Actions émergentes : une reprise vigoureuse

Par Paulo Salazar, Head of Emerging Markets Equities, Candriam
Une forte reprise des actions émergentes en avril 2026
Les actions émergentes ont connu une reprise vigoureuse en avril 2026[01]. La classe d’actifs a nettement progressé, les indices ayant effacé leurs pertes antérieures avant d’atteindre des sommets inédits, grâce au retour en force de l’appétit pour le risque et à une nette amélioration des anticipations sur le terrain géopolitique.
Le principal catalyseur de ce rebond a été l’évolution du conflit au Moyen-Orient, où l’annonce d’un cessez-le-feu temporaire entre les États-Unis et l’Iran a considérablement réduit les risques extrêmes à court terme. Bien qu’aucune solution définitive n’ait encore été trouvée, la reprise d’échanges diplomatiques a incité les marchés à intégrer une probabilité accrue de normalisation des flux énergétiques, en particulier à travers le détroit d’Ormuz. Ce recalibrage du risque géopolitique a déclenché une franche rotation vers les actifs risqués.
La technologie asiatique au cœur de la performance
Au sein des marchés émergents, les performances se sont particulièrement concentrées en Asie du Nord, où les marchés à forte composante technologique ont mené la danse. Soutenues par des résultats robustes au premier trimestre et des perspectives optimistes pour l’écosystème des semi-conducteurs et de la chaîne logistique de l’IA, la Corée et Taïwan ont fortement progressé[02]. Les investissements massifs annoncés par les hyperscalers ont renforcé la confiance dans la durabilité du cycle technologique, entraînant de fortes révisions à la hausse des projections de bénéfices et favorisant un mouvement de revalorisation dans l’ensemble du secteur.
Dans les autres régions, les gains ont été plus mesurés mais sont restés globalement positifs. Les marchés d’Amérique latine et de la région CEEMEA ont participé à la reprise dans une moindre mesure, en raison de facteurs domestiques et d’une certaine sensibilité à la volatilité des produits de base.
Sur le front des matières premières, le Brent a reculé de 3,7 %, tandis que l’or et l’argent abandonnaient respectivement 1,1 % et 1,8 %. Les rendements américains ont terminé le mois à 4,40 %[03].
Des bénéfices qui deviennent le principal moteur des marchés émergents
Une résilience face aux chocs géopolitiques
Le mois d’avril a été marqué par la capacité croissante du marché à surmonter les tensions géopolitiques. Le choc lié au conflit en Iran a d’abord entraîné une réduction des risques, une hausse des prix de l’énergie et un ajustement des anticipations de politique monétaire. La reprise qui a suivi a souligné la résistance des marchés émergents, les investisseurs distinguant les perturbations macroéconomiques transitoires des tendances bénéficiaires plus durables. Il s’agit d’un changement majeur, alors que la sensibilité à la liquidité mondiale et aux chocs externes a historiquement amplifié les mouvements sur les marchés émergents.
Dans le même temps, le mois d’avril a renforcé l’importance des bénéfices comme principal point d’ancrage de la performance. Malgré une incertitude accrue, les projections de bénéfices pour 2026 ont continué à progresser dans l’ensemble des régions. Cette résilience conforte l’opinion selon laquelle la demande sous-jacente, en particulier dans le secteur technologique, reste intacte. Parallèlement, les marchés émergents conservent une décote importante par rapport aux marchés développés, ce qui leur confère un potentiel de progression si la visibilité macroéconomique s’améliore.
L’IA et les semi-conducteurs comme moteurs structurels
En outre, la vigueur de l’écosystème de l’IA et des semi-conducteurs reste un argument de poids en faveur des marchés émergents. À titre d’exemple, Taïwan et la Corée sont au cœur de la chaîne logistique mondiale de l’IA par le biais des semi-conducteurs, de la mémoire, des capacités de fonderie et des infrastructures matérielles. Cela fait des marchés émergents un bénéficiaire direct de l’un des thèmes de croissance séculaire les plus puissants à l’heure actuelle. Les dépenses d’investissement liées à l’IA continuent d’augmenter et la demande de semi-conducteurs reste solide, ce qui peut constituer un point d’ancrage durable des bénéfices.
Lire aussi : l’IA propulse les marchés asiatiques en 2026
La Chine conserve un rôle stabilisateur dans l’univers émergent
La Chine a constitué une force stabilisatrice en période de tensions. Dans ce contexte, l’annonce d’un sommet sino-américain en Chine au mois de mai revêt une importance particulière. En effet, tout progrès dans l’amélioration des relations bilatérales et la stabilisation de la situation au Moyen-Orient pourrait renforcer la confiance dans les perspectives extérieures de la Chine et, par extension, soutenir le sentiment dans l’ensemble des marchés émergents.
Ainsi, la combinaison d’une exposition à la croissance structurelle, d’un bon positionnement cyclique, de valorisations raisonnables et d’un positionnement limité plaide en faveur d’une réallocation vers ce segment. Dans un environnement marqué par des incertitudes géopolitiques et des fondamentaux résilients, les marchés émergents résistent mieux aux chocs et se positionnent comme les principaux contributeurs à l’élargissement et à l’équilibre du cycle des actions mondiales.
Lire aussi : Chine : le choc technologique au cœur de la résilience économique
Un positionnement inchangé avec une préférence pour l’Asie technologique
La Corée du Sud reste surpondérée
Nous surpondérons la Corée, soutenue par les très fortes révisions à la hausse des bénéfices parmi les poids lourds de l’indice, notamment Samsung Electronics et SK Hynix. La trajectoire de révision reste l’une des plus fortes parmi les marchés émergents, ce qui reflète le poids des mémoires et des semi-conducteurs au sein de l’économie coréenne.
Taïwan demeure un bénéficiaire direct de l’essor de l’IA
Nous maintenons la surpondération de Taïwan en raison de la dynamique soutenue des bénéfices dans le secteur technologique. Taïwan reste au cœur de la chaîne d’approvisionnement mondiale des semi-conducteurs et l’indice est fortement axé sur la technologie, ce qui en fait un bénéficiaire direct des cycles de révision positifs et de la demande soutenue du secteur.
Une approche sélective sur la Chine
Nous sommes neutres sur la Chine en raison de révisions des bénéfices décevantes et de valorisations conformes aux moyennes historiques. Nous préférons l’exposition onshore (actions A) – davantage axée sur la technologie et plus sensible aux mesures de relance domestiques – aux actions de Hong Kong. Au plan géopolitique, la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping semble avoir réduit les risques extrêmes à court terme et conforte l’idée que le pic des tensions bilatérales pourrait être derrière nous. La concurrence structurelle devrait néanmoins persister à long terme, ce qui renforce la nécessité de rester sélectif et discipliné.
L’Inde conserve son potentiel de long terme
Nous restons neutres à l’égard de l’Inde, car même si le marché a sous-performé, les valorisations demeurent supérieures aux moyennes historiques tandis que la dynamique des bénéfices s’est essoufflée. Le potentiel structurel de l’économie indienne n’est toutefois pas remis en cause à long terme. Mais les risques à court terme persistent – valorisations tendues, risque géopolitique et incertitude entourant la dynamique des droits de douane – et menacent la confiance et les secteurs exposés aux marchés extérieurs.
Les choix sectoriels privilégient toujours la technologie
Énergie : opinion neutre
Dans l’attente d’une meilleure visibilité en matière de normalisation des risques liés au détroit d’Ormuz, nous restons neutres vis-à-vis de l’énergie, avec une position plus constructive dans la stratégie standard. À court terme, le secteur reste sensible aux événements géopolitiques et à la volatilité des cours du brut, ce qui incite à privilégier la patience et la sélectivité en évitant les positions purement directionnelles. Compte tenu de la demande croissante de diversification énergétique, nous ciblons les énergies renouvelables au sein de notre stratégie ESG.
Matériaux : opinion neutre
Nous maintenons un positionnement neutre vis-à-vis des matériaux, la demande structurelle de certains métaux compensant les difficultés liées à la vigueur du dollar et au positionnement important des investisseurs, en particulier sur les métaux précieux. Au sein du secteur, nous identifions certaines opportunités dans les métaux industriels et liés à la transition énergétique tels que l’aluminium, le cuivre et le nickel, où la dynamique idiosyncratique de l’offre et de la demande crée des configurations attractives.
Distribution : une préférence pour les acteurs chinois
Nous maintenons une position neutre sur le secteur de la consommation discrétionnaire mais surpondérons la distribution, qui est dominée par l’exposition à la Chine et affiche des niveaux de valorisation intéressants. Notre thèse d’investissement est étayée par des comportements concurrentiels plus rationnels, susceptibles de générer une meilleure rentabilité et d’éventuelles revalorisations. Nous reconnaissons toutefois que ce processus peut mettre du temps à se concrétiser.
Technologie : le secteur privilégié sur les marchés émergents
Nous continuons de surpondérer la technologie, soutenue par de fortes révisions des bénéfices et une actualité positive sur l’ensemble de la chaîne logistique. La technologie offre toujours la meilleure combinaison de dynamique bénéficiaire et de durabilité thématique sur les marchés émergents, une tendance illustrée par notre surpondération de la Corée et de Taïwan, où le cycle de révisions reste particulièrement favorable.
[01] Source : MSCI Emerging Markets Index (Net Return): +12,67 % - Avril 2026
[02] Sources : MSCI Korea: +38,2 % et MSCI Taiwan: +26,2 %
[03]Source :Bloomberg, au 1er mai 2026.
1] Au 31 décembre 2025.
[2] New York Life Investment Management a été classée 28e plus grand gestionnaire d’actifs institutionnels dans le classement Largest Money Managers 2025 de Pensions & Investments, publié en juin 2025, sur la base des actifs institutionnels mondiaux sous gestion au 31 décembre 2024. Aucune compensation directe ou indirecte n’a été versée pour la création et la diffusion de ce classement.
[3] Les actifs sous gestion (AUM) incluent les actifs des conseillers en investissement qui composent « New York Life Investment Management » au 31 décembre 2025. Les AUM comprennent certains actifs, tels que les AUM non discrétionnaires, la sélection de fonds externes et les services d’overlay, y compris les services de filtrage ESG, les services de conseil, les services de marque blanche et les services de fourniture de portefeuilles modèles, qui ne sont pas nécessairement considérés comme des actifs réglementaires sous gestion selon le formulaire ADV de la SEC. Les AUM sont exprimés en dollars américains. Les AUM non libellés en USD sont convertis au taux au comptant au 31 décembre 2025. Le total des AUM de « New York Life Investment Management » est inférieur à la somme des AUM de chaque conseiller en investissement affilié du groupe, car il n’inclut pas les AUM pour lesquels les mêmes actifs peuvent être comptabilisés par plusieurs conseillers affiliés.
Voir aussi : Marchés émergents : où investir face aux tensions géopolitiques ?
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