Les marchés exigent une rémunération plus élevée pour financer la dette française
Le rendement de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) française à 10 ans a franchi, jeudi 23 juillet, le seuil symbolique des 4 %. Un niveau inédit depuis juin 2009 qui traduit une dégradation des conditions de financement de l'État français. Entre inquiétudes sur les finances publiques, hausse des besoins d'emprunt et regain de tensions géopolitiques alimentant les craintes inflationnistes, les investisseurs exigent désormais une rémunération plus élevée pour prêter à la France.
Les marchés exigent une rémunération plus élevée pour financer la dette française
Le seuil des 4 % a été franchi jeudi matin, avec un rendement de l'OAT à 10 ans atteignant 4,014 % vers 9h45. Il s'agit d'une première depuis juin 2009.
Le rendement d'une obligation d'État correspond au taux d'intérêt exigé par les investisseurs pour prêter à un État. Plus ce rendement augmente, plus le coût de financement de la dette s'alourdit lors des nouvelles émissions.
Cette hausse intervient alors que les marchés s'interrogent sur la trajectoire budgétaire française. La dette publique a atteint 3 536 milliards d'euros à la fin du premier trimestre 2026, soit 117,5 % du PIB.
L'augmentation des émissions et de la dette pèse sur les conditions de financement
La progression des rendements reflète également l'augmentation des besoins de financement de l'État.
Les quatre économistes mandatés par le ministère de l'Économie et des Finances, dont les travaux ont été présentés le 16 juillet, rappellent que le programme annuel d'émissions à moyen et long terme est passé de moins de 210 milliards d'euros en 2019 à 310 milliards d'euros prévus en 2026.
Dans leur rapport, ils estiment que « la France se finance désormais sur les marchés à des conditions moins avantageuses que les autres grands pays de la zone euro, y compris ceux ayant été au cœur de la crise des dettes souveraines au début des années 2010 ».
À politique inchangée, ces économistes anticipent une dette publique pouvant atteindre 130 % du PIB à l'horizon 2030.
La charge de la dette pourrait dépasser 120 milliards d'euros d'ici 2030
La remontée des taux n'est pas sans conséquence pour les finances publiques.
Selon les dernières estimations de Bercy, la charge de la dette devrait atteindre 64,8 milliards d'euros en 2026 puis 74,2 milliards d'euros en 2027. Avant la crise sanitaire, ce poste de dépenses s'élevait à 31,6 milliards d'euros en 2019.
Les économistes mandatés par Bercy qualifient cette dynamique de « poison lent pour l'économie », estimant que la hausse des intérêts réduit progressivement les marges de manœuvre budgétaires de l'État.
L'institut Rexecode va plus loin et estime que la charge de la dette pourrait atteindre 120 milliards d'euros à l'horizon 2030.
Les tensions géopolitiques entretiennent la remontée des rendements obligataires
Le mouvement observé sur les taux français s'inscrit également dans un contexte international marqué par un regain de tensions sur les marchés obligataires.
La flambée des prix du pétrole liée aux tensions géopolitiques renforce les anticipations d'inflation, poussant les investisseurs à réclamer des rendements plus élevés sur les emprunts d'État.
Cette tendance ne concerne d'ailleurs pas uniquement la France. Jeudi matin, le rendement du Bund allemand à 10 ans progressait à 3,22 %, tandis que celui du Treasury américain de même échéance atteignait 4,68 %.
Si le mouvement est mondial, le franchissement des 4 % constitue néanmoins un symbole pour la France, qui doit financer un niveau d'endettement record tout en poursuivant ses importants programmes d'émissions sur les marchés.
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