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Analyses de marchés

Actifs privés, pour que la révolution de la retailisation devienne une réalité (Natixis IM)

11
Jun
2024
Alors que l’ELTIF 2.0 vient d’être lancé, il appartient désormais aux acteurs financiers d’aider les particuliers à l’adopter.

L'ouverture des marchés privés aux investisseurs individuels grâce à l'ELTIF 2.0

Les investisseurs individuels ont longtemps été exclus des marchés privés, alors même que ces derniers représentent plus de 80 % de l’économie et qu’ils offrent une rentabilité moyenne à long terme supérieure à celle des actifs cotés. Avec l’introduction de l’ELTIF 2.0 début 2024, les particuliers disposent désormais d’un mécanisme efficace pour s’exposer pour la première fois aux marchés privés, via notamment des fonds evergreen (ou « perpétuels »), avec une structure proche des OPCVM dont ils sont familiers.
Ces investisseurs sont à la recherche de tout un éventail de stratégies et d’actifs privés susceptibles de diversifier leurs allocations. Mais peu de sociétés d’investissement proposent des équipes de gestion spécialisées et dédiées, combinées avec des capacités de structuration centralisées pour répondre à la diversité des besoins des particuliers sur l’ensemble du spectre des actifs privés.
La plupart des investisseurs retail ont longtemps été exclus des marchés privés, non seulement en raison des contraintes réglementaires, mais aussi en raison d’un manque de connaissances de leur part et d’une offre inadaptée aux particuliers. Plusieurs raisons à cela : les classes d’actifs sont plus complexes, les montants engagés sont plus élevés et les transactions se font de gré à gré, sur la base de relations établies et d’une capacité à agir rapidement. Cette inadéquation de l’offre à la demande est une occasion ratée de financer l’économie réelle. Cependant, ELTIF 2.0 tente d’y remédier en partie.

Comme le fait remarquer Nicolas Audhoui-Darthenay, responsable produits pour les actifs privés chez Natixis Investment Managers (Natixis IM), « La réalité est que plus de 80 % du tissu économique est constitué d’entreprises qui ne sont ni cotées ni négociées sur les marchés publics. Cela représente une quantité d’actifs considérable à laquelle les investisseurs individuels n’avaient pas encore accès. Mais également un rendez-vous manqué, non seulement pour ces investisseurs mais aussi pour le développement économique. »

Pourquoi les investisseurs devraient-ils s’intéresser aux actifs privés ?

Les innovations, notamment celles qui répondent aux enjeux ESG, sont souvent le fait d’entreprises non-cotées dynamiques et en forte croissance. Ces entreprises ne sont généralement accessibles qu’aux investisseurs institutionnels et, dans une certaine mesure, aux investisseurs très fortunés, via des fonds alternatifs.

« Bien que les risques soient plus importants, ces sociétés génèrent souvent des performances plus élevées », explique Nicolas Audhoui-Darthenay.  Outre l’accès à des entreprise en pleine croissance, cette surperformance2 s’explique aussi par une prime de complexité (le rendement supplémentaire exigé pour placer des produits complexes en raison du plus faible nombre d’acheteurs potentiels) et une prime d’illiquidité (rendement supplémentaire requis pour placer des produits illiquides face à un nombre plus modeste d’acheteurs potentiels). L’intégration d’actifs privés à un portefeuille renforce aussi la diversification, en réduisant la volatilité globale et le risque baissier.

Les défis inhérents à l’offre d’actifs privés aux investisseurs individuels

Certains family offices et, dans une moindre mesure, certains particuliers très fortunés (High-Net-Worth Individuals) ont des allocations aux actifs privés, mais l’exposition des particuliers (y compris aisés – Mass Affluent) est statistiquement nulle.

Richesse globale par type d'investisseur en 2022

L'importance des capitaux privés

Et Nicolas Audhoui-Darthenay de poursuivre : « C’est surprenant. Si l’on englobe tous les capitaux des fonds de pension et des investisseurs institutionnels, le montant est similaire au total du patrimoine privé. Autrement dit, la moitié des capitaux mondiaux est contrainte de rester inactive et ne peut investir dans les entreprises qui constituent pourtant l’essentiel de l’économie. »

Les défis pédagogiques pour les investisseurs individuels

La pédagogie est un défi important, car la plupart des investisseurs individuels comprennent mal les risques et les opportunités offerts par les actifs privés. Mais l’autre barrière majeure était l’indigence de l’offre en fonds adaptés aux investisseurs individuels. Les structures de type fonds fermés (« closed-ended »), les appels de fonds (« capital calls ») et les tickets minimums trop hauts font notamment partie des principaux obstacles.

Par exemple, les investisseurs aisés préfèrent conserver un accès à leur épargne « au cas où » - même pour leurs placements à long terme - mais les fonds fermés classiques investis en actifs privés ne répondent pas à cette attente. Le niveau élevé de l’investissement minimum était également dissuasif.

Autre facteur dissuasif, le fait que les capitaux destinés aux actifs privés ne sont généralement pas déployés immédiatement. Les appels de fonds visant à financer un projet ou l’achat d’un actif n’interviennent que lorsqu’une opportunité concrète se présente. « Les investisseurs individuels ne sont pas préparés à recevoir une série d’appels de capitaux importants sur un court laps de temps », explique M. Audhoui-Darthenay.

Les solutions adaptées pour les investisseurs individuels

Les gérants d’actifs ont un rôle majeur à jouer pour offrir des solutions adaptées (des fonds perpétuels "evergreen" pour les clients aisés et/ou des structures fermées adaptées aux particuliers fortunés) et orienter ces vastes ressources de financement vers des entreprises et des projets innovants, ce qui permettra de répondre en partie à des enjeux comme la réindustrialisation ou les impacts sociaux et environnementaux.

L’évolution du paysage des actifs privés

L’environnement des actifs privés est en train de changer, avec une évolution des réglementations et des structures de fonds favorable aux investisseurs individuels.

La refonte des fonds européens d’investissement à long terme (ELTIF) de l’UE constitue à cet égard un changement d’ampleur. Pour la toute première fois, le dispositif ELTIF 2.0 permet aux particuliers d’investir massivement sur les marchés privés.

Apparus en 2015, les fonds ELTIF avaient vocation à financer l’économie réelle en fléchant des capitaux non institutionnels vers des projets d’infrastructure à long terme et des PME. Toutefois, ces fonds ont levé moins de 10 milliards d’euros à ce jour auprès des investisseurs individuels et n’ont été commercialisés que dans quelques pays de l’UE. En effet, freiné par l’obligation d’une structure à capital fermé sans possibilité de sortie, même dans des circonstances exceptionnelles, ainsi que par des modalités très strictes, le dispositif ELTIF 1.0 n’a pas atteint son objectif initial.

Son successeur, l’ELTIF 2.0, lancé en janvier 2024, a résolu la plupart de ces problèmes. Le seuil de 10 000 euros a été supprimé, de même que la limite de 10 % d’exposition pour les investisseurs disposant de moins de 500 000 euros d’actifs financiers, ce qui a compliqué la tâche des distributeurs.

En principe, les particuliers peuvent investir dans des actifs privés sans montant minimum, tandis que les mécanismes de protection prévus par l’ELTIF 1.0 sont toujours en place, puisque l’ELTIF 2.0 applique aussi les principes de protection des investisseurs de la directive MiF II.

Le nouveau régime ELTIF - nettement amélioré - permet de lancer des fonds evergreen, qui sont plus proches des structures OPCVM auxquelles les investisseurs retail sont habitués. Contrairement aux véhicules traditionnels fermés dédiés aux actifs privés, les fonds evergreen offrent plus de fenêtres de liquidité et des VL mises à jour régulièrement. En d’autres termes, les investisseurs peuvent entrer et sortir plus fréquemment de ces fonds - comme avec les fonds OPCVM. Avec un fonds evergreen, le capital des investisseurs est également déployé dès le premier jour, sans attendre des appels de fonds. Les historiques de performance sont également plus faciles à décrypter, ce qui constitue un facteur clé de succès pour une catégorie d’investisseurs nécessitant à la fois pédagogie et simplicité.

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