La gestion active souffre de l’IA

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Le constat est brutal : depuis le début de l’année 2026, seuls 25% des fonds actions américaines « large cap » battent le S&P 500. C’est le plus faible niveau observé depuis plusieurs années, et la quatrième année consécutive de dégradation :
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À première vue, ce constat semble confirmer ce que les études SPIVA de S&P Dow Jones répètent depuis longtemps. Sur longue période, la majorité des gérants actifs sous-performent leur indice de référence, particulièrement aux États-Unis. Sur quinze ans, les statistiques sont même redoutables : dans certaines catégories, plus de 90% des fonds actifs finissent derrière leur benchmark après frais. Mais la situation actuelle raconte probablement quelque chose de plus profond qu’une simple difficulté chronique de la gestion active.
Le problème n’est plus le marché. C’est sa concentration.
Le problème aujourd’hui n’est pas seulement que les marchés montent. C’est la manière dont ils montent.
Depuis plusieurs trimestres, une part considérable de la performance américaine est concentrée sur un nombre extrêmement réduit de valeurs technologiques, principalement liées à l’intelligence artificielle et aux semi-conducteurs. Nvidia, Microsoft, Meta, Alphabet ou encore Amazon captent une part croissante des flux, des profits et des anticipations de croissance. Cette concentration devient historique. À certains moments récents, les dix plus grandes capitalisations américaines ont représenté près de 40% de la capitalisation totale du S&P 500, un niveau rarement observé hors grandes phases spéculatives.
Or beaucoup de gérants actifs restent structurellement sous-exposés à ces entreprises. Non pas nécessairement parce qu’ils doutent du potentiel de l’IA, mais parce que ces sociétés cumulent déjà des valorisations parfois tendues, des pondérations gigantesques dans les indices et un niveau de concentration difficile à justifier dans une gestion diversifiée.
Le paradoxe devient alors évident : plus quelques valeurs dominent le marché, plus il devient difficile pour une gestion active prudente de battre l’indice… sans prendre elle-même un risque de concentration extrême.
L’IA change aussi le comportement des investisseurs
L’intelligence artificielle n’est d’ailleurs plus seulement un thème technologique parmi d’autres. Elle agit progressivement comme une force d’organisation des flux de marché eux-mêmes.
Les ETF et la gestion passive amplifient mécaniquement ce phénomène. Lorsqu’un fonds indiciel reçoit des capitaux, il achète davantage des entreprises déjà les plus pondérées. Plus ces valeurs montent, plus elles attirent de flux, créant un mécanisme auto-renforçant.
Dans ce contexte, le risque pour un gérant actif devient aussi un risque professionnel. Dans un marché aussi concentré, rester durablement sous-investi sur les grands gagnants de l’IA peut rapidement devenir difficile à assumer face à des indices qui continuent de progresser grâce à eux.
Cette logique n’est pas nouvelle. À la fin des années 1990, pendant la bulle internet, de nombreux gérants actifs avaient déjà sous-performé parce qu’ils refusaient de suivre totalement l’emballement technologique. Et pendant plusieurs années, cette prudence avait semblé être une erreur.
Une diversification devenue plus complexe
Mais la situation actuelle présente une différence importante par rapport aux cycles précédents : la diversification elle-même devient plus difficile.
Pendant longtemps, un portefeuille équilibré pouvait s’appuyer sur une diversification relativement efficace entre actions, obligations et styles de gestion. Aujourd’hui, cette mécanique fonctionne moins bien. Les obligations protègent moins efficacement qu’au cours de la décennie précédente, tandis que les grands indices actions deviennent eux-mêmes de plus en plus dépendants de quelques entreprises dominantes.
Autrement dit, la concentration ne touche plus seulement les performances. Elle touche progressivement la structure même du marché.
Conclusion
Le graphique ne raconte donc pas seulement une difficulté passagère de la gestion active.
Il raconte surtout un marché où l’intelligence artificielle concentre progressivement :
• Les performances,
• Les flux,
• Les valorisations,
• Et même les comportements des investisseurs.
Et paradoxalement, plus cette concentration augmente, plus il devient difficile de rester diversifié… sans accepter le risque croissant de sous-performer le marché lui-même.
Par Gérald Grant, Fundesys
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