Panique boursière : keep calm and carry on (Pictet AM)

Analyses de marchés

Panique sur l’argent qui entraîne l’or et les actions à la baisse. Faut-il s’inquiéter ? Est-ce l’amorce d’une crise boursière ?

L’année avait bien commencé pour les places financières, jusqu’à la fatidique journée du 30 janvier. L’argent s’est effondré de près de 40% en quelques heures, emportant dans sa chute l’or et les actions. La volatilité implicite sur un jour sur l’or a même renoué avec ses points hauts de la crise financière de 2008.

Début d’une crise durable ou nécessaire respiration des marchés ?

Nous doutons que nous soyons à l’aube d’une crise. En revanche, une correction sur certains marchés, comme les métaux précieux, était nécessaire après des gains surdimensionnés en l’espace de quelques semaines. Prenons l’argent. Entre le 19 décembre 2025 et le 28 janvier 2026, son prix a doublé. Source : Boursorama. Ça ne pouvait pas continuer ainsi sans que des prises de bénéfice n’aient lieu. La panique a également été accentuée par la nervosité ambiante et des facteurs techniques.

Commençons par ces derniers qui ont joué un rôle certainement crucial dans la phase de baisse.  Tout a commencé avec l’argent. Le métal précieux se négocie sur les marchés au comptant (spot), mais il est aussi détenu via des ETF. Lorsque son prix s’effondre brutalement, les échanges sont suspendus pendant quelques minutes afin que la tempête cesse. Problème, pendant ce temps, les ETF sur l’argent continuent à être massivement vendus. Lorsque la suspension des échanges sur le marché spot prend fin, le prix de l’argent chute de nouveau afin de s’aligner sur les ETF.

Un cercle infernal se met en place. La panique qui s’est installée déclenche encore plus de ventes d’ETF et provoque la liquidation des positions à effet de levier. Évidemment, les autres marchés ne sont pas épargnés. La contagion se propage à l’or et même aux actions. Tout s’arrête quand il n’y a plus de vendeurs ou qu’un petit groupe d’investisseurs (souvent des fonds spéculatifs) considère que le prix actuel constitue un point d’entrée à l’achat.

Cet épisode sur l’argent souligne les dysfonctionnements qui peuvent être provoqués par les ETF à effet de levier, en particulier sur des segments de marché peu profonds comme les matières premières. Pour autant, cela ne remet pas en cause la tendance de fond haussière sur les métaux précieux.

Un contexte propice à la panique

Les investisseurs sont nerveux depuis un moment. En cause :

  • La crainte, probablement infondée, que le futur président de la Réserve Fédérale américaine, Kevin Warsh, décide de réduire le bilan de l’institution ce qui ferait chuter la liquidité sur les marchés financiers – la liquidité abondante reste un moteur structurel de hausse des actions.
  • Les fonds spéculatifs ont fait beaucoup de paris en ce début d’année, parfois en utilisant des effets de levier importants. Selon Bloomberg, ils détiennent une exposition nette (à la fois vendeuse et acheteuse) de 8,7% sur les semi-conducteurs – soit un point haut historique. Cela explique certainement pourquoi le secteur a été un peu malmené ces dernières semaines.
  • Les disruptions liées à l’intelligence artificielle inquiètent. Cette fois, ce sont les logiciels qui en ont fait les frais. Beaucoup d’investisseurs craignent un risque de commoditisation des logiciels et une pression à la baisse sur les prix, d’où une chute récente des actions du secteur. Ce n’est pourtant en rien prouvé.
  • Des excès réels de l’engouement boursier pour l’intelligence artificielle. Oracle en est le meilleur exemple. L’entreprise a signé un contrat de 300 milliards $ avec OpenAI pour louer des serveurs. Problème, les banques américaines refusent désormais de financer les projets de data centers liés à Oracle. L’entreprise est donc contrainte de lever en urgence 50 milliards $ via de la dette et des actions. Le contexte n’est pas favorable. L’entreprise brûle du cash à une vitesse record, suscitant les inquiétudes des investisseurs. Résultat, ses credit default swaps, qui sont comme des contrats d’assurance contre le défaut de paiement, sont à leur plus haut niveau depuis 2008.

Et maintenant ?

Le marché a de fortes chances de rester fébrile un moment, avec des niveaux accrus de volatilité. La géopolitique pourrait en outre se rappeler à nous – la saga groenlandaise opposant les Américains et les Européens est loin d’être terminée, par exemple. Mais cela ne remet pas en cause les tendances structurelles.

L’année 2025 était celle de la rotation vers les actions européennes qui étaient à un prix bradé. L’année 2026 devrait être celle de la diversification géographique. Les actions européennes et américaines ont toute leur place dans les portefeuilles. Mais les actions et les obligations des pays émergents ne sont pas à négliger. Elles capitalisent sur la faiblesse du dollar, des flux entrants atteignant des niveaux qui n’ont pas été vus depuis des années et des fondamentaux économiques qui font pâlir les pays développés.

L'essentiel à retenir

  • Les places financières avaient besoin d’une respiration après le bon démarrage de janvier, en particulier les métaux précieux.
  • La panique sur l’argent met en lumière les risques liés aux ETF à effet de levier.
  • La dynamique boursière à long terme est toujours positive, selon nous.

Par Pictet AM

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