Actions asiatiques : un potentiel sous exploité dans les allocations ?

Fonds
Stéphane Vonthron, Lombard Odier IM, François Mézière, VIP Conseils et Maxime Alimi, Equinoxe

Alors que les marchés occidentaux affichent des valorisations exigeantes, l’Asie émergente conserve, selon Lombard Odier IM, des perspectives attractives. Technologie, industrie, consommation intérieure : plusieurs thématiques structurelles soutiennent aujourd’hui les actions asiatiques malgré un contexte géopolitique encore incertain. Avec Stéphane Vonthron, Directeur France, Belgique et Luxembourg de Lombard Odier Investment Managers, François Mézière, Directeur Général de VIP Conseils et Maxime Alimi, cofondateur d'Equinoxe.

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Une contribution croissante de l’Asie à la croissance mondiale

Vincent Touraine : Après l'option défensive, celle qui consiste à prendre un peu plus de risques, et pourquoi pas via les actions émergentes asiatiques. C'est la troisième partie de ce Face au Marché, toujours consacré à Lombard Odier IM, avec notre invité Stéphane Vonthron, interrogé par nos deux experts, Maxime Alimi et François Mézière, qui vous posent la première question de cette troisième et dernière partie.

François Mézière : Les valorisations sont élevées. On espère une fin de conflit. Quand elle interviendra, quelle est la zone, à votre avis, qui en profitera le mieux ?

Stéphane Vonthron : On a le sentiment, d'après ce qu'on décrivait tout à l'heure comme complexe, c'est-à-dire une croissance qui se stabilise, voire qui se détériore, mais avec une contribution des différentes zones qui est différente. C'est-à-dire que globalement, on avait une contribution, les trois années précédentes, très forte des États-Unis à la croissance mondiale, contribution plus faible du reste du monde. La contribution de l'Asie est en train d'augmenter tendanciellement. Et c'est vrai que cette trajectoire de long terme, elle nous paraît intéressante. Elle nous paraît intéressante aussi quand on dézoome l'aspect géographique et qu'on pense au monde dans lequel on vit et qu'on se dit : voilà, en fait, quels sont aujourd'hui les grands vainqueurs de l'IA ? Qui va très bien fonctionner, très bien vivre de cette transformation que l'on connait ? Pour certains c'est déjà dans les cours, pour d'autres beaucoup moins. Et aussi quand on regarde la trajectoire des hyperscalers et les investissements en dur, entre guillemets, qu'ils sont en train de faire, je ne vais pas rentrer dans ces considérations-là, mais qui passent d'un modèle asset-light à asset-heavy, en investissant dans des actifs, eh bien qui en bénéficie ? Beaucoup de fournisseurs asiatiques. Or, ces fournisseurs asiatiques, pour beaucoup d'entre eux, ils sont sur des valorisations qui sont très décotées par rapport à leurs pairs américains, par rapport à leurs homologues américains, alors même que le business model et les débouchés sont les mêmes. On est globalement sur un marché international, il le reste à l'heure actuelle, de ce point de vue-là. Et donc, les débouchés étant les mêmes, il n'y a pas de raison fondamentale qu'il y ait une décote substantielle entre ces deux modèles. Et donc, c'est sans doute le fait d'arbitrer entre les deux et de bénéficier de cette tendance de rattrapage partielle sur l'Asie, qui nous paraît être aujourd'hui un bon vecteur de croissance, et en plus sur des marchés qui ont été particulièrement sous pression, précisément parce que ceux-ci étaient identifiés comme étant les plus sensibles à la pénurie d'énergie venant du détroit d'Ormuz.

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Une exposition à la technologie asiatique mais aussi à l’industrie

Maxime Alimi : Donc pour rebondir sur ce que vous venez de dire, l'idée de ce fonds c'est de parier sur la tech asiatique qui serait un nouveau moteur de performance des marchés actions ou est-ce qu'il y a aussi d'autres types de convictions dans le fonds ?

Stéphane Vonthron : Il y a d'autres types de convictions bien évidemment mais force est de constater que la technologie est devenue le premier secteur sur les indices émergents et émergents asiatiques. La pondération de la tech dans les indices émergents est équivalente à celle de ce qu'on a dans le S&P 500. C'est plus de 30 % de l'indice. Donc c'est une des raisons aussi pour lesquelles ce marché nous intéresse. Mais effectivement, il y a plein d'autres choses qui peuvent nous intéresser. Et là aussi, dans la construction du portefeuille, c'est vrai que les thèmes sur lesquels on va être surpondérés à l'heure actuelle, ce n'est pas seulement la technologie, ce n'est peut-être pas d'ailleurs la plus forte surpondération, parce que c'est déjà un secteur important de la cote, mais la plus forte surpondération à l'heure actuelle, ce sont des valeurs industrielles. Là aussi sur lesquelles justement on a une construction d'autonomie, on a cette polarisation des blocs et sur des actifs traditionnels, on a pour le coup des échanges plus courts, des circuits plus courts, des échanges, j'abuse du terme sud-sud mais en tout cas intra-zone asiatique, sur lesquels justement cette intensité de production peut être intéressante sur des valeurs industrielles. Et puis la conso, le grand thème c'est le développement d'une classe moyenne et d'une consommation puisqu'en fait il y a à la fois le poids de la démographie mais également le poids de la transformation de la population. C'est-à-dire que si on était acheteur entre guillemets de démographie, on serait surpondéré Inde, ce que nous ne sommes pas à l'heure actuelle. En revanche, on peut penser à la Chine, sur laquelle nous sommes surpondérés, sur laquelle la transformation de la population est un élément extrêmement important. Et le fait que d'ici 2030, on va avoir plusieurs dizaines de millions de consommateurs supplémentaires. Moins d'habitants peut-être, et encore pas à l'horizon 2030, mais plus de consommateurs, parce que plus de personnes qui vont passer les fameux seuils critiques de consommation, qui sont 10 000 dollars par habitant, 30 000 dollars par habitant.

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La Chine et la Corée du Sud au cœur des convictions

François Mézière : Justement, quels sont les pays qui vont sortir ? Le Japon on en a beaucoup parlé, ça fait couler beaucoup d'encre. La Chine, est-ce que ça redevient intéressant à investir ? L'Inde a quelques petites difficultés.

Stéphane Vonthron : Et justement, parler de l'attractivité, un des éléments qui plaident pour la zone, c'est, je dirais, la déconnexion entre le profil de croissance et la valorisation. C'est aujourd'hui une caractéristique qu'on trouve moins, on la trouve pour certains titres, mais moins en Inde, où justement les valorisations sont exigeantes. Le marché a très très bien fonctionné. Avant, il y a eu ce run qui fait que les valorisations sont élevées. Là où on retrouve ce potentiel d'attractivité, je le citais, c'est dans le cas de la Chine. La croissance longue est là, les valorisations restent attractives, malgré ce récent run. On peut citer le cas de la Corée du Sud. La Corée du Sud, avec parfois le manque de lisibilité.

Vincent Touraine : Ça, c'est pas mal emballé. L'emballement du KOSPI est impressionnant. D'ailleurs, quand ça corrige, ça corrige sévèrement.

Stéphane Vonthron : Je suis totalement d'accord avec vous Vincent, mais ce qui est quand même incroyable à noter, c'est que malgré... On parlait justement d'une croissance très forte et puis aussi du point de départ. N'oublions pas le point de départ. On vient de tellement bas que si on prend justement Samsung, pour citer un exemple, on est aujourd'hui encore à des multiples de valorisation des résultats 2026 de l'ordre de 6 fois les résultats 2026 après le rallye.

Une stratégie Asia High Conviction tournée vers les grands marchés régionaux

Vincent Touraine : Donc votre stratégie Asia High Conviction, c'est de ça dont on parle, c'est surtout de la Chine.

Stéphane Vonthron : Alors, c'est 30 % de Chine. Après, il y a une pondération importante, n'oublions pas Taïwan. Est-ce que vous mettez déjà Taïwan en Chine, Vincent ? Et là, il y a effectivement 27 à 28 % de l'indice, un petit peu moins dans le cas du fonds, qui sont à Taïwan. Et puis également après, les grands blocs, on va retrouver naturellement l'Inde, on va trouver la Corée, et puis après des plus petits pays tels que la Malaisie, les Philippines, l'Indonésie, gros réceptacles de consommation.

Le protectionnisme reste un risque pour les marchés asiatiques

François Mézière : Et pour revenir un peu au contexte géopolitique, est-ce que dans votre esprit le protectionnisme reste un risque pour cette zone, dans le sens où la plupart de ces entreprises ont besoin quand même de débouchés qui sont hors d'Asie ?

Stéphane Vonthron : Absolument. Ça a été souvent le cas de la Chine pour la production industrielle. Et quand on pense aux modèles industriels qui sont dans le portefeuille, on va privilégier des modèles qui sont eux-mêmes plutôt alimentés par la Chine. Donc le poids des industriels, on va plutôt les retrouver dans les pays que je citais à l'instant, marginalement du Vietnam, ça peut être de la Thaïlande, ça peut être de la Malaisie, qui vont être très orientés vers justement de la production destinée au marché chinois ou au marché asiatique en règle générale et donc des débouchés qui peuvent être bénéficiaires de la polarisation et qui vont avoir essentiellement un modèle tourné vers l'Asie. Mais pas que, parce qu'il reste quand même une tendance de fond pour les marchés internationaux, mais effectivement c'est un risque à prendre en ligne de compte.

Vincent Touraine : Ce sera le mot de la fin. On avait encore d'autres questions, vous vous en doutez bien. Pour vous, il faudra revenir une prochaine fois. Merci beaucoup Stéphane de votre temps, d'avoir été avec nous, Directeur France, Belgique et Luxembourg de Lombard Odier IM. Et on remercie bien entendu nos deux experts pour leur participation. François Mézière, VIP Conseils et Maxime Alimi d'Equinoxe. Merci à toutes et à tous de nous avoir suivis. Et à très bientôt pour une nouvelle émission.

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