La gestion de crédit dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient

Le marché du crédit a jusque-là plutôt bien résisté face aux répercussions de la guerre au Moyen-Orient mais l’incertitude économique reste élevée comme le souligne Saïdé El Hachem, gérante obligataire chez VEGA IS.
Quelle est ton analyse de l’environnement économique actuel ?
En entraînant un blocage prolongé du Détroit d’Ormuz, par lequel transitait jusqu’alors une part significative des exportations de pétrole et de GNL, la guerre au Moyen-Orient a plongé l’économie mondiale dans une situation inédite. La flambée des prix de l’énergie a précipité les anticipations d’inflation à la hausse et d’activité à la baisse tandis que le système des pétrodollars, en vigueur depuis plus de 50 ans et la fin des accords de Bretton Woods, est soumis à un test de résistance grandeur nature.
Comment ont réagi les marchés financiers face à la montée des incertitudes ?
Les marchés crédit résistent malgré le risque de stagflation
Les investisseurs n’ont pas cédé à la panique ce qui s’est traduit par une résistance remarquable des actifs risqués, en particulier de la classe d’actifs crédit pour laquelle la demande reste forte sous l’effet d’un niveau élevé de liquidités et de la bonne tenue des actions. Les cotations des contrats Futures sur le pétrole indiquent que les marchés s’attendent à un règlement du conflit à relativement brève échéance.
Pour autant, la menace de stagflation commence à se matérialiser en zone euro avec une accélération de la hausse générale des prix à 3% sur un en an en avril et une croissance tombée à 0,8% au 1er trimestre. Aux Etats-Unis, c’est davantage l’inflation qui préoccupe, après être revenue le mois dernier à son plus haut niveau (+3,8%) depuis près de 3 ans.
En conséquence, la Fed commence à adopter un biais restrictif dans la conduite de sa politique monétaire ce qui pèse sur les rendements des emprunts d’Etats au point d’avoir poussé une nouvelle fois D. Trump à orienter sa communication pour soulager la pression des marchés.
Voir aussi : Pourquoi les marchés résistent malgré le risque stagflationniste ?
Dans ce contexte, comment as-tu fait évoluer ta gestion obligataire ?
Dès le début d’année, en anticipation d’une dégradation de la situation géopolitique, j’avais couvert la moitié de l’exposition crédit de mon principal fonds contre un élargissement conséquent des primes de risque, en souscrivant une option payeuse sur indice crédit. Cela m’a permis de protéger le portefeuille contre un risque extrême pour un coût relativement modeste, tout en préservant son exposition au marché.
L’option payeuse a été renouvelée mi-mars pour une durée de trois mois mais à hauteur cette fois-ci de 30% de l’exposition crédit du fonds étant donné le renchérissement de la prime à payer.
En parallèle, le contexte m’a incité à réduire le poids des émissions financières au profit de celui des émissions corporates alors que les banques pourraient être pénalisées par l’aplatissement des courbes de taux et par leur exposition à la dette privée, qui reste sujette à une actualité négative.
Sur quels éléments vas-tu plus spécifiquement focaliser ton attention à court terme ?
Après avoir marqué le coup en mars, le marché du crédit en euros est reparti de l’avant, notamment sur le primaire où la demande des investisseurs reste forte au point de faire disparaître les primes à l’émission alors même que les volumes à absorber approchent des niveaux records en mai.
Dans ces conditions, je guette plus spécifiquement les signes d’une récession, dont la survenance inciterait les investisseurs à vendre en masse pour se réfugier sur les emprunts d’Etats.
En outre, l’arrivée de Kevin Warsh à la présidence de la Fed promet des évolutions dans la conduite de la politique monétaire outre-Atlantique compte tenu de son rejet des mesures non conventionnelles et des indications prospectives (forward guidance).
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