Inflation : les perspectives de hausse des taux se renforcent


Comme tous les mercredis, Julien Quistrebert décode les marchés pour Club Patrimoine. Aujourd'hui, les principaux enseignements du mois d’août, les tensions sur les taux et la dette française, ainsi que les dernières tendances macroéconomiques et inflationnistes.
Le mois d’août avait commencé avec une saison des résultats assez positive. On peut même dire presque euphorique puisque la croissance des résultats atteint 26 % côté européen et 52 % côté américain. Alors évidemment avec des éléments exceptionnels, mais ce sont des chiffres qu’on n’avait pas vus depuis très longtemps. Une croissance des résultats en Europe qui est attendue à 16 % sur le Stoxx 600 pour l’ensemble de l’année, après des années 2024-2025 où on était toujours autour de zéro.
Voilà, donc ce sont plutôt de très bonnes publications, ce qui avait soutenu le marché. Et puis malheureusement, ce sont les tensions sur les taux longs qui sont revenues et qui ont pesé un petit peu, avec des tentatives de calmer toutes ces distorsions. C’est la coordination américaine avec le Japon pour essayer d’enrayer la chute du yen et la hausse des taux. Ce qui, on peut dire, a été un échec quelques semaines plus tard. Même chose pour le Trésor US qui a augmenté ses rachats d’actions longues. Mais on voit qu’aujourd’hui les taux longs américains sont revenus au-dessus du jour de l’annonce. Donc voilà, tout ça se concrétise par des échecs.
Jackson Hole : la perspective d’une hausse des taux revient
Et Jackson Hole peut-être un petit peu plus surprenant, avec Warsh qui s’est dit prêt à remonter les taux puisque l’emploi n’était pas un sujet. On peut s’attendre, malgré l’approche des midterms, à avoir beaucoup de sujets sur la hausse des taux directeurs.
France : les tensions sur la dette pèsent sur les marchés
Un détour par la France puisqu’on parlait des taux longs, avec aussi pas mal de tensions et beaucoup de débats autour de la dette.
Oui, tout à fait, et même déjà des débats autour du budget puisque c’est la première échéance, avec déjà des partis politiques qui commencent à avoir des discussions assez tendues, notamment au sujet des retraites. Donc sur le côté dette, évidemment, on voit des craintes de la part des créanciers. Le spread de la France par rapport à l’Allemagne, enfin de l’OAT versus le Bund, continue de se creuser. On se rapproche gentiment des 90 points de base de delta. Donc on voit que le marché est assez tendu sur ce point-là, dans un contexte évidemment où les taux longs un peu partout sont en train de se creuser.
On a parlé de l’inflation, évidemment il y a le détroit d’Ormuz, c’est la guerre avec l’Iran, mais aussi sous le poids des déficits. Et donc tout ça fait que l’environnement, en tout cas pour le marché français, est un peu plus compliqué. D’ailleurs, la Bourse française, le CAC 40, est l’indice le moins performant d’Europe sur ce mois d’août, et ça s’explique certainement par ces tensions politiques.
Activité industrielle solide, consommation toujours faible
Côté macro, pas mal de stats et d’indicateurs la semaine dernière, on en attend encore évidemment cette semaine. Comment est-ce que ça oriente un peu les marchés, ces derniers indicateurs ?
Finalement, tout ça va dans le même sens. Des indicateurs, je dirais, sur l’activité industrielle plutôt positifs, si on prend les PMI ou l’IFO allemand, avec de bonnes dynamiques sur tout ce qui est équipement électrique et électronique. Donc ça, c’est une constante qu’on retrouve d’ailleurs des deux côtés de l’Atlantique. Surtout d’ailleurs, on le voit aussi dans le déficit commercial américain, un autre semi-échec pour l’instant pour Donald Trump puisque le déficit est revenu au niveau du Liberation Day, notamment avec les importations de produits électroniques assez massives.
Donc voilà, on voit un environnement encore une fois d’activité industrielle qui se porte bien alors que la partie consommation reste faible. L’exemple, les ventes de détail en Allemagne, -2,5 % sur un an. Donc voilà, pas de surprise, je dirais, là-dessus.
L’inflation maintient la pression sur les banques centrales
Et puis l’autre point important, l’inflation qui reste importante, que ce soit le PCE ou le core aux États-Unis, 3,3 %, l’inflation européenne aussi au-delà des 3 %, 3,3 %, dans un contexte où les prix du gaz continuent de monter, plus de 70 le mégawattheure, tout simplement parce que les stocks sont seulement remplis à 65 % aujourd’hui.
Donc je dirais que malheureusement, pas de changement, de la pression sur les deux banques centrales pour remonter les taux dans un contexte où l’inflation est là, alors que dans le même temps les États font face à des déficits extrêmement importants et une défiance des investisseurs.
Lire aussi : Les prix de l’énergie poussent l’inflation à son plus haut depuis le début de la guerre en Iran
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