Pourquoi les actions chutent ?
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Par Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM
Chaque été, ou presque, le scénario se répète : les marchés actions tanguent.
En 2024, c’était la Banque du Japon et le débouclement brutal des stratégies de carry trade sur le yen - qui consistent à emprunter dans une devise à faible taux d’intérêt pour investir dans des actifs plus rémunérateurs - qui avaient servi de détonateur. Cet été, ce sont les marchés japonais et sud-coréens qui vacillent. Les indices Nikkei et KOSPI, très concentrés autour de quelques géants de la technologie et des semi-conducteurs, ont été particulièrement touchés après des mois d'euphorie alimentée par un recours massif à l'effet de levier, notamment de la part des investisseurs particuliers. En toile de fond, les interrogations sur l'intelligence artificielle continuent d'alimenter la nervosité.
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Comment expliquer que plusieurs centaines de milliards de dollars de capitalisation boursière se soient évaporés en quelques séances ?
Les raisons sont finalement assez classiques. Des résultats et surtout des perspectives jugés décevants de plusieurs fournisseurs clés des infrastructures de l'IA, comme Broadcom, ont déclenché des prises de bénéfices. Elles se sont propagées à l'ensemble des grandes valeurs technologiques. Il s'agit avant tout d'un ajustement des valorisations après l'impressionnant rallye boursier lié à l'IA, amplifié par les incertitudes macroéconomiques et une rotation sectorielle des capitaux. À ce stade, rien n'indique une remise en cause réelle de la demande de semi-conducteurs, qu'il s'agisse des puces logiques ou des puces mémoire.
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Là encore, il convient de garder la tête froide.
Pékin accélère effectivement ses investissements dans les nœuds de gravure matures, c'est-à-dire les générations de fabrication de puces les plus anciennes mais encore largement utilisées dans l'automobile, l'industrie ou l'électronique grand public. La concurrence s'intensifie donc sur ces segments, ce qui devrait continuer à exercer une pression sur les prix.
En revanche, la fabrication à grande échelle des puces les plus avancées reste une tout autre histoire. La maîtrise de la lithographie EUV (Extreme Ultraviolet), technologie indispensable à la production des semi-conducteurs de dernière génération, demeure un objectif de moyen terme pour la Chine plutôt qu'une réalité industrielle.
Le véritable enjeu se situe désormais sur un horizon d'un à trois ans. Si les industriels chinois parviennent à développer massivement le packaging avancé, qui consiste à assembler plusieurs puces dans un même boîtier afin d'en accroître les performances, ainsi que les chiplets - de petits blocs de calcul spécialisés assemblés pour former un processeur plus puissant -, ils pourraient progressivement réduire leur retard technologique.
À terme, cette montée en puissance pourrait exercer une pression sur les marges des fabricants de mémoires DRAM, la mémoire vive utilisée pour stocker temporairement les données des ordinateurs, serveurs et systèmes d'intelligence artificielle, ainsi que des fabricants de mémoire NAND, la mémoire flash présente dans les SSD, les smartphones et les centres de données pour le stockage permanent.
Autrement dit, le risque existe. Mais il relève davantage du moyen terme que des prochains mois. Tout est question de timing.
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Rétrospective de Pictet AM, publiée le 16 février 2026 :
Panique sur l’argent qui entraîne l’or et les actions à la baisse. Faut-il s’inquiéter ? Est-ce l’amorce d’une crise boursière ?
L’année avait bien commencé pour les places financières, jusqu’à la fatidique journée du 30 janvier. L’argent s’est effondré de près de 40% en quelques heures, emportant dans sa chute l’or et les actions. La volatilité implicite sur un jour sur l’or a même renoué avec ses points hauts de la crise financière de 2008.
Début d’une crise durable ou nécessaire respiration des marchés ?
Nous doutons que nous soyons à l’aube d’une crise. En revanche, une correction sur certains marchés, comme les métaux précieux, était nécessaire après des gains surdimensionnés en l’espace de quelques semaines. Prenons l’argent. Entre le 19 décembre 2025 et le 28 janvier 2026, son prix a doublé. Source : Boursorama. Ça ne pouvait pas continuer ainsi sans que des prises de bénéfice n’aient lieu. La panique a également été accentuée par la nervosité ambiante et des facteurs techniques.
Commençons par ces derniers qui ont joué un rôle certainement crucial dans la phase de baisse. Tout a commencé avec l’argent. Le métal précieux se négocie sur les marchés au comptant (spot), mais il est aussi détenu via des ETF. Lorsque son prix s’effondre brutalement, les échanges sont suspendus pendant quelques minutes afin que la tempête cesse. Problème, pendant ce temps, les ETF sur l’argent continuent à être massivement vendus. Lorsque la suspension des échanges sur le marché spot prend fin, le prix de l’argent chute de nouveau afin de s’aligner sur les ETF.
Un cercle infernal se met en place. La panique qui s’est installée déclenche encore plus de ventes d’ETF et provoque la liquidation des positions à effet de levier. Évidemment, les autres marchés ne sont pas épargnés. La contagion se propage à l’or et même aux actions. Tout s’arrête quand il n’y a plus de vendeurs ou qu’un petit groupe d’investisseurs (souvent des fonds spéculatifs) considère que le prix actuel constitue un point d’entrée à l’achat.
Cet épisode sur l’argent souligne les dysfonctionnements qui peuvent être provoqués par les ETF à effet de levier, en particulier sur des segments de marché peu profonds comme les matières premières. Pour autant, cela ne remet pas en cause la tendance de fond haussière sur les métaux précieux.
Un contexte propice à la panique
Les investisseurs sont nerveux depuis un moment. En cause :
- La crainte, probablement infondée, que le futur président de la Réserve Fédérale américaine, Kevin Warsh, décide de réduire le bilan de l’institution ce qui ferait chuter la liquidité sur les marchés financiers – la liquidité abondante reste un moteur structurel de hausse des actions.
- Les fonds spéculatifs ont fait beaucoup de paris en ce début d’année, parfois en utilisant des effets de levier importants. Selon Bloomberg, ils détiennent une exposition nette (à la fois vendeuse et acheteuse) de 8,7% sur les semi-conducteurs – soit un point haut historique. Cela explique certainement pourquoi le secteur a été un peu malmené ces dernières semaines.
- Les disruptions liées à l’intelligence artificielle inquiètent. Cette fois, ce sont les logiciels qui en ont fait les frais. Beaucoup d’investisseurs craignent un risque de commoditisation des logiciels et une pression à la baisse sur les prix, d’où une chute récente des actions du secteur. Ce n’est pourtant en rien prouvé.
- Des excès réels de l’engouement boursier pour l’intelligence artificielle. Oracle en est le meilleur exemple. L’entreprise a signé un contrat de 300 milliards $ avec OpenAI pour louer des serveurs. Problème, les banques américaines refusent désormais de financer les projets de data centers liés à Oracle. L’entreprise est donc contrainte de lever en urgence 50 milliards $ via de la dette et des actions. Le contexte n’est pas favorable. L’entreprise brûle du cash à une vitesse record, suscitant les inquiétudes des investisseurs. Résultat, ses credit default swaps, qui sont comme des contrats d’assurance contre le défaut de paiement, sont à leur plus haut niveau depuis 2008.
Et maintenant ?
Le marché a de fortes chances de rester fébrile un moment, avec des niveaux accrus de volatilité. La géopolitique pourrait en outre se rappeler à nous – la saga groenlandaise opposant les Américains et les Européens est loin d’être terminée, par exemple. Mais cela ne remet pas en cause les tendances structurelles.
L’année 2025 était celle de la rotation vers les actions européennes qui étaient à un prix bradé. L’année 2026 devrait être celle de la diversification géographique. Les actions européennes et américaines ont toute leur place dans les portefeuilles. Mais les actions et les obligations des pays émergents ne sont pas à négliger. Elles capitalisent sur la faiblesse du dollar, des flux entrants atteignant des niveaux qui n’ont pas été vus depuis des années et des fondamentaux économiques qui font pâlir les pays développés.
L'essentiel à retenir
- Les places financières avaient besoin d’une respiration après le bon démarrage de janvier, en particulier les métaux précieux.
- La panique sur l’argent met en lumière les risques liés aux ETF à effet de levier.
- La dynamique boursière à long terme est toujours positive, selon nous.
Par Pictet AM
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