Pourquoi les marchés résistent malgré le risque stagflationniste ?

Malgré les tensions géopolitiques et le retour du risque inflationniste, les marchés actions continuent d’évoluer à proximité de leurs sommets. Quels sont les facteurs de soutien des indices, entre solidité des résultats d’entreprises, dynamique de l’IA et résilience de la consommation américaine ? Avec Maxime Alimi (Equinoxe), Stéphane Vonthron (Lombard Odier Investment Managers) et François Mézières, (VIP Conseils).
Voir la video table ronde en entier : Volatilité des marchés : faut-il être défensif ou opportuniste ?
Vincent Touraine : Les marchés financiers conditionnés par les derniers développements géopolitiques et pourtant les grands indices continuent de graviter à leurs plus hauts niveaux. Alors pourquoi ça tient ? C'est la première partie de ce Face au Marché consacré à Lombard Odier Investment Managers avec vous Stéphane Vonthron et nos deux experts Maxime Alimi et François Mézières. Avant toute chose Stéphane, un petit mot de présentation de Lombard Odier IM. Qu'est-ce qu'il faut en retenir en quelques mots ?
Stéphane Vonthron : Avec plaisir parce que c'est vrai que même si la marque résonne souvent, elle est assez méconnue des conseillers financiers et de l'univers de la distribution en règle générale. Et c'est vrai que Lombard Odier IM, c'est le réceptacle d'une histoire d'investissement de 230 ans cette année. C'est une année anniversaire importante. Qui mobilise à la fois les compétences d'un groupe qui est global par nature internationale parce qu'investisseur suisse et donc tourné vers l'international, parce qu'avec un marché domestique petit, et qui a mis beaucoup d'énergie et d'investissement au service de la recherche et de l'innovation. Ce qui est un petit peu atypique, ça ne correspond pas à l'image d'Épinal d'une banque suisse, et pour autant, c'est ce qui fait que la structure a très bien résisté à 40 crises financières à travers ses multiples décennies.
Vincent Touraine : Il y en a eu 40 ?
Stéphane Vonthron : Effectivement, on les a comptées, figurez-vous Vincent. Et c'est vrai que l'originalité, en chiffres, si je dois en trouver un, c'est qu'on gère 70 milliards d'actifs, c'est un peu plus de 400 personnes aujourd'hui, mais on a près de la moitié de nos effectifs qui sont des gérants et analystes qui sont dévolus à la gestion, ce qui est un ratio qui est à peu près pratiquement trois fois la moyenne de l'industrie.
Les résultats d’entreprises soutiennent encore les indices mondiaux
François Mézières : Ce qu'on remarque, c'est qu'aujourd'hui, certains indices sont à leurs plus hauts niveaux. On a des taux d'intérêt qui ont bondi, donc en raison de risques inflationnistes, et on voit des marchés equity qui tiennent. Est-ce que c'est durable, ça ?
Stéphane Vonthron : En fait, le premier facteur d'explication que nous y voyons, c'est la qualité des publications. Ça a été l'élément de soutien très fort, ça a été le support, puisqu'en fait malgré tout ça, les publications du premier trimestre ont été excellentes. Et ce à travers le monde. Alors évidemment, il y a un prisme, c'est surtout les US et les marchés émergents qui ont tiré vers le haut. L'Europe a été un petit peu plus timorée, mais néanmoins, il n'y a pas eu de déception marquante. Et c'est vrai que la qualité opérationnelle de ce que délivrent les entreprises est un facteur de soutien très fort.
L’intelligence artificielle reste le principal moteur de la hausse
Ensuite, la projection de long terme sur les thèmes que l'on connaît, en fait le rebond de l'IA qui contribue beaucoup à la croissance. Et d'ailleurs, on voit qu'on est en ordre dispersé, c'est-à-dire que la value et la croissance se tiennent. Et à chaque bout du spectre, en fait, on va retrouver un secteur emblématique de chacun des styles avec l'énergie qui fonctionne d'un côté et la tech qui fonctionne de l'autre, et le ventre mou qui est en fait assez flatish. Donc en fait, il y a deux gros piliers qui tirent la croissance, il ne faut pas l'oublier non plus, et en tout cas la performance depuis le début de l'année. Donc le facteur d'explication, c'est vraiment la très bonne performance opérationnelle. C'est aussi le fait que pour le moment le scénario de croissance n'est pas remis en cause et que le thème stagflationniste, qui est le risque que l'on décrivait à l'instant et qu'on entend de plus en plus, et à juste titre, n'est pas manifeste dans les chiffres, ni même dans les indicateurs avancés, parce qu'on voit bien que le cycle, pour le moment, tient. Et les indicateurs avancés, on va voir ce que ça donne en termes de production, mais en termes de conso, pour l'instant, c'est assez robuste, notamment sur la partie américaine.
Le conflit avec l’Iran entretient les risques sur le pétrole
Maxime Alimi : Oui effectivement, un des facteurs de risque en particulier, c'est l'Iran. C'est ce conflit qui dure depuis le mois de mars. On a l'impression que les marchés considèrent que ça va se régler très rapidement, en dépit du fait que les prix du pétrole restent encore élevés. Est-ce que vous, votre scénario, c'est qu'effectivement ça se règle vite et que ça justifie la trajectoire des marchés depuis avril ?
Stéphane Vonthron : C'est plus un espoir qu'un scénario central. C'est vrai qu'il y avait une volonté affirmée de la part des États-Unis, et notamment du président des États-Unis, que le conflit soit court. Le problème étant, on le sait tous, c'est qu'il n'a pas les clés de la résolution du conflit. C'est-à-dire que dès lors que la boîte de Pandore est ouverte, unilatéralement, les États-Unis ne peuvent pas se désengager. Et c'est ce qu'on constate à l'heure actuelle avec des stop and go de la part de la Maison-Blanche qui, un jour, donne des signes d'accalmie et d'apaisement. Le lendemain, les dernières communications de la Maison-Blanche en date sont plutôt de l'ordre d'un cessez-le-feu qui est sous assistance respiratoire. Donc en fait, on voit bien que justement, on veut montrer un petit peu des signes de reprise du conflit. En termes de trafic, pour être très clair, sur les deux dernières semaines, on est au point bas. Bien évidemment, quand on parle de blocage, ce n'est pas un blocage absolu. Donc là, après différents sujets, on est tous devenus des experts du fret dans le détroit d'Ormuz, et on voit que le trafic justement est à son niveau le plus bas, donc on est très loin de la reprise. Ce qui est très clair, c'est que pour le moment, la pénalisation structurelle, elle est plutôt sur l'Europe, c'est ce qu'on voit se dessiner, puisque paradoxalement, même si c'est l'Asie qui est la plus touchée en termes d'approvisionnement, en termes de matières premières, sur ce chemin d'approvisionnement, en revanche il y a des débouchés qui sont différents, des zones de challenge qui sont différentes, notamment en APAC, avec quelques potentiels d'alternatives qui ne sont pas plaisantes d'un point de vue géopolitique. On peut penser à la Russie notamment.
Maxime Alimi : Est-ce que les niveaux de valorisation vous paraissent cohérents ? Est-ce que la valorisation, c'est toujours une grille d'analyse pertinente aujourd'hui ?
Les valeurs liées à l’IA restent soutenues par leur croissance
Stéphane Vonthron : Ce qu'on a constaté, et c'est un petit peu le corollaire de ce qu'on disait tout à l'heure en introduction, c'est qu'en fait la tech notamment, et une partie des thèmes technologiques liés à l'IA, ont des performances organiques si rapides que des pauses ou des corrections sur les titres impliquent des contractions de multiples et donc de valorisation extrêmement rapides. En fait, ça fonctionne tellement vite, ça croît tellement vite, on parle de croissance à 20, 25, 30 % des revenus, en fait sur un an glissant, dès lors qu'il ne se passe rien sur le cours de bourse, ou qu'ils sont légèrement baissés pendant six mois, vous avez des contractions de multiples parfois de 3, 4, 5 fois les résultats, et donc ça redevient rapidement attractif. Et donc ce qu'on pouvait dire des multiples en début d'année a fondamentalement changé en l'espace de quelques mois. Il y a quand même des divergences très fortes, et c'est vrai que si on a comme repère central la valorisation, on peut estimer que les marchés émergents et l'Asie en tête sont quand même, au regard des thèmes de croissance qui sont les mêmes, très drivés par la technologie, beaucoup plus attractifs en valorisation.
François Mézières : Le risque inflationniste, il est présent. Ça ne vous fait pas peur ? Et comment vous le gérez ?
Le risque inflationniste reste le principal point de vigilance
Stéphane Vonthron : C'est le principal élément d'inquiétude, pour être très clair, parce qu'on l'évoquait à l'instant. On a refranchi durablement... Enfin ça fait quand même quelques semaines qu'on est au-delà des 100 $, sans doute le seuil de douleur en termes de cycle inflationniste. On voit quand même un rebond de l'inflation qui commence à se manifester dans les chiffres. Et effectivement, tout est une question de durée. Et donc ce qu'on va regarder avec attention, c'est quelle est la durée supportable. On estime que c'est de l'ordre de six mois sur des niveaux supérieurs à 100 dollars le baril avant que ça soit vraiment délétère en termes de profil de croissance.
Vincent Touraine : Bien, on en reste là pour la première partie de cette émission. À suivre, on s'intéresse aux différentes options qui se présentent face au contexte que l'on vient de décrire. À commencer par l'option défensive. Avec quelle stratégie de Lombard Odier IM ? C'est dans la deuxième partie de cette émission. À tout de suite.
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