Le retour de la diversification géographique ?


Depuis plusieurs années, investir en actions revenait souvent à investir aux États-Unis. Portée par les géants de la technologie, une croissance économique supérieure à celle de la plupart des pays développés et un marché des capitaux particulièrement dynamique, la Bourse américaine s'est progressivement imposée comme le moteur des portefeuilles mondiaux. Cette domination a été telle que les États-Unis représentent aujourd'hui près des deux tiers de la capitalisation de l'indice mondial MSCI All Country World Index (ACWI).
Mais les dernières données publiées par Goldman Sachs suggèrent que cette mécanique est peut-être en train d'évoluer.

Un repositionnement inédit des hedge funds
Le graphique met en évidence un mouvement rarement observé ces dernières années.
Les hedge funds affichent désormais une sous-pondération record des actions américaines, de l'ordre de -20 % par rapport à leur poids dans le MSCI ACWI. À l'inverse, leur exposition à l'Asie-Pacifique atteint un plus haut historique proche de +20 %.
Plus remarquable encore, ce mouvement ne repose pas principalement sur la Chine. Goldman Sachs souligne qu'il est largement alimenté par le Japon, Taïwan et la Corée du Sud, trois marchés bénéficiant à la fois du cycle mondial des semi-conducteurs, d'améliorations de gouvernance d'entreprise et de valorisations encore relativement attractives.
Pourquoi les actions américaines perdent de leur attrait
Ce changement de positionnement ne traduit pas nécessairement une défiance envers l'économie américaine.
Il reflète plutôt un rééquilibrage après plusieurs années de domination exceptionnelle.
La question de la monétisation des investissements technologiques demeure et, dans le même temps, les anticipations de baisse des taux par la Réserve fédérale se sont largement estompées. Les marchés monétaires n'intègrent plus d'assouplissement en 2026 et anticipent au contraire des resserrements, ce qui réduit mécaniquement le soutien dont bénéficiaient les actifs de croissance.
À cela s'ajoutent des interrogations sur le déficit budgétaire américain, le niveau des émissions de dette et les incertitudes liées à la politique commerciale.
Autrement dit, les investisseurs ne remettent pas en cause la qualité des entreprises américaines ; ils s'interrogent davantage sur le prix auquel elles s'échangent.
Lire aussi : Actions américaines : la dispersion sectorielle s'est accentuée
Les marchés asiatiques retrouvent des arguments
À l'inverse, plusieurs marchés asiatiques bénéficient aujourd'hui d'un contexte plus favorable.
Au Japon, les réformes de gouvernance engagées par la Bourse de Tokyo continuent d'améliorer la rentabilité des entreprises et les politiques de redistribution aux actionnaires. À Taïwan et en Corée du Sud, la demande mondiale en semi-conducteurs et en infrastructures liées à l'intelligence artificielle soutient les perspectives bénéficiaires.
Cette combinaison de valorisations plus raisonnables et d'une dynamique bénéficiaire solide explique en partie le regain d'intérêt des investisseurs internationaux.
Un changement de régime… ou un simple ajustement ?
Il convient toutefois de rester prudent.
Les hedge funds sont des investisseurs opportunistes, capables de modifier rapidement leurs positions en fonction de l'évolution du contexte. Leur repositionnement constitue davantage un indicateur de sentiment qu'une prévision de long terme.
Mais il envoie malgré tout un signal intéressant : après quinze années de domination presque ininterrompue des actions américaines, la diversification géographique redevient un sujet d'investissement.
La diversification géographique redevient un thème d'investissement
Ce graphique ne signifie pas que les États-Unis cessent d'être le cœur des marchés mondiaux.
Il rappelle en revanche une règle souvent oubliée : les cycles de leadership ne sont jamais éternels. Lorsqu'un marché concentre durablement la majorité des performances et des flux, les valorisations finissent par intégrer beaucoup de bonnes nouvelles. À l'inverse, des régions longtemps délaissées peuvent redevenir attractives lorsque leurs fondamentaux s'améliorent. Le mouvement observé aujourd'hui par Goldman Sachs est peut-être le premier signe d'un rééquilibrage plus profond. Pas nécessairement au détriment des États-Unis, mais en faveur d'une diversification géographique que beaucoup d'investisseurs avaient progressivement mise de côté.
Par Gérald Grant, Fundesys
Voir aussi : La décote des mid caps américaines crée une opportunité de diversification
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