IA : trop d’investissements en 2026 ?


Le dernier sondage mensuel de Bank of America auprès des gérants mondiaux (FMS) envoie un message peu commun : pour la première fois depuis des années, une part nette positive des investisseurs estime que les entreprises « surinvestissent », autrement dit qu’elles dépensent trop en capex.
Le graphique est frappant. Depuis 2005, les réponses ont été majoritairement négatives : les investisseurs reprochaient plutôt aux entreprises de ne pas investir assez. Même au pic des cycles précédents, le consensus restait prudent. Or en février 2026, l’indicateur bascule nettement en territoire positif, atteignant un plus haut historique. Ce n’est pas anodin :

Un changement de psychologie de cycle
Historiquement, lorsque les investisseurs considèrent que les entreprises surinvestissent, cela correspond souvent à une phase avancée de cycle. Cela a été le cas dans les télécoms en 1999-2000, dans l’énergie en 2013-2014, ou encore dans certains segments industriels avant 2008.
La mécanique est classique :
- Une innovation ou un thème structurel émerge,
- Les entreprises accélèrent leurs dépenses,
- Les marchés récompensent,
- Puis la question du rendement marginal du capital investi apparaît.
Aujourd’hui, ce thème s’appelle intelligence artificielle.
L’IA : révolution structurelle… ou emballement capitalistique ?
Les dépenses liées à l’IA, data centers, semi-conducteurs, infrastructures cloud, réseaux électriques, atteignent des niveaux sans précédent. Les grandes plateformes technologiques ont annoncé des budgets d’investissement cumulés dépassant plusieurs centaines de milliards de dollars sur les prochaines années.
Le point clé n’est pas de savoir si l’IA est transformative. Elle l’est probablement.
La question est différente : le rythme d’investissement actuel est-il cohérent avec la génération future de cash-flow ?
Les marchés ont jusqu’ici accepté une compression temporaire des marges en échange d’un leadership stratégique. Mais l’histoire financière montre que les périodes d’investissement massif produisent souvent deux choses simultanément :
• des gagnants structurels,
• et des excès de capacité.
L’indicateur de BofA ne dit pas que l’IA est une bulle. Il indique que la perception du risque d’excès commence à émerger.
Du narratif IA à la discipline financière
Ce basculement est important. Tant que les investisseurs pensent que les entreprises sous-investissent, le marché pousse à dépenser davantage. Mais lorsqu’un nombre croissant d’acteurs estime que le capex est excessif, la pression change de camp.
Les directions financières devront progressivement démontrer :
• le retour sur capital investi,
• la monétisation effective des usages IA,
• et la soutenabilité des cash-flows.
Autrement dit, le marché passe d’une logique de « part de marché » à une logique de « rentabilité marginale ».
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Ce que cela implique pour l’allocation
Ce graphique ne marque pas la fin du thème IA. Il marque peut-être la fin de sa phase naïve.
Dans un environnement où le coût du capital reste plus élevé qu’au cours de la décennie précédente, les investissements massifs ne peuvent pas rester éternellement décorrélés du rendement.
Les marchés ne sanctionnent pas l’innovation. Ils sanctionnent l’excès.
Et si le débat sur le surinvestissement commence à s’installer, cela signifie que nous entrons dans une phase plus exigeante du cycle technologique : celle où la sélection et la discipline financière reprennent le dessus sur l’enthousiasme pur.
Par Gérald Grant, Fundesys
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