avec le cœur du comité après avoir voté en faveur d'un assouplissement au cours des dernières réunions. Le FOMC semble donc avoir trouvé un vrai terrain d'entente autour de son président Jerome Powell.

Une révision à la hausse des prévisions de croissance et d’inflation

La mise à jour des prévisions macroéconomiques de la Banque centrale a également attiré notre attention. La Fed a relevé à la fois ses prévisions de croissance et ses prévisions d'inflation. La croissance est désormais attendue à 2,4% cette année, contre 2,3% auparavant. L'inflation PCE sous-jacente remonterait quant à elle à 2,7% cette année, contre 2,5% attendue auparavant. La Banque centrale continue de croire à la bonne tenue de la productivité de l'économie américaine, peut-être sous l'effet de l'IA générative. Powell a confié ne pas encore avoir de certitude sur cette dernière question. Mais la Fed doit aussi intégrer deux réalités moins confortables. D'un côté, l'ampleur des investissements dans les data centers et de l'autre, la hausse des cours du pétrole. Et ces deux éléments entretiennent des tensions sur les prix. C'est avec ces éléments en tête que l'on peut comprendre le ton assez hawkish adopté par Jerome Powell en conférence de presse.

Jerome Powell face au risque inflationniste et à la crédibilité de la Fed

Interrogé sur la possibilité de ne pas réagir à un surcroît d'inflation provoqué par la hausse des cours du pétrole, Powell a clairement laissé entendre qu'il était trop tôt pour adopter une conviction ferme. Surtout, il a reconnu qu'ignorer une nouvelle accélération de l'inflation globale n'était pas une posture facile à adopter. On sait en effet que l'inflation n'est plus revenue à la cible de la Fed depuis plus de 5 ans et que cela n'est pas sans risque pour la crédibilité de la banque centrale.

Powell a donc insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de maintenir les anticipations d'inflation ancrées à 2%. Pour l'instant, les mesures de marché ne signalent pas de désancrage. Les breakeven et les swaps d'inflation restent aux abords de leur niveau des 3 dernières années. Mais il est clair que c'est désormais l'un des points de surveillance prioritaire pour la banque centrale des Etats-Unis.

Les tensions sur l’inflation liées à l’énergie et aux droits de douane

En dehors de la question de l'énergie, un autre élément reste bien présent dans les mots de Powell. C'est la question des droits de douane. En effet, la Fed continue à attribuer les difficultés du retour de l'inflation vers les 2% à la persistance des hausses de prix liées aux barrières douanières. L'inflation des biens reste toujours trop élevée. En janvier, l'inflation PCE d'ensemble s'élevait donc à 2,8% sur un an et l'inflation PCI sous-jacente à 3,1% sur un an. Il reste donc encore un petit bout de chemin à faire avant de revenir à l'objectif de 2%.

Un équilibre fragile entre inflation et emploi dans le mandat de la Fed

Au fond, Powell a fini par admettre ce qu'une partie du marché commençait à pressentir. Il n'est plus évident aujourd'hui de savoir quelle jambe du double mandat emploi inflation est la plus vulnérable. Les trois baisses de taux de la fin 2025 avaient été justifiées par la dégradation rapide de l'emploi qui nécessitait une recalibration de la politique monétaire. Mais avec le rebond des cours de l'énergie, le risque inflationniste fait son grand retour. Et concernant les derniers chiffres d'emploi, Powell s'est voulu rassurant.

Les chiffres d'emploi de février ont déçu. Le rapport sur l'emploi a été marqué par 92 000 destructions nettes. Mais selon le président de la Fed, ce chiffre doit être interprété à la lumière de la forte surprise positive de janvier qui avait vu 126 000 créations d'emplois en net. À ce stade, une politique monétaire légèrement restrictive, selon ses dires, lui paraît bien adaptée.

Une Fed plus ferme face à des risques désormais équilibrés

Pour conclure, cette réunion s'inscrit bien dans la continuité de la précédente sur le plan de la décision. Pas de mouvement sur les taux. Mais elle confirme aussi la rupture avec la phase d'assouplissement rapide de fin 2025. Le ton de Powell était plus ferme qu'attendu parce que les risques sont désormais équilibrés entre l'emploi et l'inflation. Autrement dit, le scénario qu'a dessiné la Fed est celui d'une économie américaine qui accélérerait en 2026, tandis que la hausse des prix de l'énergie alimenterait les pressions inflationnistes sans casser la croissance.

Lire aussi : Taux d’intérêt : les marchés anticipent moins de baisses en 2026

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