Le marché coréen en bear market


La baisse du marché coréen est spectaculaire. Après avoir figuré parmi les meilleures performances mondiales en 2026, le Kospi vient d’entrer cette semaine officiellement en territoire de bear market, avec un recul supérieur à 20% depuis son plus haut du 19 juin. Le graphique le montre clairement : les investisseurs étrangers vendent massivement les actions coréennes, avec des sorties mensuelles à des plus hauts niveaux observés depuis plusieurs années.
À première vue, cette correction peut surprendre. La Corée du Sud reste l’un des grands bénéficiaires du cycle de l’intelligence artificielle, grâce à Samsung Electronics et SK Hynix, deux acteurs centraux de la mémoire et des semi-conducteurs. Mais c’est précisément là que se situe le problème : le marché coréen est devenu extrêmement dépendant de ce thème.

Une dépendance très forte aux semi-conducteurs
La chute récente du Kospi s’explique d’abord par la faiblesse des valeurs technologiques et mémoire. Samsung Electronics et SK Hynix ont lourdement pesé sur l’indice, dans le sillage de la correction du secteur mondial des semi-conducteurs et des inquiétudes sur la soutenabilité de la demande liée à l’IA. Le 8 juillet, la baisse du Kospi de plus de 5%, entraîné par Samsung et SK Hynix, a officiellement entrainé l’indice en « bear market », alors même que l’indice restait encore très largement positif depuis le début de l’année.
Le paradoxe est donc clair : le marché coréen ne corrige pas parce que son scénario de croissance s’est effondré, mais parce qu’il avait intégré énormément de bonnes nouvelles. Le Kospi avait progressé de plus de 100% depuis le début de l’année à son pic de juin, porté par l’enthousiasme autour des puces mémoire, de l’IA et des flux domestiques très spéculatifs.
Les étrangers sortent, les particuliers étaient très exposés
Le deuxième facteur est technique. Les investisseurs étrangers ont fortement réduit leur exposition à la Corée, avec plus de 11 Mds de dollars de sorties depuis début juillet et 30 Mds en juin, un montant mensuel record. Depius le début de l’année, les fonds internationaux ont vendu pour 100 Mds d’actions coréenne. Mais dans le même temps, le rally précédent avait été largement alimenté par les investisseurs particuliers coréens, puisqu’ils avaient acheté la moitié de ces ventes réalisées par les étrangers, et ce, souvent via des ETF à effet de levier. Lorsque le marché se retourne, ce type de positionnement amplifie alors mécaniquement la correction.
Cette dimension est importante : il ne s’agit pas seulement d’un ajustement fondamental, mais aussi d’un débouclement de positions après une hausse extrêmement rapide.
Des inquiétudes spécifiques sur SK Hynix
Le marché s’interroge également sur la capacité des groupes coréens à sécuriser des contrats de long terme dans les puces utilisées pour l’IA, notamment face à Micron. À cela s’ajoute le projet d’introduction américaine de SK
Hynix, valorisé autour de 29 milliards de dollars, qui constitue à la fois un catalyseur stratégique et une source de pression à court terme sur le titre.
La concurrence chinoise dans la mémoire, notamment via ChangXin Memory Technologies, ajoute aussi une couche d’incertitude sur le cycle futur des prix.
Conclusion
Faut-il y voir la fin du thème coréen ? Probablement pas.
La Corée reste au cœur de la chaîne de valeur mondiale des semi-conducteurs. SK Hynix demeure un fournisseur clé de mémoire HBM (High Bandwidth Memory, en français mémoire à très haute bande passante) pour les processeurs IA de Nvidia, et Samsung conserve un rôle central dans la mémoire et les composants électroniques. Mais la séquence récente rappelle une règle simple : lorsqu’un marché devient le pur reflet d’un thème dominant, il devient vulnérable au moindre doute sur ce thème.
Les valorisations redeviennent par ailleurs plus raisonnables : selon MarketWatch, le Kospi se traite désormais autour de 7,6 fois les bénéfices attendus, contre environ 12 fois pour les émergents et 20 fois pour le S&P 500.
Le marché coréen, révélateur des excès du cycle de l'IA
La baisse coréenne n’est pas seulement une histoire locale. Elle est un test grandeur nature pour le cycle IA.
Elle montre que les marchés ne sanctionnent pas uniquement les mauvaises nouvelles. Ils sanctionnent aussi les excès d’enthousiasme lorsque les attentes deviennent trop élevées.
La Corée reste un marché stratégique. Mais après un rally aussi spectaculaire, elle rappelle que dans les semi-conducteurs, le long terme peut être très porteur… tout en restant brutalement cyclique à court terme.
Par Gérald Grant, Fundesys
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