“13F : les grands gérants renforcent encore leur exposition à la tech américaine”
Commençons par le traditionnel récap de la semaine avec des marchés américains qui sont toujours en hausse.
Le S&P 500 enchaîne une septième semaine consécutive de hausse, soit sa plus longue série gagnante depuis la fin 2023. L'indice a même inscrit 3 nouveaux records de clôture, lundi, mercredi et jeudi. La progression hebdomadaire reste toutefois modeste avec une progression de 0,1 %, pénalisée par un repli en fin de semaine. Cette résilience est d’autant plus notable qu’elle s’est construite dans un environnement macroéconomique moins porteur.
Deux publications d’inflation sont ressorties au-dessus des attentes, entraînant une remontée des taux obligataires. Le taux à 30 ans américain a ainsi touché 5,13 % vendredi, un plus haut depuis 2007.
Sur le plan institutionnel, un autre événement a retenu l’attention, la confirmation de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale par le Sénat. Proche des positions de Donald Trump, il plaide pour un assouplissement monétaire, mais devra composer avec un contexte inflationniste encore contraignant.
On passe maintenant aux éléments à suivre cette semaine. Il y aura notamment NVIDIA, mais pas que.
NVIDIA et Walmart au centre de l’attention cette semaine
La saison des résultats des entreprises se poursuit, même si le calendrier est relativement léger avec seulement 17 sociétés du S&P 500 attendues. Mais deux publications concentreront toutefois l’essentiel de l’attention. Mercredi, NVIDIA, l’entreprise la plus valorisée au monde, publiera ses résultats. Dans un marché toujours très sensible à l’intelligence artificielle, ses chiffres et ses perspectives pourraient influencer l’ensemble du secteur technologique. Jeudi, ce sera au tour de Walmart, véritable baromètre de la consommation américaine. Les investisseurs scruteront particulièrement ses indications sur le comportement des ménages. Dans son sillage, Home Depot, Lowe’s, Target ou encore Deere permettront d’affiner la lecture du cycle de consommation et d’investissement.
Autre point clé cette semaine, les minutes de la Réserve fédérale publiées mercredi. Elles retraceront la dernière réunion de politique monétaire dans un contexte de transition pour l’institution. Les marchés chercheront des indices sur la trajectoire des taux à l’aube d’une nouvelle phase de leadership.
Vous avez voulu revenir sur la publication des 13F du T1. Qu'est-ce qu’il faut en retenir ?
Les publications 13F révèlent les arbitrages des grands investisseurs
Petit rappel, le formulaire 13F est une obligation réglementaire imposée par la SEC à tous les gérants américains dépassant 100 millions de dollars d’actifs. Ils doivent y déclarer l’ensemble de leurs positions en actions cotées aux États-Unis dans un délai de 45 jours après la fin du trimestre. Cela en fait un outil unique pour observer, avec un léger décalage, les mouvements des plus grands investisseurs mondiaux.
Ce trimestre, deux investisseurs ressortent particulièrement : Pershing Square, le fonds de Bill Ackman, et Berkshire Hathaway, désormais dirigé de façon opérationnelle par Greg Abel. Chez Bill Ackman, le message est clair, repositionnement sur la tech. Le gérant a soldé l’intégralité de ses positions dans Alphabet, la maison mère de Google, pour constituer une position très significative dans Microsoft. L’investissement atteint environ 2,1 milliards de dollars, soit 5,6 millions d’actions accumulées principalement après la correction du titre suivant ses résultats. Ackman justifie ce choix par la qualité des franchises que représentent Microsoft 365 et Azure, qu’il décrit comme deux piliers majeurs du logiciel d’entreprise mondial. Dans le même temps, Pershing Square a également cédé sa participation dans Hilton.
Le portefeuille est désormais concentré sur seulement 11 lignes cotées aux États-Unis pour environ 13,7 milliards de dollars, avec une exposition renforcée aux grandes valeurs technologiques.
Du côté de Berkshire Hathaway, ce premier 13F post-transition marque un tournant. Greg Abel initie plusieurs changements notables. Le fonds a pris une nouvelle position dans Delta Air Lines, représentant environ 6,1 % du capital, pour une valorisation proche de 2,9 milliards de dollars. Il s’agit d’un retour symbolique dans le secteur aérien que Berkshire avait totalement quitté en 2020. Le fonds a également initié des positions dans Macy’s et Jefferies. Mais le mouvement le plus marquant reste ailleurs. Berkshire a plus que triplé sa position dans Alphabet, atteignant près de 58 millions d’actions. À l’inverse, plusieurs lignes ont été totalement liquidées, comme Visa, Mastercard, UnitedHealth, Domino’s Pizza, Eon et Amazon, tandis que Chevron et Bank of America ont été réduites.
Le contraste entre les deux gérants est saisissant. D’un côté, Bill Ackman vend Alphabet pour renforcer Microsoft. De l’autre, Greg Abel triple son exposition à Alphabet. Deux visions opposées dans le même secteur, mais une conclusion commune. La technologie américaine reste un pilier incontournable des portefeuilles institutionnels. À noter un élément plus discret mais symbolique, George Soros a récemment pris position sur Berkshire Hathaway, anticipant probablement la transition de leadership après Warren Buffett.
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