Effet de levier : les investisseurs américains empruntent de plus en plus pour investir

Comme tous les mardis, Eric Lafrenière fait le point sur les marchés américains dans notre podcast Good Morning America. Au programme : les tensions au Moyen-Orient, les principaux rendez-vous macroéconomiques, le coup d'envoi de la saison des résultats aux États-Unis et un focus sur le retour en force de l'effet de levier chez les investisseurs américains.
Commençons par un petit récapitulatif de ce qu'il ne fallait pas manquer la semaine dernière.
Les marchés américains ont terminé la semaine dernière dans le rouge et, cette semaine, les investisseurs vont devoir jongler entre géopolitique, macroéconomie et résultats d'entreprises. Les trois grands indices ont terminé en baisse. Le Dow Jones a notamment enregistré sa plus forte baisse hebdomadaire, en points comme en pourcentage, depuis la fin du mois de mars.
Deux éléments ont principalement pesé sur le marché. D'abord, le regain des tensions au Moyen-Orient et la reprise des hostilités autour du conflit avec l'Iran, une situation qui ravive les inquiétudes sur le prix du pétrole et le risque d'un nouveau choc inflationniste.
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Ensuite, les valeurs technologiques ont de nouveau souffert après plusieurs mois de hausse et de valorisations élevées.
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Les investisseurs commencent à se poser une question simple : les dépenses massives consacrées à l'intelligence artificielle vont-elles réellement se traduire par une accélération des bénéfices ?
Cette semaine pourrait commencer à apporter quelques réponses à ces interrogations
Sur le front macroéconomique, le marché du travail sera au centre de l'attention.
Jeudi, les inscriptions hebdomadaires au chômage seront publiées. Le consensus table sur environ 215 000 nouvelles demandes, un chiffre qui permettra de vérifier si le marché de l'emploi américain reste solide comme il l'a été jusqu'à maintenant.
Vendredi, place aux premiers indices PMI de juillet de S&P Global. Les investisseurs chercheront à savoir si l'activité continue de résister malgré les tensions géopolitiques, les incertitudes commerciales et le niveau toujours élevé des taux d'intérêt.
Enfin, les ventes de logements neufs pour le mois de juin seront également publiées. Le consensus table sur environ 625 000 ventes annualisées, un indicateur important pour un marché immobilier toujours pénalisé par des taux hypothécaires élevés.
Le véritable temps fort de la semaine sera toutefois la saison des résultats.
3M, General Motors et Halliburton ouvriront le bal.
Mercredi, Alphabet, IBM, Philip Morris et Tesla publieront leurs comptes. Pour Alphabet, les dépenses dans l'intelligence artificielle et la croissance du cloud seront particulièrement scrutées.
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Jeudi, Blackstone, Honeywell, Lockheed Martin, RTX, Thermo Fisher Scientific et Intel prendront le relais.
Enfin, American Express, SLB et Verizon clôtureront une semaine particulièrement dense.
La dette sur marge atteint un record aux États-Unis
On passe maintenant au sujet du jour. Vous vouliez nous parler du retour en force des produits à effet de levier chez les investisseurs américains.
Les investisseurs particuliers américains semblent redécouvrir un vieil adage de Wall Street : lorsque le marché monte, l'effet de levier peut accélérer les gains, mais lorsque la tendance se retourne, il peut aussi accélérer les pertes.
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En juin, la dette sur marge a atteint un nouveau record de près de 1 500 milliards de dollars, en hausse d'environ 49 % sur un an. Ce niveau témoigne de l'appétit croissant des investisseurs pour l'emprunt, alors même que les marchés restent concentrés sur quelques valeurs très populaires auprès des particuliers.
Le principe est simple : avec un compte de marge, un investisseur emprunte de l'argent à son courtier pour acheter davantage d'actions qu'il ne pourrait le faire avec ses seules liquidités. L'effet est mécanique : si le titre progresse de 10 %, le rendement sur les fonds réellement investis peut être bien supérieur. Mais l'inverse est tout aussi vrai : lorsque les marchés baissent, les investisseurs peuvent recevoir un appel de marge et être contraints d'ajouter des liquidités ou de vendre leurs positions, parfois au pire moment.
La réforme de la marge intraday facilite le recours à l'effet de levier
Le recours à l'effet de levier vient de franchir une nouvelle étape aux États-Unis. Depuis le 4 juin, l'ancienne règle du Pattern Day Trader, instaurée il y a près de vingt-cinq ans, a été remplacée par un système de marge intraday.
La contrainte des 25 000 dollars minimum pour pratiquer activement le day trading a disparu. Un investisseur peut désormais effectuer davantage de transactions intraday sur marge avec un seul seuil de marge de 2 000 dollars, sous réserve des exigences imposées en temps réel par son courtier.
Quel impact pour les principales plateformes américaines comme Robinhood par exemple ?
Pour les plateformes comme Robinhood ou Webull, cette réforme offre davantage de flexibilité aux investisseurs et pourrait stimuler les volumes de transactions.
Mais ses détracteurs estiment qu'elle facilite aussi l'accès à l'endettement pour des investisseurs parfois peu expérimentés. Le risque est particulièrement important sur les valeurs les plus spéculatives et les plus suivies par les particuliers.
Dans un marché où la volatilité augmente, le levier peut créer un cercle vicieux : la baisse d'un titre provoque des appels de marge, qui entraînent des ventes forcées, lesquelles accentuent encore le recul des cours.
Les courtiers disposent toutefois d'un outil pour limiter ce risque : augmenter les exigences de marge sur certaines actions. Si la réglementation prévoit un niveau de maintenance de 25 %, ils peuvent imposer des exigences plus élevées sur les titres jugés particulièrement volatils.
Le paradoxe est que cette mesure peut elle-même amplifier une correction en réduisant la capacité d'emprunt des investisseurs. Le véritable enjeu est donc simple : l'effet de levier peut soutenir les marchés dans une phase haussière, mais il rend aussi le système plus fragile. Lorsque de nombreux investisseurs utilisent simultanément de l'argent emprunté pour acheter les mêmes valeurs, une baisse limitée peut rapidement prendre une ampleur beaucoup plus importante.
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