La BCE se dit en "bonne position" mais les risques augmentent

Par Maryse POGODZINSKI, Direction de la Recherche - Economiste, Groupama AM
Comme largement anticipé, le Conseil des gouverneurs a laissé les taux directeurs inchangés, soit le taux de dépôt, le taux de refinancement et le taux de facilité, à respectivement 2.50%, 2.65% et 2.90%. Etant donné le niveau élevé des incertitudes, la BCE se dit « en bonne position » à ce stade pour y faire face d’où le statu quo d’aujourd’hui. En outre, la BCE reconnait que les effets du choc énergétique ne sont pas encore totalement matérialisés et que l’intensification et la persistance de ce choc risquent d’alimenter l’inflation et d’affaiblir la croissance. En d’autres termes, même si les futures décisions de politique monétaire restent dépendantes des données et seront prises réunion par réunion, la BCE envisagera une hausse en décembre si les prix de l’énergie restent élevés.
Ce que l’on retient :
« La direction à suivre est claire » : il y a bien eu un débat sur une hausse des taux lors de la réunion d’aujourd’hui et la Présidente a déclaré que la BCE aurait pu relever les taux compte tenu des données (hausse de l’inflation globale et résilience de l’activité) ; mais le niveau élevé des incertitudes, des risques baissiers plus importants sur la croissance et la stabilité de l’inflation sous-jacente ont justifié à l’unanimité un statu-quo.
La prise en compte du resserrement des conditions financières (graphique 1), et plus largement des conditions de financement (intégrant l'évolution du crédit, les conditions bancaires, les taux d'intérêt et les spreads de crédit, cf. graphiques 2 & 3) : la BCE mentionne que les conditions se sont durcies depuis la dernière réunion du Conseil des gouverneurs, ce qui devrait peser sur l’inflation et la croissance.
La montée des risques (haussier sur l’inflation et baissier sur la croissance) : les facteurs de risque pesant sur les perspectives d’inflation et de croissance sont plus nombreux et plus importants, ce qui explique le niveau très élevé des incertitudes et le statu-quo de la BCE ; Ch. Lagarde a passé en revue une longue liste de données qui seront disponibles d’ici le Conseil de décembre (incluant les nouvelles projections de la BCE, deux nouveaux chiffres d’inflation, un PMI supplémentaire, les chiffres du PIB et ses détails etc…), en pointant particulièrement les données de l’inflation sous-jacente.
Concernant les dettes souveraines, la Présidente a rappelé que la BCE disposait d’instruments permettant de faire face à d’éventuelles perturbations de la transmission de la politique monétaire, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui ; plus important, elle a invité les pays fortement endettés à poursuivre leurs efforts pour assainir leurs finances publiques, d’autant plus dans un environnement de taux d’intérêt plus élevés.
Par ailleurs, Christine Lagarde a confirmé son départ prématuré de la présidence le 7 février 2027, soit bien avant la fin de son mandat en octobre 2027.
Cela n’est pas vraiment une surprise.
La question clé est de savoir si le changement des membres du Conseil aura un impact sur l’orientation de la politique monétaire de la BCE et sur sa fonction de réaction. Les changements précédents – JC Trichet vers M. Draghi, et M. Draghi vers Ch. Lagarde – ont clairement conduit à des changements sur la fonction de réaction de la BCE (donc sur l’orientation de la politique et sur les outils utilisés).
Les dirigeants européens vont devoir pourvoir les 3 postes vacants au sein du Conseil exécutif de la BCE en 2027, à savoir celui d’I. Schnabel, responsable des opérations de marché (départ prématuré annoncé pour le 3/01/27), de Ch. Lagarde, Présidente et de Ph. Lane, Chief economist (fin du mandat le 31/05/27). Des nominations seront probablement annoncées lors du prochain sommet européen des 17 et 18 décembre 2026. Pour rappel, l’Eurogroupe propose des candidats ; la BCE et le Parlement européen donnent des avis non contraignants sur les candidats. Ensuite, le Conseil européen (les dirigeants européens) nomme officiellement le candidat proposé par l’Eurogroupe.
A ce stade, Klass Knot des Pays-Bas et Pablo Hernandez de Cos d’Espagne restent les favoris pour succéder à Ch. Lagarde. En fonction de la nomination au poste à la Présidence, les autres postes seront attribués en tenant compte d’un équilibre entre les facteurs nationaux, les compétences et l’orientation monétaire.
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