Les marchés anticipent un virage monétaire de la BCE

La guerre en Iran bouleverse les anticipations de politique monétaire
Le choc géopolitique au Moyen-Orient modifie rapidement la perception des investisseurs sur la trajectoire monétaire en zone euro. Alors qu’un statu quo était encore envisagé il y a quelques semaines, les marchés financiers anticipent désormais un possible durcissement de la politique de la Banque centrale européenne. Fin février, les investisseurs tablaient encore sur une probabilité de 50 % d’assouplissement monétaire de la BCE en 2026. Une semaine plus tard, après l’offensive israélo-américaine contre l’Iran et les tensions sur l’approvisionnement pétrolier, le scénario a totalement basculé. Les traders misent désormais sur deux hausses de taux directeurs en zone euro d’ici à la fin de l’année.
Ce revirement s’explique principalement par l’envolée des prix de l’énergie, qui fait craindre un nouveau choc inflationniste en Europe.
La flambée des prix de l’énergie relance les craintes inflationnistes
Depuis l’escalade militaire, les marchés de l’énergie ont fortement réagi. Le baril de Brent a frôlé les 115 dollars, contre environ 73 dollars avant le début du conflit. Dans le même temps, les prix du gaz naturel en Europe ont bondi de près de 120 % en l’espace d’une semaine.
Ces tensions s’expliquent notamment par les risques pesant sur le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du commerce mondial de pétrole. Toute perturbation durable de ce corridor énergétique aurait des conséquences importantes sur l’approvisionnement mondial.
Cette situation rappelle le choc énergétique provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. À l’époque, la flambée des prix de l’énergie avait alimenté une poussée inflationniste majeure en Europe.
Le précédent de la crise énergétique de 2022
Face à l’inflation provoquée par la crise énergétique de 2022, la Banque centrale européenne avait engagé le cycle de resserrement monétaire le plus rapide de son histoire. En l’espace de quinze mois, l’institution avait procédé à dix hausses consécutives de ses taux directeurs.
Le taux de dépôt était ainsi passé de 0 % à l’été 2022 à 4 % à l’automne 2023. Cette politique monétaire restrictive avait contribué au reflux progressif de l’inflation, mais elle avait également pesé sur l’activité économique.
La hausse rapide des taux s’était en effet répercutée sur le coût du crédit pour les ménages et les entreprises. La consommation et l’investissement avaient alors ralenti, ce qui avait alimenté les critiques de certains économistes estimant que la BCE avait peut-être freiné trop brutalement l’économie.
Le risque d’un scénario de stagflation en zone euro
Si le choc énergétique actuel reste pour l’instant moins important que celui de 2022, il place néanmoins la BCE face à un dilemme complexe. L’institution pourrait être confrontée à un scénario mêlant inflation alimentée par l’énergie et ralentissement économique.
Un tel environnement correspondrait à une situation de stagflation, particulièrement délicate à gérer pour une banque centrale. Relever les taux pour contenir l’inflation risquerait de freiner davantage l’activité économique, tandis qu’une politique monétaire trop accommodante pourrait laisser les prix repartir à la hausse.
Plusieurs responsables de la BCE appellent ainsi à la prudence. Certains gouverneurs, comme Joachim Nagel ou François Villeroy de Galhau, soulignent que la situation économique actuelle diffère de celle de 2022, notamment parce que les tensions salariales sont moins fortes et que les chaînes d’approvisionnement se sont stabilisées.
Les marchés anticipent désormais deux hausses de taux
Le chiffre qui retient l’attention des investisseurs est clair : deux hausses de taux directeurs sont désormais anticipées par les marchés pour 2026. Ce changement brutal des anticipations reflète la sensibilité des marchés financiers aux évolutions géopolitiques et énergétiques.
Pour l’économiste Sylvain Bersinger, l’évolution de la situation reste toutefois très incertaine.
« Nous sommes face à une situation de crise dont on ne sait pas vraiment comment elle va évoluer. Tout peut arriver : d’un côté, la situation peut se calmer en quelques jours. Dans ce cas, les prix se stabilisent, et finalement il ne se passe pas grand-chose. Pour le moment, le choc énergétique reste moins important qu’en 2022. »
La BCE devrait privilégier une stratégie attentiste à court terme
Dans l’immédiat, la Banque centrale européenne devrait adopter une posture prudente. Les analystes estiment que l’institution privilégiera une approche attentiste tant que la durée et l’ampleur du choc énergétique restent incertaines.
La prochaine réunion de politique monétaire de la BCE, prévue les 18 et 19 mars, sera particulièrement suivie par les investisseurs. En juin, l’institution devrait également publier de nouvelles projections macroéconomiques qui pourraient éclairer davantage la trajectoire future de sa politique monétaire.
Le facteur déterminant restera l’évolution des prix de l’énergie. Si les cours du pétrole et du gaz demeurent durablement élevés, la BCE pourrait être contrainte de revoir sa stratégie afin d’éviter un nouveau dérapage de l’inflation.
Sources : Forbes France ; Les Echos; Boursorama
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