Baromètre AFFO-EY : comment investissent les Family Offices en 2026 ?

Le 11ᵉ baromètre AFFO-EY dresse le portrait de Family Offices qui continuent d'investir malgré un environnement incertain. Focus sur leurs allocations en private equity, leur intérêt pour les technologies, leurs attentes en matière de stabilité fiscale et la place croissante de la philanthropie. Avec Amandine Allix-Cieutat, Avocate en fiscalité du droit du patrimoine et Benoît Losfeld, Avocat spécialisé en droit des sociétés et gouvernance.
Qu'est-ce qu'un Family Office ?
Benoît Losfeld : Le Family Office peut se définir comme une organisation de personnes qui interviennent au soutien d'une ou plusieurs familles. Nous sommes généralement sur des partenariats de long terme dans lesquels ces personnes et les Family Offices vont accompagner les familles sur leurs problématiques d'investissement, sur leurs problématiques de gouvernance familiale, des problématiques de fiscalité et autres. Parmi les Family Offices, nous observons deux classifications principales selon l'importance de la fortune de la famille que les Family Offices accompagnent. Soit ils accompagnent une seule famille, et donc dans ce cas-là, on parle d'un Mono ou d'un Single Family Office, soit ils accompagnent plusieurs familles, et dans ce cas-là, on parle d'un Multi-Family Office.
Quels sont les grands enseignements de ce 11e baromètre AFFO-EY de 2026. Quels sont-ils ?
Amandine Allix Cieutat : La première chose, c'est que malgré les incertitudes actuelles, les Family Offices maintiennent leurs investissements, voire même les augmentent. Ce sont toujours des investisseurs sur le long terme, donc il n'y a pas de politique de retrait malgré le contexte. Par ailleurs, le private equity reste toujours la première classe d'actifs, notamment les PME et ETI. Mais au-delà du financement, ils ont aussi la volonté de s'impliquer sur les questions de gouvernance et sur les questions stratégiques auprès des entreprises dans lesquelles ils investissent. En revanche, ils sont plus sélectifs et nous avons une plus forte attention qui est portée au modèle économique.
Sur quel type d'entreprise et dans quel secteur investissent les clients des Family Offices ?
Benoît Losfeld : À la lecture du baromètre, nous pouvons retenir deux principaux enseignements de la typologie d'investissement. D'une part, il ressort clairement que les Family Offices sont orientés vers l'économie locale et vers le soutien notamment des PME et des ETI régionales.
Donc économie réelle ?
Benoît Losfeld : Économie réelle, tout à fait. Le deuxième enseignement, c'est que le prisme d'investissement est clairement orienté vers les technologies. Quasiment 70 % des Family Offices vont s'intéresser aux technologies. Mais compte tenu du contexte que nous connaissons et de l'incertitude qui caractérise la période actuelle, il y a clairement la volonté d'éprouver le modèle et la solidité économique des investissements qu'ils font. Dit autrement, les Family Offices vont plutôt s'orienter vers des investissements dans des structures matures où ils auront de la visibilité sur la création de valeur, la performance et le niveau à venir de la productivité de la société.
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Quelles sont les préoccupations de ces familles ?
Amandine Allix Cieutat : Elles reflètent les incertitudes actuelles. Nous avons évidemment les préoccupations macroéconomiques qui sont déterminantes dans les choix d'investissement. Nous avons aussi les incertitudes géopolitiques qui progressent d'année en année. Et puis surtout cette année, nous avons des préoccupations fiscales. Quand nous parlons avec les familles, cela existait déjà, mais là cela ressort vraiment cette année. Et en fait, ce n'est pas tant le niveau de fiscalité, même si c'est évidemment un sujet, c'est surtout le manque de stabilité. Comme on l'a dit, ce sont des investisseurs de long terme et les stratégies qui sont construites l'année N dans un certain cadre législatif, réglementaire ou fiscal, ont vocation à s'appliquer sur plusieurs années. Le fait d'avoir un cadre qui change régulièrement...
La Flat Tax est passée de 30 à 31,4.
Amandine Allix Cieutat : Exactement. Et puis d'avoir des projets et des rapports qui sortent régulièrement sur des possibles modifications crée un risque qui peut devenir un frein aussi à l'investissement. Il faut vraiment un cadre stable, lisible, pour leur permettre de continuer à investir et donc d'être des acteurs de l'économie réelle.
La philanthropie devient un pilier de la stratégie patrimoniale
Benoît Losfeld : À la lecture du baromètre, ce qui est très intéressant de constater, c'est que quasiment 60 % des répondants disent avoir une politique dédiée à la philanthropie. Et lorsqu'on les interroge sur l'évolution probable de la quote-part d'investissement dédiée à la philanthropie, cette quote-part a vocation à augmenter. L'enseignement qu'on peut en retirer, c'est que finalement la philanthropie n'est plus un sujet annexe, c'est vraiment l'un des piliers et une dimension à part entière de la politique patrimoniale des familles et des Family Offices. De la même manière qu'on souhaite transmettre le capital financier à ses enfants, on souhaite également leur transmettre le capital culturel, le capital des valeurs. Finalement, la philanthropie est un très bon prisme qui permet d'adresser ce sujet.
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Rétrospective, publié le 30 juin 2025 :
Les choix sectoriels des Family Offices en 2025 : innovation, industrie et ancrage réel
Le baromètre 2025 publié par l’Association Française des Family Offices (AFFO), en partenariat avec EY, dresse un panorama détaillé des grandes orientations stratégiques des investisseurs familiaux. Réalisé auprès de 585 familles entre février et avril 2025, ce rapport met en lumière les priorités sectorielles, les dynamiques d’allocation et les moteurs de décision qui guideront les Family Offices dans les mois à venir. Entre volonté de résilience, ancrage dans l’économie réelle et quête de transformation, les tendances identifiées révèlent un repositionnement clair vers les secteurs perçus comme stratégiques, innovants ou porteurs de sens à long terme.
Une hiérarchie sectorielle dominée par l’innovation et la résilience
Les préférences d’investissement exprimées en 2025 placent la technologie largement en tête (63 %), devant la santé et les sciences de la vie (49 %) et l’immobilier (41 %). Ces secteurs apparaissent comme les piliers de l’allocation des Family Offices, à la croisée de la résilience économique et de la capacité à innover. L’industrie (33 %) et l’énergie (31 %) complètent ce podium élargi, dans un contexte où les arbitrages s’orientent vers des secteurs perçus comme stratégiques et porteurs de transformation.

Une volonté affirmée de conjuguer performance et impact stratégique
Le baromètre met en lumière une évolution nette des attentes : la moitié des répondants privilégient désormais une approche fondée sur la croissance rentable, signe d’un recentrage sur la solidité des modèles économiques. Les thématiques de transformation numérique (32 %) et d’innovation/disruption (30 %) s’imposent également, révélant une quête d’alignement entre création de valeur et pertinence stratégique. La croissance externe (36 %) reste un vecteur important de consolidation, tandis que l’investissement durable (32 %) s’ancre comme un pilier de long terme.
L’industrie retrouve une place centrale dans les portefeuilles
Le retour vers l’industrie marque un tournant : 64 % des Family Offices déclarent vouloir investir dans ce secteur, tous types de projets confondus. Cet intérêt reflète une volonté forte de soutenir les filières productives, qu’elles soient durables ou conventionnelles, et de s’ancrer dans l’économie réelle. Ce mouvement traduit une stratégie de réindustrialisation perçue comme levier de relance, d’indépendance économique et de création de valeur sur les territoires.
Une implication croissante dans la gouvernance et le financement des entreprises
Les Family Offices et les familles qu’ils accompagnent manifestent une volonté accrue de rester des investisseurs engagés. L’étude souligne leur implication dans la transformation des entreprises, à travers le private equity, l’investissement local ou la participation à la gouvernance. Ces choix traduisent une logique d’investissement long terme, axée sur le sens, la stabilité et l’ancrage territorial, en lien avec une approche responsable du capital.
Des stratégies influencées par la conjoncture macro-économique et géopolitique
Les décisions d’investissement des Family Offices restent fortement conditionnées par les données macro-économiques. Inflation, politique monétaire, croissance mondiale ou dynamique des taux sont les facteurs jugés les plus déterminants pour 2025, selon les répondants. Cette sensibilité aux cycles et aux tensions internationales renforce la nécessité de sélectivité, de discipline et de diversification dans les portefeuilles.
Une méthodologie rigoureuse pour un baromètre de référence
Cette 10ᵉ édition du baromètre est réalisée pour la première fois par EY, en partenariat avec l’Association Française des Family Offices (AFFO), selon les standards de la norme ISO 20252. L’enquête repose sur 585 familles, représentées par des single family offices, multi family offices, avocats, notaires, banquiers privés et autres professionnels, interrogés entre le 14 février et le 14 avril 2025. L’étude couvre l’année 2024 et le début de 2025.
Sources : AFFO
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