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Quel remède pour remettre sur pied un modèle de santé européen souffrant ?

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marché europe santé

Par Candriam

Entre 60 % et 80 % des principes actifs pharmaceutiques sont produits en dehors de l’UE[1]. La pandémie de COVID-19 a mis en lumière la fragilité de ces chaînes d’approvisionnement mondiales, en particulier dans les secteurs pharmaceutique et des équipements médicaux. Plus récemment, la guerre en Ukraine et les perturbations géopolitiques plus larges ont encore mis en lumière ces vulnérabilités. L’Europe est aujourd’hui confrontée à un vaste défi : préserver la résilience et l’autonomie de son modèle de santé dans un monde toujours plus fragmenté.

Un système attaqué

Pendant des décennies, l’Europe a bénéficié de chaînes d’approvisionnement mondialisées. Ce faisant, l’Europe, qui était le leader mondial de la production pharmaceutique jusqu’aux années 1950[2], a progressivement externalisé en masse ses approvisionnements en produits de santé essentiels, qu’il s’agisse d’antibiotiques, d’anesthésiques ou d’équipements de protection de base. La pandémie a mis en évidence les risques et le coût sociétal de ce modèle. Les pénuries de médicaments essentiels, notamment d’antibiotiques, d’anesthésiques et de médicaments destinés aux soins intensifs, ont mis en lumière la vulnérabilité des systèmes de santé européens et démontré que l’accès aux médicaments de base relève autant de la sécurité stratégique que de la santé publique.

Le secteur de la santé a également été confronté à un casse-tête géopolitique suite aux récentes initiatives politiques de l’administration américaine. Deux mesures en particulier, les droits de douane instaurés en vertu de l’article 232 et le principe de la nation la plus favorisée, ont bouleversé le secteur pharmaceutique :

  • Droits de douane instaurés en vertu de l’article 232 – mis en place par un décret présidentiel d’avril 2026, ces droits s’appliquent à toute une série de produits pharmaceutiques importés, y compris les principes actifs pharmaceutiques (active pharmaceutical ingredients, ou API). Au-delà de la protection de l’approvisionnement national, ces mesures visent à encourager la relocalisation de la production pharmaceutique aux États-Unis.
  • La tarification selon le principe de la nation la plus favorisée vise à aligner les prix des médicaments aux États-Unis sur les prix les plus bas pratiqués sur des marchés développés comparables. Toutefois, cela ne tient pas compte des différences fondamentales entre les systèmes de santé américains et européens, notamment en ce qui concerne les modèles de financement, les structures d’assurance et les niveaux de couverture universelle.
  • Le fait que les médicaments sont plus chers aux États-Unis ne s’est pas toujours traduit par une plus grande innovation : entre 2016 et 2020, le secteur a dépensé 577 milliards de dollars en rachats d’actions et en dividendes, contre 521 milliards de dollars d’investissement en R&D[3]. Les États-Unis et la Nouvelle-Zélande restent également les seuls pays qui autorisent la publicité pharmaceutique directe, ce qui entraîne des coûts supplémentaires susceptibles, à terme, de se répercuter sur les prix.

Ces politiques soulèvent des questions plus générales sur la souveraineté sanitaire en Europe. Les efforts déployés par des gouvernements étrangers pour influencer les modèles européens en matière de tarification, de production et d’innovation par le biais de la politique commerciale et économique remettent en cause certains des principes fondamentaux sur lesquels reposent les systèmes de santé européens.

Les enjeux liés à la sécurité de l’approvisionnement et les pressions géopolitiques soulignent l’urgence pour l’Europe de déterminer si elle dispose de la volonté et du cadre nécessaires pour préserver son modèle de santé.

Des attaques de l’intérieur

Les États membres de l’UE fournissent des services de santé sous une forme ou une autre à plus de 90 % de leur population[4]. Toutefois, plutôt que de pointer du doigt des acteurs extérieurs à l’Union, il convient de s’intéresser aux faiblesses structurelles internes, qui pourraient représenter une plus grande menace pour la souveraineté européenne en matière de santé :

  • les déficits budgétaires et la montée du populisme à travers l’Europe ont récemment contraint le secteur de la santé à réduire, reporter ou rationner les soins.
  • Des interventions politiques bien intentionnées, telles que le règlement de l’UE sur les dispositifs médicaux (MDR) et le règlement sur les dispositifs médicaux de diagnostic in vitro (IVDR), entrés en vigueur respectivement en 2021 et 2022, ont entraîné des difficultés d’adaptation pour le secteur, des retards dans les certifications et une baisse du nombre de lancements de produits.[5]
  • La fragmentation persistante entre les États membres continue de nuire à la compétitivité. Pour certains médicaments, les fabricants doivent négocier des procédures distinctes en matière de tarification, de remboursement et d’évaluation avec jusqu’à 27 États membres différents afin d’obtenir un large accès au marché.[6]

Une approche européenne ambitieuse

La période allant de la fin 2025 à la mi-2026 a été la plus active en matière de politique de santé européenne depuis une génération. En l’espace d’environ six mois, l’Union européenne a mené de front des actions dans les domaines de la réforme du secteur pharmaceutique, de la sécurité de la chaîne d’approvisionnement, de la réglementation des dispositifs médicaux, des biotechnologies et des données de santé[7], une intensité législative qui reflète à la fois l’urgence du défi lié à la souveraineté et un consensus politique qui s’est cristallisé depuis la pandémie.

La dernière étape importante en date a été la conclusion, en mai 2026[8], d’accords politiques provisoires entre le Parlement européen et le Conseil de l’UE concernant le règlement sur les médicaments critiques. Cet accord constitue une étape importante dans les efforts déployés par l’UE pour prévenir les pénuries de médicaments essentiels, réduire la dépendance des chaînes d’approvisionnement vis-à-vis des pays tiers et renforcer la compétitivité du secteur pharmaceutique européen. Ce secteur reste l’un des atouts industriels stratégiques de l’Europe : il emploie directement plus de 900 000 personnes[9] et génère plus de 400 milliards d’euros[10] de production annuelle ; toutefois, sa part dans la production pharmaceutique mondiale et dans les investissements en R&D a progressivement diminué par rapport aux États-Unis et à certaines régions d’Asie.

Comment nous en tirons parti chez Candriam

L’objectif clair que s’est fixé l’UE de renforcer sa souveraineté en matière de santé offre de nombreuses opportunités d’investissement dans des entreprises qui contribueront à cette ambition et bénéficieront de diverses formes de soutien financier.

Les secteurs pharmaceutique et biotechnologique font partie des branches les plus évidentes, compte tenu de leur rôle central en matière de R&D et d’innovation pour développer de nouvelles thérapies. Ils jouent également un rôle clé dans la mise en place et le maintien de capacités de production sur le continent. Une série de textes législatifs a jeté les bases d’un dispositif d’incitation destiné aux entreprises, comme le règlement européen sur les biotechnologies ou les législations pharmaceutiques récemment modifiées.

Les médicaments génériques et les biosimilaires constituent les fondements de la souveraineté sanitaire européenne. Ils jouent un rôle central dans la réduction de la dépendance aux médicaments innovants américains et pour garantir que nos systèmes de santé restent abordables et bien approvisionnés. Ces secteurs pourraient également bénéficier du cadre établi par le règlement sur les médicaments critiques.

Les organismes de développement et de fabrication sous contrat (CDMO) et les bioprocédés constituent le pilier de l’industrie pharmaceutique européenne. Ils permettent aux gouvernements de rapatrier la production de principes pharmaceutiques actifs (API) et de diversifier leurs sources d’approvisionnement en s’affranchissant des pays asiatiques.

Le diagnostic, l’imagerie médicale et les équipements de haute technologie médicale constituent des éléments stratégiques pour la sécurité sanitaire européenne. Ces entreprises permettent au continent de conserver une longueur d’avance et servent de monnaie d’échange dans les négociations géopolitiques

Conclusion

Le chemin vers l’autonomie du système de santé européen est encore long. Nous n’en sommes encore qu’au tout début, mais cette ambition commence désormais à prendre véritablement forme. Nous constatons pour la première fois un engagement clair de l’UE à réduire ses dépendances les plus critiques et à repenser ses processus réglementaires et ses mécanismes d’incitation à la lumière d’une situation internationale en pleine évolution. Chez Candriam, nous soutenons cette nouvelle ambition et sommes convaincus qu’elle offre des opportunités d’investissement intéressantes.

[1] Mesures potentielles pour faciliter la production de principes actifs pharmaceutiques (IPA)
[2] ibid
[3] Rapport du Committee on Oversight and Reform - Pharmaceutical Industry Buybacks Dividends Compared to Research.pdf
[4] Couverture de la population en matière de soins de santé : Health at a Glance: Europe 2024 | OECD
[5] Source : MedTech Europe – Un système réglementaire à la croisée des chemins
[6] Source : La cause première de l’indisponibilité et du retard des médicaments innovants : Raccourcir les délais d’accès aux médicaments innovants pour les patients, avril 2024
[7] Source : Commission européenne, décembre 2025
[8] Acte législatif sur les médicaments critiques : accord provisoire entre le Conseil et le Parlement - Consilium
[9] Source : L’industrie pharmaceutique en chiffres 2025
[10] ibid

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