Les marchés s’acclimatent-ils aux coups de chaud ?


Alors que le conflit au Moyen-Orient entretient les craintes sur le pétrole et l'inflation, les marchés restent soutenus par des bénéfices solides, des taux encore maîtrisés et les investissements massifs dans les infrastructures liées à l'IA. Avec Christian Bito (Professeur de finance à l’ESSEC et vice-président de SLGP)
La crise au Moyen-Orient n’a pas provoqué l’effondrement de l’économie mondiale au terme du S1 2026
L’Europe est tout de même la zone la plus affectée avec, sur le premier trimestre, un recul de -0,2 % de son PIB, et pour la France de -0,1 %. D’après le FMI, l’Allemagne, qui devait être le moteur de la reprise en zone euro, connaîtra une croissance de seulement 0,7 % cette année et la zone euro réalisera au total +0,9 %. Les bonnes performances des indices boursiers et les résultats bénéficiaires positifs des grandes entreprises viennent donc d’ailleurs. Trois facteurs majeurs soutiennent les marchés, mais restent à surveiller.
Les taux d’intérêt n’ont pas beaucoup augmenté
Depuis le 1er janvier, les taux à 10 ans américains sont passés de 4,10 % à 4,6 % sur le premier semestre. C’est beaucoup moins qu’en 2022 lors du choc pétrolier provoqué par le conflit Ukraine-Russie. En 2022, les banques centrales avaient été obligées de monter leurs taux directeurs de plus de 4 % car ils étaient à 0 %. Quand nous observons les cours du pétrole passer au-dessus de 80 dollars, le choc avait duré huit mois en 2022. Aujourd’hui, le seuil des 80 dollars a été franchi en mars et, pour le moment, ne dure que quatre mois, mais c’est à suivre. L’inflation, qui avait atteint 10 % en zone euro en 2022, n’est plus qu’à 2,8 % actuellement. La BCE et la Fed vont probablement encore ajuster leurs taux directeurs d’une ou deux hausses de 0,25 %, mais certainement pas de +4 %.
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Les dépenses militaires, de plusieurs centaines de milliards de dollars, dopent les activités industrielles de tous les pays, États-Unis en tête
Les hyperscalers, Amazon, Google et Microsoft notamment, investissent également des centaines de milliards de dollars dans leurs data centers, ce qui soutient la demande en semi-conducteurs et en mémoire. Tout ceci explique que l’économie mondiale se porte encore bien, avec une croissance de 3 % attendue cette année selon le FMI. Attention toutefois : les attentes de bénéfices sont très élevées et certains craignent que les résultats ne soient pas immédiatement au rendez-vous compte tenu des dépenses d’investissement très importantes, les CAPEX, dans l’IA et la technologie. En tout cas, pour les six premiers mois de 2026, les progressions bénéficiaires n’ont pas déçu.
Bien sûr, si le conflit s’intensifie et s’étend, si les Houthis bloquent le détroit de Bab-el-Mandeb, la géopolitique reprendra le dessus. Mais les marchés restent plutôt confiants, car ils pensent que les États-Unis comme l’Iran ont un intérêt économique à trouver une solution rapide au conflit.
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« Deux guerres lasses, hélas ! Où sont les feux de l’été 2025 »
Hausse des dépenses de défense, surtaxes douanières massives, baisses d’impôts et relance budgétaire, le cocktail alimente la croissance américaine et les marchés. Reste à mesurer les effets secondaires : inflation, tensions sur les taux, questions autour du yen carry trade. Une équation incertaine au moment où l’Europe patine et où la Chine surprend. Avec Christian BITO, professeur de finance à l’ESSEC et Vice-Président de Swiss Life Gestion Privée.
Guerres géopolitiques, guerre commerciale : Donald Trump est omniprésent sur tous les fronts
Les trêves qu’il a réussi à imposer s’accompagnent paradoxalement de nouveaux efforts de défense. Après une hausse de 9,7% des dépenses militaires en 2024, les prochaines années permettent de prévoir des croissances entre 10 et 20% par an ; ce qui avec l’IA dope les bourses.

Sur la guerre commerciale, il a soufflé le chaud et le froid, plutôt le froid et le chaud, car dans sa technique de négociation, il commence par frapper fort, comme la Chine à 145% de droit de douane ou Saint-Pierre-et-Miquelon à 98%, puis il traite à moins comme l’Angleterre à 10% le Japon à 15%.
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Des recettes douanières au service d'un agenda fiscal pro-croissance
Au terme des négociations, nous pensons que le taux moyen se rapprochera de 18% soit environ 500 milliards collectés par an.
Ces taxes sont indispensables pour financer le principal combat de Donald Trump, son « big and beautiful Bill ». Et il a réussi à faire adopter sa loi, facteur clé pour la croissance américaine avec les baisses d’impôt et donc mondiale.
Une France confrontée à la contrainte budgétaire
La France a bien plus de difficultés avec son budget qui est proche aussi de 6% de déficit. Le plan de notre premier ministre, s’il ne se heurte pas à la censure, ne contient rien qui puisse booster une croissance atone prévue à 0,6% par la banque de France.
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Une Chine qui soutient la croissance mondiale
La Chine pour parler de la deuxième puissance économique contribue positivement puisqu’en se recentrant sur son champ domestique elle réalise des chiffres supérieurs à 5% de croissance.
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Ainsi, qui l’eu cru, mais la croissance mondiale est bien là, +2,8% selon le FMI. Cela se retrouve sur les prévisions de bénéfices du S&P 500 qui une fois de plus tire vers le haut les bourses.
Attention toutefois aux feux comme chaque été chaud : est-ce que l’inflation va connaitre une escalade durable conséquence des droits de douane ; les prix aux USA viennent de passer de +2,4% à +2,7%. En tout cas cela retarde la baisse des taux de la Fed. Et freine la baisse des taux long.

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Le risque d'une escalade inflationniste
Enfin, si l’incendie inflationniste est fixé, scénario que nous vérifierons à la rentrée, la baisse des taux occidentaux pourrait ranimer le feu dévastateur de l’été 2024 : la hausse des taux au japon pourrait entrainer des retours de capitaux sur ce marché, notamment la liquidation des opérations spéculatives de yen carry trade. Rappelons que le yen carry trade consiste à emprunter en yen pour placer en dollar à des taux plus attractifs. Mais c’est peut-être déjà ce qui explique la chute du dollar depuis le début de l’année.
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