Super Bowl Indicator : mythe boursier ou signal pour le S&P 500 ?


Super Bowl super Bull ?
Chaque année, à l’approche du Super Bowl, une statistique ressurgit avec la régularité d’un marronnier financier : si l’équipe gagnante appartient à la NFC (National Football Conference), le S&P 500 aurait tendance à monter ; si elle vient de l’AFC (American Football Conference), l’année serait plus mitigée. Cette année ne fait pas exception, et la victoire des Seahawks alimente déjà les commentaires optimistes sur 2026.
Présenté ainsi, le Super Bowl Indicator ressemble à une curiosité amusante, voire à une blague de salle de marché. Et pourtant, les chiffres existent. Selon les travaux compilés notamment par Carson Investment Research, depuis la création du Super Bowl en 1967, le S&P 500 a enregistré une performance annuelle moyenne d’environ 10 % lorsque la NFC l’emporte, contre 8 % lorsque la victoire revient à l’AFC.
Plus troublant encore, la probabilité d’une année boursière positive serait de près de 77 % après une victoire NFC, contre environ 69 % dans le cas inverse :
Source : Carson Investment Research Factset 01.31.2026 (1967-2025) https://x.com/JohnPlassard/status/2020828204253212876
Une corrélation boursière sans causalité économique
Soyons clairs : il n’existe aucun lien économique rationnel entre le résultat d’un match de football américain et la trajectoire des marchés actions. Aucun mécanisme de transmission, aucune causalité crédible. Le Super Bowl Indicator est l’exemple parfait de ce que les statisticiens appellent une corrélation fallacieuse (« spurious correlation »).
D’ailleurs, l’indicateur a perdu de sa superbe au fil du temps. Très performant dans les décennies 1970–1990, il s’est nettement dégradé depuis les années 2000, précisément lorsque l’information financière est devenue plus abondante, plus rapide, et que les marchés se sont complexifiés. Plusieurs années récentes ont vu l’indicateur « se tromper », rappelant qu’il ne s’agit en rien d’un outil prédictif fiable.
Pourquoi le Super Bowl Indicator continue de fasciner les investisseurs
Alors pourquoi en parle-t-on encore ? Parce que ce type de statistique raconte moins quelque chose sur les marchés que sur nous. Les investisseurs, même professionnels, sont naturellement enclins à chercher des récits simples pour donner du sens à un monde complexe. Une narration ludique, facile à mémoriser, a souvent plus de succès qu’un modèle macroéconomique rigoureux.
Le Super Bowl Indicator fonctionne parce qu’il coche toutes les cases du bon biais cognitif :
- une histoire claire,
- des chiffres historiques,
- un vernis statistique,
- et une conclusion intuitive.
C’est exactement la même logique que « l’effet janvier », les cycles présidentiels ou certaines règles saisonnières. Certaines ont un fondement économique partiel. D’autres relèvent essentiellement du folklore financier.
Ce que disent vraiment les fondamentaux des marchés actions
Si l’on cherche des indicateurs sérieux pour 2026, ils sont ailleurs :
- niveau des taux réels,
- dynamique des bénéfices,
- évolution des marges,
- conditions de liquidité,
- et valorisations.
À titre de comparaison, les modèles basés sur les fondamentaux, croissance nominale, politique monétaire, profits, expliquent une part très largement supérieure de la performance boursière que n’importe quel indicateur exotique.
Corrélation ou signal : l’enseignement à retenir pour l’investisseur
Le Super Bowl Indicator n’est pas dangereux en soi. Il est même utile, à condition d’être lu pour ce qu’il est : un rappel des pièges de l’interprétation statistique. Une corrélation, même répétée, ne fait pas une loi économique. Et plus un indicateur est amusant, plus il mérite d’être questionné.
En finance, comme ailleurs, le danger n’est pas de sourire devant une coïncidence, mais de la confondre avec un signal. Les marchés récompensent rarement ceux qui parient sur le folklore ; ils récompensent ceux qui savent distinguer le bruit de la structure.
Et si la victoire des Seahawks devait coïncider avec une bonne année boursière, ce serait sans doute une coïncidence de plus.
Par Gérald Grant, Fundesys
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