Volatilité des marchés : faut-il être défensif ou opportuniste ?

Analyses de marchés
Stéphane Vonthron, Lombard Odier IM, François Mézières, VIP Conseils et Maxime Alimi, Equinoxe

Les marchés restent solides malgré les tensions géopolitiques

Vincent Touraine : Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour ce Face au Marché consacré à Lombard Odier Investment Managers et que l'on a intitulé : volatilité des marchés, quelles sont les options ? Difficile de naviguer aujourd'hui dans les marchés financiers toujours aussi imprévisibles mais qui malgré tout évoluent à leurs plus hauts pour certains. Qu'en penser et surtout comment se positionner dans ce contexte ? Faut-il être défensif ou opportuniste ? Et dans un cas comme dans l'autre, avec quelle stratégie ? C'est le thème de notre émission. Et ça va générer autant de questions pour notre invité Stéphane Vonthron.

Vous êtes le Directeur France, Belgique et Luxembourg de Lombard Odier Investment Managers. Merci d'être avec nous. Pour vous interroger, nos deux experts, c'est le principe de cette émission. Maxime Alimi, bonjour.

Vous êtes cofondateur d'Equinoxe et bonjour François Mézières. Vous êtes Directeur Général de VIP Conseils et voilà pour le programme, voilà pour le casting Face au Marché spécial Lombard Odier IM, c'est parti !

Vincent Touraine : Les marchés financiers conditionnés par les derniers développements géopolitiques et pourtant les grands indices continuent de graviter à leurs plus hauts niveaux. Alors pourquoi ça tient ? C'est la première partie de ce Face au Marché consacré à Lombard Odier Investment Managers avec vous Stéphane Vonthron et nos deux experts Maxime Alimi et François Mézières. Avant toute chose Stéphane, un petit mot de présentation de Lombard Odier IM. Qu'est-ce qu'il faut en retenir en quelques mots ?

Stéphane Vonthron : Avec plaisir parce que c'est vrai que même si la marque résonne souvent, elle est assez méconnue des conseillers financiers et de l'univers de la distribution en règle générale. Et c'est vrai que Lombard Odier IM, c'est le réceptacle d'une histoire d'investissement de 230 ans cette année. C'est une année anniversaire importante. Qui mobilise à la fois les compétences d'un groupe qui est global par nature internationale parce qu'investisseur suisse et donc tourné vers l'international, parce qu'avec un marché domestique petit, et qui a mis beaucoup d'énergie et d'investissement au service de la recherche et de l'innovation. Ce qui est un petit peu atypique, ça ne correspond pas à l'image d'Épinal d'une banque suisse, et pour autant, c'est ce qui fait que la structure a très bien résisté à 40 crises financières à travers ses multiples décennies.

Vincent Touraine : Il y en a eu 40 ?

Stéphane Vonthron : Effectivement, on les a comptées, figurez-vous Vincent. Et c'est vrai que l'originalité, en chiffres, si je dois en trouver un, c'est qu'on gère 70 milliards d'actifs, c'est un peu plus de 400 personnes aujourd'hui, mais on a près de la moitié de nos effectifs qui sont des gérants et analystes qui sont dévolus à la gestion, ce qui est un ratio qui est à peu près pratiquement trois fois la moyenne de l'industrie.

François Mézières : Ce qu'on remarque, c'est qu'aujourd'hui, certains indices sont à leurs plus hauts niveaux. On a des taux d'intérêt qui ont bondi, donc en raison de risques inflationnistes, et on voit des marchés equity qui tiennent. Est-ce que c'est durable, ça ?

Stéphane Vonthron : En fait, le premier facteur d'explication que nous y voyons, c'est la qualité des publications. Ça a été l'élément de soutien très fort, ça a été le support, puisqu'en fait malgré tout ça, les publications du premier trimestre ont été excellentes. Et ce à travers le monde. Alors évidemment, il y a un prisme, c'est surtout les US et les marchés émergents qui ont tiré vers le haut. L'Europe a été un petit peu plus timorée, mais néanmoins, il n'y a pas eu de déception marquante. Et c'est vrai que la qualité opérationnelle de ce que délivrent les entreprises est un facteur de soutien très fort. Ensuite, la projection de long terme sur les thèmes que l'on connaît, en fait le rebond de l'IA qui contribue beaucoup à la croissance. Et d'ailleurs, on voit qu'on est en ordre dispersé, c'est-à-dire que la value et la croissance se tiennent. Et à chaque bout du spectre, en fait, on va retrouver un secteur emblématique de chacun des styles avec l'énergie qui fonctionne d'un côté et la tech qui fonctionne de l'autre, et le ventre mou qui est en fait assez flatish. Donc en fait, il y a deux gros piliers qui tirent la croissance, il ne faut pas l'oublier non plus, et en tout cas la performance depuis le début de l'année. Donc le facteur d'explication, c'est vraiment la très bonne performance opérationnelle. C'est aussi le fait que pour le moment le scénario de croissance n'est pas remis en cause et que le thème stagflationniste, qui est le risque que l'on décrivait à l'instant et qu'on entend de plus en plus, et à juste titre, n'est pas manifeste dans les chiffres, ni même dans les indicateurs avancés, parce qu'on voit bien que le cycle, pour le moment, tient. Et les indicateurs avancés, on va voir ce que ça donne en termes de production, mais en termes de conso, pour l'instant, c'est assez robuste, notamment sur la partie américaine.

Géopolitique, pétrole et inflation : les points de vigilance

Maxime Alimi : Oui effectivement, un des facteurs de risque en particulier, c'est l'Iran. C'est ce conflit qui dure depuis le mois de mars. On a l'impression que les marchés considèrent que ça va se régler très rapidement, en dépit du fait que les prix du pétrole restent encore élevés. Est-ce que vous, votre scénario, c'est qu'effectivement ça se règle vite et que ça justifie la trajectoire des marchés depuis avril ?

Stéphane Vonthron : C'est plus un espoir qu'un scénario central. C'est vrai qu'il y avait une volonté affirmée de la part des États-Unis, et notamment du président des États-Unis, que le conflit soit court. Le problème étant, on le sait tous, c'est qu'il n'a pas les clés de la résolution du conflit. C'est-à-dire que dès lors que la boîte de Pandore est ouverte, unilatéralement, les États-Unis ne peuvent pas se désengager. Et c'est ce qu'on constate à l'heure actuelle avec des stop and go de la part de la Maison-Blanche qui, un jour, donne des signes d'accalmie et d'apaisement. Le lendemain, les dernières communications de la Maison-Blanche en date sont plutôt de l'ordre d'un cessez-le-feu qui est sous assistance respiratoire. Donc en fait, on voit bien que justement, on veut montrer un petit peu des signes de reprise du conflit. En termes de trafic, pour être très clair, sur les deux dernières semaines, on est au point bas. Bien évidemment, quand on parle de blocage, ce n'est pas un blocage absolu. Donc là, après différents sujets, on est tous devenus des experts du fret dans le détroit d'Ormuz, et on voit que le trafic justement est à son niveau le plus bas, donc on est très loin de la reprise. Ce qui est très clair, c'est que pour le moment, la pénalisation structurelle, elle est plutôt sur l'Europe, c'est ce qu'on voit se dessiner, puisque paradoxalement, même si c'est l'Asie qui est la plus touchée en termes d'approvisionnement, en termes de matières premières, sur ce chemin d'approvisionnement, en revanche il y a des débouchés qui sont différents, des zones de challenge qui sont différentes, notamment en APAC, avec quelques potentiels d'alternatives qui ne sont pas plaisantes d'un point de vue géopolitique. On peut penser à la Russie notamment.

Les valorisations restent-elles attractives ?

Maxime Alimi : Est-ce que les niveaux de valorisation vous paraissent cohérents ? Est-ce que la valorisation, c'est toujours une grille d'analyse pertinente aujourd'hui ?

Stéphane Vonthron : Ce qu'on a constaté, et c'est un petit peu le corollaire de ce qu'on disait tout à l'heure en introduction, c'est qu'en fait la tech notamment, et une partie des thèmes technologiques liés à l'IA, ont des performances organiques si rapides que des pauses ou des corrections sur les titres impliquent des contractions de multiples et donc de valorisation extrêmement rapides. En fait, ça fonctionne tellement vite, ça croît tellement vite, on parle de croissance à 20, 25, 30 % des revenus, en fait sur un an glissant, dès lors qu'il ne se passe rien sur le cours de bourse, ou qu'ils sont légèrement baissés pendant six mois, vous avez des contractions de multiples parfois de 3, 4, 5 fois les résultats, et donc ça redevient rapidement attractif. Et donc ce qu'on pouvait dire des multiples en début d'année a fondamentalement changé en l'espace de quelques mois. Il y a quand même des divergences très fortes, et c'est vrai que si on a comme repère central la valorisation, on peut estimer que les marchés émergents et l'Asie en tête sont quand même, au regard des thèmes de croissance qui sont les mêmes, très drivés par la technologie, beaucoup plus attractifs en valorisation.

François Mézières : Le risque inflationniste, il est présent. Ça ne vous fait pas peur ? Et comment vous le gérez ?

Stéphane Vonthron : C'est le principal élément d'inquiétude, pour être très clair, parce qu'on l'évoquait à l'instant. On a refranchi durablement... Enfin ça fait quand même quelques semaines qu'on est au-delà des 100 $, sans doute le seuil de douleur en termes de cycle inflationniste. On voit quand même un rebond de l'inflation qui commence à se manifester dans les chiffres. Et effectivement, tout est une question de durée. Et donc ce qu'on va regarder avec attention, c'est quelle est la durée supportable. On estime que c'est de l'ordre de six mois sur des niveaux supérieurs à 100 dollars le baril avant que ça soit vraiment délétère en termes de profil de croissance.

Une approche défensive avec les Fallen Angels

Vincent Touraine : Bien, on en reste là pour la première partie de cette émission. À suivre, on s'intéresse aux différentes options qui se présentent face au contexte que l'on vient de décrire. À commencer par l'option défensive. Avec quelle stratégie de Lombard Odier IM ? C'est dans la deuxième partie de cette émission. À tout de suite.

Vincent Touraine : Faut-il être défensif dans le contexte de marché que l'on connaît ? Et si c'est le cas, avec quelle stratégie ? C'est la deuxième partie de ce Face au Marché consacré à Lombard Odier IM et on est toujours avec Stéphane Vonthron ainsi que nos deux experts François Mézières et Maxime Alimi qui vous posent la première question de cette deuxième partie.

Maxime Alimi : Une question très simple, est-ce que le crédit est encore une classe d'actifs utile et attractive ?

Stéphane Vonthron : Oui parce que les niveaux de taux, il y a toujours deux réponses. Le niveau de taux absolu reste attractif parce que les taux de base sont élevés. Après, je vois l'angle de votre question et il est légitime, c'est que les primes de risque sont extrêmement étroites et on est dans le premier décile de cherté historique. C'est un peu le corollaire de la valorisation d’actions qu'on évoquait tout à l'heure, mais effectivement aujourd'hui les spreads de crédit, les sur-rémunérations, sont extrêmement faibles et c'est un sujet d'attention pour nous. Et c'est précisément la raison pour laquelle en fait on a plutôt tendance à privilégier des angles tactiques sur le marché du crédit et notamment des approches telles que celles qu'on propose sur Fallen Angels. L'idée étant de bénéficier plutôt d'un effet prix négatif au moment d'un downgrade et Dieu sait que le marché est assez propice à cela en ce moment, plutôt que d'aller espérer, ne n'attendre que le rendement, et espérer de la compression de spread et de la baisse de taux. On a évoqué tout à l'heure, étant donné les pressions inflationnistes, que la probabilité de baisse de taux est très faible. La probabilité de compression de spread l'est sans doute encore plus. Donc c'est la raison pour laquelle, de notre point de vue, plutôt que de détériorer la qualité de crédit, on va préférer rester sur le haut du panier, et en revanche bénéficier d'éléments techniques qui vont nous permettre de compenser la baisse du rendement par de l'effet prix positif.

François Mézières : Donc ça c'est une façon d'être défensif, Fallen Angels, votre stratégie. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur votre stratégie Fallen Angels ? Qu'est-ce qu'elle apporte dans le contexte obligataire ?

Stéphane Vonthron : Dans le contexte obligataire, plusieurs choses. D'abord sur un socle relativement défensif. Ça permet d'avoir une approche globale. C'est relativement rare, c'est-à-dire que globalement l'offre disponible pour les conseillers financiers est très très biaisée euro et c'est légitime. On arrive dans cette solution à proposer un véhicule qui soit purement euro avec une couverture de risque de change et qui livre des performances qui sont attractives par rapport à ce profil de risque. Alors comment on le fait précisément ? Eh bien justement en bénéficiant du trou d'air en termes de liquidité qui intervient lorsque les agences de notation dégradent la note de la moins bonne de l'Investment Grade qui est BBB- à la meilleure, généralement, du High Yield qui est BB+. Dans ce contexte, en moyenne, c'est ce qu'on constate sur les 40 dernières années, d'un point de vue indiciel, l'effet prix, à ce moment-là, c'est -14 %. Donc, il y a un vrai trou de liquidité, trou de liquidité qui d'ailleurs, dans les conditions actuelles, a plutôt tendance à être encore plus important qu'avant. Pourquoi ? Parce qu'il y a une mécanisation, sans doute un petit peu plus importante du marché, avec des ratios prudentiels et surtout avec le développement des ETF. Même s'il est moins prégnant que sur la partie actions, il existe. Et donc cet aspect automatique du « je sors de l'univers Investment Grade, j'ai un effet prix extrêmement négatif », il faut le comparer aux perspectives de remboursement. Parce que l'enjeu ne devient plus d'avoir quelque chose qui revient d'Investment Grade, l'enjeu c'est la solvabilité. Dès lors qu'on a une décote par rapport au prix d'émission et par rapport au pair, l'idée c'est de savoir : « est-ce que j'ai un émetteur face à moi qui va rembourser ? ». C'est ça le sujet.

François Mézières : Et vous avez des exemples à nous donner sur ces décotes ?

Stéphane Vonthron : Oui, on peut avoir justement des entreprises, il y a plusieurs types d'éléments. Il peut soit y avoir des émetteurs qui sont downgradés d'un point de vue global, soit même des émissions parfois hybrides ou subordonnées d'émetteurs Investment Grade. On a pu avoir le cas sur des émetteurs suisses comme Adecco par exemple, avec de la subordonnée qui devient High Yield alors même que la dette senior est elle-même Investment Grade. Ça, c'est typiquement le genre d'opportunité qui est très attractif, ou alors des souches qui sont d'émetteurs non US qui émettent en dollars. Ça, ça peut être un thème aussi assez attractif qui représente une proportion substantielle du fonds où justement on va avoir une prime supplémentaire et une souche qui est parfois un peu plus petite mais plus loin des investisseurs domestiques, l'émetteur est moins connu et donc on peut avoir une prime supplémentaire. C'est typiquement le genre d'angle qu'on peut utiliser dans cette stratégie.

Maxime Alimi : Et donc, si j'ai bien compris, on va s'investir sur des émetteurs qui viennent d'être dégradés. Est-ce que les risques de défaut ne sont pas plus élevés que sur l'univers High Yield parce que la trajectoire est négative ?

Stéphane Vonthron : Alors, le risque de défaut est plus faible que sur l'High Yield en règle générale. Pourquoi ? Parce que même si la trajectoire est négative, on reste quand même sur le haut du High Yield. La note moyenne de ce type de stratégie reste sur du BB+, alors même que le gisement High Yield, en moyenne, c'est du BB-. Donc, on a deux écarts de note de moyenne, ce qui explique qu'en fait, on n'a pas d'exposition au CCC, ce qui est là où se concentre, à l'heure actuelle, l'essentiel des défauts. Et c'est la raison pour laquelle le taux de défaut, évidemment, il n'est pas nul. On peut penser notamment à toute la crise des banques de la côte ouest qu'on avait eue il y a quelques années. Effectivement, il y a eu des défauts et c'étaient des Fallen Angels. Donc, ce risque, il existe. Tout l'exercice est là, c'est d'essayer d'éviter ce risque-là. Mais ça représente à peu près 15 % du gisement qui va finir en défaut. Et donc, on a 80 à 85 % du gisement des Fallen Angels qui ne fera pas défaut.

François Mézières : Votre stratégie All Roads, on comprend à peu près ce que ça veut dire, mais est-ce que c'est la pierre philosophale ? Vous avez trouvé quelque chose de formidable ?

Stéphane Vonthron : On aimerait proposer une pierre philosophale, mais je pense qu'on a trop investi sur la recherche pour vous dire que ça existe. En revanche, c'est sûr que c'est une bonne solution, et notamment là aussi dans le contexte actuel. Qu'est-ce qu'on disait tout à l'heure ? Qu'en fait, une approche barbell, en bon français je suis navré, justement sur certaines zones de risques assez intenses et puis d'aspects défensifs, peut être intéressante. Idem d'un point de vue géographique. Et en fait des approches extrêmement diversifiées dans un contexte où on a moins de vision sur la directionnalité, et où un des seuls éléments que l'on voit poindre de manière sûre et certaine, c'est l'augmentation chronique du risque et de la volatilité, eh bien des solutions diversifiées qui ont elles-mêmes une allocation qui est basée non pas sur la conviction des gérants, mais qui est basée sur un modèle qui lui-même va avoir comme prisme initial, non pas l'attractivité en soi, mais le risque. Donc qui est focusé sur le risque, ça mène à des stratégies dont le résultat c'est d'être assez peu corrélé avec des actifs traditionnels, assez peu corrélé avec des gestions multi-actifs traditionnelles, d'introduire des opérations, c'est à peu près 15 % du nominal du fonds à l'heure actuelle, sur la volatilité, donc d'avoir une contribution positive de la volatilité à la performance du fonds, de pouvoir aussi intervenir sur des métaux précieux ou métaux industriels légèrement diversifiants. C'est plus qu'un fonds traditionnel. Très clairement, ces stratégies sont aussi les réceptacles des fonds de pension de la maison donc quelque chose auquel on croit dans la durée.

Les actions asiatiques émergentes comme relais de croissance

Vincent Touraine : Et ça s'appelle All Roads. Parce qu'il y a plusieurs routes. Voilà, c'est tout pour la deuxième partie de ce Face au Marché. Maintenant que l'on a parlé de l'option défensive, on voit comment prendre un petit peu plus de risques, mais avec quelle stratégie de Lombard Odier IM ? La réponse dans un instant, tout de suite.


Vincent Touraine : Après l'option défensive, celle qui consiste à prendre un peu plus de risques, et pourquoi pas via les actions émergentes asiatiques. C'est la troisième partie de ce Face au Marché, toujours consacré à Lombard Odier IM, avec notre invité Stéphane Vonthron, interrogé par nos deux experts, Maxime Alimi et François Mézières, qui vous posent la première question de cette troisième et dernière partie.

François Mézières : Les valorisations sont élevées. On espère une fin de conflit. Quand elle interviendra, quelle est la zone, à votre avis, qui en profitera le mieux ?

L’Asie profite de la dynamique de l’intelligence artificielle

Stéphane Vonthron : On a le sentiment, d'après ce qu'on décrivait tout à l'heure comme complexe, c'est-à-dire une croissance qui se stabilise, voire qui se détériore, mais avec une contribution des différentes zones qui est différente. C'est-à-dire que globalement, on avait une contribution, les trois années précédentes, très forte des États-Unis à la croissance mondiale, contribution plus faible du reste du monde. La contribution de l'Asie est en train d'augmenter tendanciellement. Et c'est vrai que cette trajectoire de long terme, elle nous paraît intéressante. Elle nous paraît intéressante aussi quand on dézoome l'aspect géographique et qu'on pense au monde dans lequel on vit et qu'on se dit : voilà, en fait, quels sont aujourd'hui les grands vainqueurs de l'IA ? Qui va très bien fonctionner, très bien vivre de cette transformation que l'on connait ? Pour certains c'est déjà dans les cours, pour d'autres beaucoup moins. Et aussi quand on regarde la trajectoire des hyperscalers et les investissements en dur, entre guillemets, qu'ils sont en train de faire, je ne vais pas rentrer dans ces considérations-là, mais qui passent d'un modèle asset-light à asset-heavy, en investissant dans des actifs, eh bien qui en bénéficie ? Beaucoup de fournisseurs asiatiques. Or, ces fournisseurs asiatiques, pour beaucoup d'entre eux, ils sont sur des valorisations qui sont très décotées par rapport à leurs pairs américains, par rapport à leurs homologues américains, alors même que le business model et les débouchés sont les mêmes. On est globalement sur un marché international, il le reste à l'heure actuelle, de ce point de vue-là. Et donc, les débouchés étant les mêmes, il n'y a pas de raison fondamentale qu'il y ait une décote substantielle entre ces deux modèles. Et donc, c'est sans doute le fait d'arbitrer entre les deux et de bénéficier de cette tendance de rattrapage partielle sur l'Asie, qui nous paraît être aujourd'hui un bon vecteur de croissance, et en plus sur des marchés qui ont été particulièrement sous pression, précisément parce que ceux-ci étaient identifiés comme étant les plus sensibles à la pénurie d'énergie venant du détroit d'Ormuz.

Maxime Alimi : Donc pour rebondir sur ce que vous venez de dire, l'idée de ce fonds c'est de parier sur la tech asiatique qui serait un nouveau moteur de performance des marchés actions ou est-ce qu'il y a aussi d'autres types de convictions dans le fonds ?

Stéphane Vonthron : Il y a d'autres types de convictions bien évidemment mais force est de constater que la technologie est devenue le premier secteur sur les indices émergents et émergents asiatiques. La pondération de la tech dans les indices émergents est équivalente à celle de ce qu'on a dans le S&P 500. C'est plus de 30 % de l'indice. Donc c'est une des raisons aussi pour lesquelles ce marché nous intéresse. Mais effectivement, il y a plein d'autres choses qui peuvent nous intéresser. Et là aussi, dans la construction du portefeuille, c'est vrai que les thèmes sur lesquels on va être surpondérés à l'heure actuelle, ce n'est pas seulement la technologie, ce n'est peut-être pas d'ailleurs la plus forte surpondération, parce que c'est déjà un secteur important de la cote, mais la plus forte surpondération à l'heure actuelle, ce sont des valeurs industrielles. Là aussi sur lesquelles justement on a une construction d'autonomie, on a cette polarisation des blocs et sur des actifs traditionnels, on a pour le coup des échanges plus courts, des circuits plus courts, des échanges, j'abuse du terme sud-sud mais en tout cas intra-zone asiatique, sur lesquels justement cette intensité de production peut être intéressante sur des valeurs industrielles. Et puis la conso, le grand thème c'est le développement d'une classe moyenne et d'une consommation puisqu'en fait il y a à la fois le poids de la démographie mais également le poids de la transformation de la population. C'est-à-dire que si on était acheteur entre guillemets de démographie, on serait surpondéré Inde, ce que nous ne sommes pas à l'heure actuelle. En revanche, on peut penser à la Chine, sur laquelle nous sommes surpondérés, sur laquelle la transformation de la population est un élément extrêmement important. Et le fait que d'ici 2030, on va avoir plusieurs dizaines de millions de consommateurs supplémentaires. Moins d'habitants peut-être, et encore pas à l'horizon 2030, mais plus de consommateurs, parce que plus de personnes qui vont passer les fameux seuils critiques de consommation, qui sont 10 000 dollars par habitant, 30 000 dollars par habitant.

François Mézières : Justement, quels sont les pays qui vont sortir ? Le Japon on en a beaucoup parlé, ça fait couler beaucoup d'encre. La Chine, est-ce que ça redevient intéressant à investir ? L'Inde a quelques petites difficultés.

Stéphane Vonthron : Et justement, parler de l'attractivité, un des éléments qui plaident pour la zone, c'est, je dirais, la déconnexion entre le profil de croissance et la valorisation. C'est aujourd'hui une caractéristique qu'on trouve moins, on la trouve pour certains titres, mais moins en Inde, où justement les valorisations sont exigeantes. Le marché a très très bien fonctionné. Avant, il y a eu ce run qui fait que les valorisations sont élevées. Là où on retrouve ce potentiel d'attractivité, je le citais, c'est dans le cas de la Chine. La croissance longue est là, les valorisations restent attractives, malgré ce récent run. On peut citer le cas de la Corée du Sud. La Corée du Sud, avec parfois le manque de lisibilité.

Vincent Touraine : Ça, c'est pas mal emballé. L'emballement du KOSPI est impressionnant. D'ailleurs, quand ça corrige, ça corrige sévèrement.

Stéphane Vonthron : Je suis totalement d'accord avec vous Vincent, mais ce qui est quand même incroyable à noter, c'est que malgré... On parlait justement d'une croissance très forte et puis aussi du point de départ. N'oublions pas le point de départ. On vient de tellement bas que si on prend justement Samsung, pour citer un exemple, on est aujourd'hui encore à des multiples de valorisation des résultats 2026 de l'ordre de 6 fois les résultats 2026 après le rallye.

Vincent Touraine : Donc votre stratégie Asia High Conviction, c'est de ça dont on parle, c'est surtout de la Chine.

Stéphane Vonthron : Alors, c'est 30 % de Chine. Après, il y a une pondération importante, n'oublions pas Taïwan. Est-ce que vous mettez déjà Taïwan en Chine, Vincent ? Et là, il y a effectivement 27 à 28 % de l'indice, un petit peu moins dans le cas du fonds, qui sont à Taïwan. Et puis également après, les grands blocs, on va retrouver naturellement l'Inde, on va trouver la Corée, et puis après des plus petits pays tels que la Malaisie, les Philippines, l'Indonésie, gros réceptacles de consommation.

Le protectionnisme reste un risque pour l’Asie

François Mézières : Et pour revenir un peu au contexte géopolitique, est-ce que dans votre esprit le protectionnisme reste un risque pour cette zone, dans le sens où la plupart de ces entreprises ont besoin quand même de débouchés qui sont hors d'Asie ?

Stéphane Vonthron : Absolument. Ça a été souvent le cas de la Chine pour la production industrielle. Et quand on pense aux modèles industriels qui sont dans le portefeuille, on va privilégier des modèles qui sont eux-mêmes plutôt alimentés par la Chine. Donc le poids des industriels, on va plutôt les retrouver dans les pays que je citais à l'instant, marginalement du Vietnam, ça peut être de la Thaïlande, ça peut être de la Malaisie, qui vont être très orientés vers justement de la production destinée au marché chinois ou au marché asiatique en règle générale et donc des débouchés qui peuvent être bénéficiaires de la polarisation et qui vont avoir essentiellement un modèle tourné vers l'Asie. Mais pas que, parce qu'il reste quand même une tendance de fond pour les marchés internationaux, mais effectivement c'est un risque à prendre en ligne de compte.

Vincent Touraine : Ce sera le mot de la fin. On avait encore d'autres questions, vous vous en doutez bien. Pour vous, il faudra revenir une prochaine fois. Merci beaucoup Stéphane de votre temps, d'avoir été avec nous, Directeur France, Belgique et Luxembourg de Lombard Odier IM. Et on remercie bien entendu nos deux experts pour leur participation. François Mézières, VIP Conseils et Maxime Alimi d'Equinoxe. Merci à toutes et à tous de nous avoir suivis. Et à très bientôt pour une nouvelle émission.

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