Coupe du monde 2026 : quel impact économique réel ?

Économie
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Par Bastien Drut, Cpram

Du 11 juin au 19 juillet se tiendra la Coupe du monde de football masculin, réputée pour être l’événement sportif le plus suivi du monde. Comme à chaque fois, beaucoup de bruit sera fait au sujet de l’impact économique de la compétition. Toutefois, celui-ci ne devrait pas être significatif dans le cas des États-Unis.

Coupe du monde 2026, quel effet sur la croissance américaine ?

Il est bien établi dans la littérature académique qu’il n’y a généralement pas de « boom économique » (c’est-à-dire accélération de la croissance et/ou de l’emploi) lié à l’organisation des grands événements sportifs, contrairement à ce qui est « vendu » dans les dossiers de candidature.

Une note commandée par la FIFA et publiée en mars 2025¹ estimait que la Coupe du monde 2026 augmenterait le PIB américain de 17,2 Mds$. Même en retenant cette hypothèse, que l’on peut soupçonner d’être très optimiste car formulée par l’organisateur, l’impact serait inférieur à 0,1 % du PIB américain.

En même temps, peut-on vraiment imaginer que l’économie d’un pays où se tiennent chaque année 1230 matchs de NBA ou encore 1344 matchs de NHL² sera vraiment stimulée par une compétition durant laquelle 104 matchs seront disputés ?

Une compétition élargie mais des effets limités sur l’économie américaine

Le changement de format de la Coupe du monde aurait pu faire que cette édition ait plus d’impact économique que les précédentes. En effet, avec le passage de 32 à 48 équipes pour la Coupe du monde 2026, le nombre total de matchs passera de 64 à 104 et la compétition durera 39 jours au lieu de 29 jours pour l’édition précédente.

Cela veut dire davantage de touristes internationaux, plus de fréquentation des hôtels, plus de dépenses de restauration, etc. Toutefois, cela n’est pas significatif à l’échelle de l’économie américaine.

Cette expansion implique aussi des besoins plus importants en termes de stades. D’ailleurs, 16 stades seront utilisés pour cette première Coupe du monde à 48 équipes, contre 8 lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar et 12 pour la Coupe du monde 2018 en Russie.

Mais il est pour le moins commode que cette première édition à 48 équipes ait lieu principalement aux États-Unis, qui est le seul pays du monde avec une vingtaine de stades disposant d’une capacité d’au moins 80 000 spectateurs tous sports confondus.

Il n’y a pas eu de travaux de grande ampleur pour la Coupe du monde 2026 et là encore, l’impact économique de la compétition aura été faible.

Un éventuel effet « feel good » sur la consommation aux Etats-Unis

En conclusion, pour une économie de taille petite ou moyenne, ou pour un pays qui aurait entrepris des travaux d’infrastructures importants, la réception de la Coupe du monde aurait pu avoir un petit impact macroéconomique mais cela ne sera très vraisemblablement pas le cas aux États-Unis.

Il convient toutefois d’indiquer qu’une très hypothétique victoire des États-Unis (classé 16ème au classement FIFA en mai) pourrait peut-être faire monter les indices de confiance et déclencher un effet « feel good » temporaire et d’une ampleur limitée, qui pourrait stimuler la consommation des ménages.

Les victoires de la France en Coupe du monde avaient peu soutenu la consommation

Toutefois, les victoires de la France lors des Coupes du monde 1998 et 2018 n’avaient pas provoqué d’augmentation très significative des indices de confiance à l’époque.

consommation france suite aux victoires coupe du monde

Les retombées économiques des grands événements sportifs

On considère habituellement que les retombées économiques liées à l’organisation des grands événements sportifs sont de plusieurs ordres :

Les retombées privées directement liées à la participation à l’événement (ventes de billets, droits de retransmission, recettes de sponsoring, vente de produits dérivés liés à l’événement).

Les retombées privées indirectement liées à la participation à l’événement (recettes liées aux transports, hôtellerie, ventes de boissons et de nourriture, recettes de tourisme annexes).

Les retombées privées liées à la préparation de l’événement (emploi dans le secteur de la construction et dans les industries associées).

Les retombées privées perçues après l’événement (valeur d’usage des nouvelles installations construites pour l’événement).

Les retombées publiques (stimulus de l’économie généré par l’investissement et par l’augmentation de la consommation liée au tourisme, plus grande productivité causée par l’amélioration des infrastructures, amélioration de l’image du pays amenant davantage de commerce et d’investissement).

Coupe du monde 2026 : le match économique

Quelques points de repère économiques au sujet des pays qui participent à la Coupe du monde 2026 :

La plupart des pays du G20, c’est-à-dire des plus grandes économies du monde, ont leur équipe qualifiée pour la Coupe du monde 2026. Les 5 exceptions sont : trois grands pays asiatiques n’ayant pas de forte culture footballistique (Chine, Inde, Indonésie), un pays mis au ban des grandes compétitions sportives (Russie) et un pays… malheureux pour la troisième fois de suite (Italie). La Chine et l’Inde sont également les deux pays les plus peuplés du monde et la Russie est le pays avec la superficie la plus importante. Ils constituent des absents de taille.

Des écarts de richesse très importants entre les pays qualifiés

Plusieurs des pays les plus riches du monde (lorsque l’on considère le PIB par habitant) sont qualifiés : Suisse, Norvège, États-Unis, Qatar. En particulier, le groupe B contient deux des pays les plus riches du monde (Suisse et Qatar).

Trois pays faisant partie de la liste des Nations Unies des « pays les moins développés » participent à la Coupe du monde : Haïti, la République Démocratique du Congo et le Sénégal. S’ils ne font pas partie de cette liste, le PIB par habitant est également très faible au Ghana, en Côte d’Ivoire et en Ouzbékistan.

Curaçao va devenir le plus petit en termes de population à participer à une Coupe du monde avec 156 000 habitants (avant cela, le plus petit pays était l’Islande). Lors du match Curaçao – Allemagne, le ratio de population entre les deux pays sera de 535. Si Curaçao venait à passer la phase de poules et rencontrait les États-Unis, le ratio de population serait de 2180.

Des pays stratégiques pour le commerce mondial et l’énergie

On retrouve parmi les participants à la Coupe du monde plusieurs pays associés à des points de passage importants du commerce mondial :

Le Panama : canal de Panama.

L’Iran : détroit d’Ormuz (qui fait beaucoup parler en ce moment…).

L’Afrique du Sud : cap de Bonne-Espérance.

La Corée du Sud : détroit de Corée.

L’Espagne et le Maroc : détroit de Gibraltar.

La Turquie : détroit du Bosphore.

L’Égypte : canal de Suez.

4 des 5 plus grands producteurs de pétrole participent à la Coupe du monde : États-Unis, Arabie saoudite, Canada et Irak. Le seul absent parmi les 5 est la Russie.

Vieillissement démographique et inflation : les autres contrastes du Mondial

Parmi les pays participants, on trouve plusieurs des pays les plus vieux du monde. Avec un âge médian de plus de 45 ans en 2024, on trouve : le Japon (49,9 ans), l’Allemagne (46,8 ans), l’Espagne (46,8 ans), le Portugal (46,4 ans), la Corée du Sud (45,5 ans).

On trouve a contrario deux des pays les plus jeunes du monde avec la RDC (16,9 ans) et le Sénégal (19,2 ans). Le match RDC - Portugal opposera donc l’un des pays les plus vieux du monde à l’un des pays les plus jeunes.

On trouve aussi parmi les participants plusieurs des pays du monde avec l’inflation la plus forte : Argentine (+219,9 % en 2024), Turquie (+58,5 %), Iran (+32,5 %), Égypte (+28,3 %), Haïti (+26,9 %). A contrario, l’Irak est le pays du monde qui a connu l’inflation la plus faible en 2024 (-12,3 %).

Par Bastien Drut, Cpram

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  1. FIFA World Cup 2026 : socioeconomic impact analysis.
  2. On pourrait également mentionner un grand nombre d’autres ligues de sport professionnel : WNBA, NFL, MLS, NWSL, MLB, PWHL, etc

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