Biométhane : une alternative compétitive au gaz naturel ?

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Pierre-Philippe Crépin, Eiffel Investment Group

Souvent perçu comme plus coûteux que le gaz naturel, le biométhane souffre d’idées reçues tenaces. Pourtant, en intégrant l’ensemble des coûts et des externalités, cette énergie renouvelable apparaît aujourd’hui comme une alternative à la fois crédible, compétitive et stratégique, tant pour les consommateurs que pour les États. Explications avec Pierre-Philippe Crépin, Directeur de la durabilité et de l'impact chez Eiffel Investment Group

Qu'est-ce le biométhane et quels sont ses avantages ?

Pierre-Philippe Crépin : Le biométhane, c'est un gaz renouvelable. Il est produit à partir de matières organiques. Ça peut être des déchets agricoles, des effluents d'élevage ou bien des boues de stations d'épuration. Et c'est un gaz qui est exactement la même molécule que le gaz naturel. Il a l'avantage d'être décarboné, donc de contribuer à la décarbonation. Il a l'avantage également de se substituer parfaitement au gaz naturel. Donc pour un industriel qui souhaite se décarboner, changer effectivement d'intrant, il peut utiliser ce biométhane à la place du gaz naturel. Donc c'est une stratégie qui est totalement complémentaire à l'électrification, qui est l'autre grand pilier de la décarbonation en Europe.

Au-delà de l'énergie, qu'apporte le biométhane ?

Pierre-Philippe Crépin : Le biométhane, c'est un écosystème d'économie circulaire puisque la production génère des coproduits. Le premier étant le digestat, c'est une matière solide et liquide qui a exactement le même rôle qu'un engrais. Il peut être réutilisé par les agriculteurs aux alentours et se substituer aux engrais fossiles. Le deuxième coproduit, c'est le bio-CO2 ou le CO2 biogénique qu'on peut capter à la sortie des épurateurs. Et ça, c'est quelque chose qui est valorisé dans l'industrie agroalimentaire. Vous connaissez tous les fameux paquets de chips. Dans ces paquets de chips, on insère de l'azote et du CO2 qui permet de réduire l'oxydation des aliments.

Le biométhane est-il vraiment plus cher que le gaz naturel ? Que dit votre étude ?

Pierre-Philippe Crépin : Effectivement, quand on regarde le marché du gaz naturel en Europe, il y a quelques semaines, on était autour de 30 € du MWh. Et quand on compare au coût de production du biométhane, on est plutôt à 120 € du MWh. Donc le delta est assez important. En réalité, ce que cachent ces chiffres, c'est qu'il y a un certain nombre de coûts qui ne sont pas compris dans ces deux chiffres. Et notamment pour le gaz naturel, il faut ajouter le coût du transport, le coût des réseaux, différentes taxes.

Le gaz naturel liquéfié qui vient des États-Unis, par exemple ?

Pierre-Philippe Crépin : Voilà, par exemple. On a eu historiquement une importation de gaz russe par pipeline. Aujourd'hui, c'est du gaz naturel liquéfié qui est transporté par bateau. Il faut des terminaux gaziers en Europe. Tout ça rajoute des coûts. Il y a des taxes. Il y a le prix carbone, également, qui vient augmenter la facture du gaz naturel. Et un particulier, quand il regarde sa facture à la fin de l'année, il s'aperçoit qu'il paie plutôt 140 € du MWh. De l'autre côté, le biométhane a également quelques coûts supplémentaires, mais également quelques coûts en moins, dus à la valorisation des coproduits, le digestat et le bio-CO2. Et à la fin, on arrive quasiment à parité pour un particulier. Et donc, le biométhane, finalement, est compétitif d'un point de vue du consommateur.

Et ça l'est encore plus avec la crise au Moyen-Orient, qui fait que le gaz naturel est de plus en plus cher.

Pierre-Philippe Crépin : L'Europe aujourd'hui, elle importe 90 % de son gaz. Comme je l'ai dit, aujourd'hui, c'est plutôt du gaz naturel liquéfié. C'est un marché mondial. Et un des plus gros producteurs de gaz naturel liquéfié, c'est également le Qatar, qui a subi ces bombardements et donc qui a dû arrêter sa production. Ça a mis le marché sous tension et donc les prix ont explosé. Aujourd'hui, on est plutôt à 60 euros du MWh qu'à 30 pour l'achat de gaz européen.

Quelles sont les autres vertus du biométhane ?

Pierre-Philippe Crépin : Là, on s'est placé d'un point de vue du consommateur. Si on se place d'un point de vue des finances publiques et de la balance commerciale des États, le gaz naturel, c'est une importation. C'est une fuite de valeur de l'Europe. Quand on rajoute à ça les bénéfices que sont les différentes taxes, etc., on arrive quand même à un déficit de quelque chose comme 30 € du MWh pour le gaz naturel pour les États. De l'autre côté, le biométhane, c'est une industrie locale. Il faut 20 fois plus d'emplois en Europe pour produire du biométhane que pour produire du gaz naturel pour une même quantité d'énergie. Quand on rajoute toutes les taxes pour le biométhane non subventionné, on a un bénéfice net de l'ordre de 50 € du MWh. L'écart est considérable, ça justifie totalement le fait d'investir dans le biométhane, c'est une décision économique rationnelle, et ça permet en plus de se décarboner et de se prémunir contre la vulnérabilité géopolitique actuelle.

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