De l’espoir mais toujours pas de fumée blanche

Par Thomas Giudici, Directeur de la gestion obligataire, Auris Gestion
La semaine passée a une nouvelle fois entretenu l’idée qu’un accord pouvait être proche entre les États-Unis et l’Iran sans finalement jamais réellement se matérialiser. Les discussions ont pourtant semblé s’intensifier durant le week-end, plusieurs responsables évoquant même une phase de « finalisation » d’un protocole d’accord, tandis que Donald Trump déclarait samedi qu’un compromis se « rapprochait grandement ».
Cependant, comme souvent depuis maintenant plusieurs mois, chaque avancée semble immédiatement accompagnée d’un nouveau report, d’une condition supplémentaire ou d’un regain de tensions militaires. Ainsi, après les espoirs apparus pendant le week-end, Marco Rubio a lui-même tempéré les attentes, rappelant qu’« un accord nucléaire ne se conclu[ai]t pas en 72 heures sur un coin de table ». Ce point constitue d’ailleurs une pierre d’achoppement entre les deux camps et pourrait être traité dans un second temps une fois la réouverture du détroit d’Ormuz actée. Dans le même temps, Donald Trump a ajouté une nouvelle dimension aux négociations en conditionnant désormais tout accord plus large à un élargissement des accords d’Abraham, appelant notamment l’Arabie saoudite et le Qatar à normaliser leurs relations avec Israël. Enfin, alors même que les discussions se poursuivaient, de nouvelles frappes américaines ont été menées ce matin dans le sud de l’Iran, visant notamment des sites de missiles et des embarcations iraniennes dans le détroit d’Ormuz.
Ces nouvelles frappes ne semblent toutefois pas remettre en cause le regain d’appétit pour le risque observé sur les marchés la semaine dernière. Les investisseurs continuent en effet de privilégier le scénario d’une désescalade progressive et semblent devenir de moins en moins sensibles aux atermoiements diplomatiques ainsi qu’aux prolongations successives du conflit. Les actifs européens ont ainsi marqué un net rattrapage, effaçant une partie du retard accumulé depuis le début des tensions au Proche-Orient. Nous repassons ainsi positifs sur la zone dans notre tableau d’allocation. À l’inverse, nous revenons désormais à neutres sur les actions chinoises. Malgré des valorisations toujours attractives, les indices chinois peinent à retrouver une dynamique durable et les dernières statistiques macroéconomiques publiées la semaine dernière ont de nouveau déçu. Les ventes au détail n’ont en effet progressé que de 0,2 % en avril, contre 1,7 % le mois précédent et environ 2 % attendus par le consensus, soit la plus faible progression depuis décembre 2022. Dans le même temps, la production industrielle est ressortie à +4,1 % sur un an, contre +5,7 % en mars et près de +6 % attendu.
Du côté des taux, leur évolution reste nettement plus erratique depuis le début du conflit avec des mouvements parfois totalement décorrélés des actifs risqués et davantage guidés par les variations du prix du pétrole. Pourtant, la forte tension observée sur les taux en début de semaine dernière s’est produite sans mouvement comparable sur le baril, signe que le prix du baril n’est probablement plus, à lui seul, le seul driver sur les taux d’intérêt. Le 30 ans américain a ainsi brièvement retrouvé des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis l’époque de la crise des subprimes en 2007, alimentant progressivement l’idée d’un régime de taux durablement plus élevés. Plusieurs facteurs structurels commencent d’ailleurs à nourrir cette réflexion : pression persistante sur certaines matières premières stratégiques liée aux besoins de souveraineté et de réindustrialisation dans un contexte de démondialisation mais également montée en puissance de la thématique IA qui, si elle est souvent présentée comme structurellement déflationniste à long terme, nécessite dans un premier temps des volumes d’investissements et de capex considérables. S’ajoute également à cela la question budgétaire, avec des déficits publics qui continuent de se creuser. Aux États-Unis, les dépenses militaires liées au conflit viennent alimenter une trajectoire budgétaire déjà très dégradée, tandis qu’en Europe le FMI a récemment rappelé ses inquiétudes concernant la trajectoire des finances publiques françaises et la nécessité d’un ajustement budgétaire rapide et crédible.
Heureusement, les taux ont finalement suivi le mouvement de détente observé en fin de semaine et sont revenus dans le rang après les tensions observées, évitant ainsi une propagation plus large des craintes sur l’ensemble des marchés financiers.
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