La géographie des data centers pourrait être bouleversée

Par Pictet AM
C’est vrai… mais c’est un peu plus complexe que cela.
Le véritable enjeu n’est pas seulement de produire davantage d’électricité, mais de pouvoir l’acheminer au bon endroit et au bon moment. Aux États-Unis comme en Europe, les délais de raccordement peuvent désormais se compter en années.
Cela entraîne trois conséquences.
- Des zones industrielles jusqu’à présent délaissées peuvent devenir de véritables pépites. Prenons Homer City, en Pennsylvanie. Cette ancienne centrale à charbon a fermé en 2023… mais pas pour longtemps ! Le site va retrouver une seconde jeunesse en devenant un gigantesque complexe associant production d’électricité au gaz et data centers. Son principal atout ? Des infrastructures électriques et des raccordements au réseau déjà existants et opérationnels.
- La géographie des data centers pourrait être bouleversée. Jusqu’à présent, la logique consistait essentiellement à acheminer l’électricité vers les grands pôles numériques. Face à l’explosion des besoins, une autre approche s’impose : installer le compute (la puissance de calcul) là où l’énergie est déjà abondante et bon marché. En quelque sorte, déplacer le calcul vers l’électricité plutôt que l’électricité vers le calcul. C’est un véritable renversement de logique.
- Dernière conséquence, plus inattendue, l’essor de l’IA pourrait favoriser un véritable renouveau industriel. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour l’Europe qui, soyons francs, n’a bénéficié jusqu’à présent qu’à la marge de l’essor de l’IA. Plusieurs grands groupes européens sont particulièrement bien positionnés : Schneider Electric, qui fournit les équipements nécessaires à l’alimentation, au refroidissement et à la gestion énergétique des data centers ; le groupe suisse ABB, très présent dans l’électrification et l’automatisation ; ou encore les fabricants de câbles Prysmian et Nexans, dont l’expertise devient indispensable à mesure que le raccordement électrique s’impose comme l’un des principaux goulets d’étranglement de la révolution de l’IA.
En résumé, pas d’IA sans industrie forte.
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À surveiller
Nvidia publiera ses résultats trimestriels mercredi après la clôture. Comme d’habitude, la barre est placée haut. Le consensus table sur un chiffre d’affaires compris entre 92 et 94 milliards de dollars, soit quasiment un doublement en un an. A priori, le groupe devrait être en mesure de répondre aux attentes. Il a récemment laissé entendre que son chiffre d’affaires pourrait atteindre environ 91 milliards de dollars, un montant qui ne prend pas en compte les revenus liés aux centres de données en Chine. Une bonne surprise est donc possible.
Mais le marché est devenu extrêmement exigeant. Il en faudra probablement davantage pour faire grimper le cours. Nvidia devra surtout apporter des éclaircissements sur trois points :
- La poursuite du déploiement de Blackwell. C’est aujourd’hui le principal moteur de croissance de Nvidia. La demande est-elle toujours supérieure aux capacités de production ? Autre point essentiel, la marge brute ajustée, attendue autour de 75 %, est-elle tenable alors que la montée en puissance de Blackwell se poursuit ?
- Le déploiement de Rubin, le successeur de Blackwell. Son lancement est initialement prévu au second semestre de cette année. Quel est l’état du carnet de commandes ? Ce sera un bon baromètre pour juger de l’appétit des grands clients, notamment les fournisseurs de cloud, pour cette nouvelle génération de puces, mais aussi de leur capacité à continuer de financer des investissements aussi considérables.
- Les dépenses des hyperscalers. Nvidia constitue un excellent indicateur avancé des investissements dans l’IA. C’est un sujet qui crée régulièrement des tensions sur le marché. Personne ne doute de la poursuite de la croissance de la demande pour l’IA. En revanche, combien de temps les dépenses pourront-elles continuer à progresser à un rythme aussi exceptionnel sans peser fortement sur la trésorerie des entreprises concernées ?
C’est probablement sur ce dernier point que se jouera une bonne partie de la réaction du marché cette semaine.
L’avez-vous lu ?
L’Europe est en train de construire quelque chose dont la plupart des gens ont à peine entendu parler : un réseau de communications quantiques à l’échelle du continent.
Son nom : EuroQCI.
L’objectif est de sécuriser les communications des gouvernements, des centres de données, des hôpitaux, des réseaux énergétiques et, plus largement, des infrastructures critiques.
Au cœur du dispositif se trouve la distribution quantique de clés (QKD, Quantum Key Distribution). Pour faire simple, elle utilise les propriétés de la physique quantique pour permettre à deux parties de partager des clés de chiffrement tout en détectant si un tiers tente de les intercepter, c’est-à-dire de les lire ou de les capter pendant leur transmission.
Une partie du réseau reposera sur des infrastructures terrestres en fibre optique. Une autre passera par l’espace, grâce à des satellites, afin de permettre des communications sécurisées sur de longues distances.
Ce n’est pas simplement un nouveau projet technologique. C’est l’Europe qui construit une nouvelle couche de sécurité souveraine pour l’ère numérique. Un peu d’europtimisme ne fait pas de mal, parfois.
En complément de lecture, publié le 9 décembre 2024 :
Yann Louin, Directeur Commercial chez Pictet AM, analyse les potentielles répercussions de l’élection de Donald Trump sur le secteur de la transition énergétique, ainsi que l’impact de la forte demande en énergie générée par le développement de l’intelligence artificielle. Il évoque également les zones géographiques et les secteurs susceptibles de tirer parti de ces évolutions.
En 2025, avec l'élection du président Trump, la question des répercussions sur la transition énergétique se pose
Quels sont, selon vous, les potentiels dans ces secteurs ?
Yann Louin : Effectivement, la réélection de Donald Trump aux États-Unis pose la question de la suite qui sera donnée aux différentes subventions qui avaient été accordées, notamment dans le cadre de l'IA par l'administration Biden et du coup, la soutenabilité de certains secteurs d'activité et de leurs performances boursières à venir. Malgré tout, je pense que ce qu'il faut garder à l'esprit, et nous avions déjà eu un premier exemple lors du premier mandat de Donald Trump, c'est qu'il y a une vraie dichotomie entre annonces politiques, réalité économique et performance boursière. Il faut quand même se rappeler que c'est pendant le premier mandat de Donald Trump que nous avons eu la dernière grande bulle sur les énergies renouvelables en 2019-2020. Alors même que l'administration Trump était sortie de l'accord de Paris qui engage les États-Unis à réduire drastiquement leurs émissions carbone au cours des prochaines décennies. Donc il y a cette vraie dichotomie qu'il faut avoir à l'esprit et aussi se rappeler que la transition énergétique ce n'est pas seulement les énergies renouvelables ou les véhicules électriques. D'une part parce qu'il y a l'essor de l'IA qui est très important, très prégnant dans cette transition énergétique, et puis parce que aussi d'un point de vue purement économique, et c'est un thème qui est très cher à Donald Trump, toute la transition qui a été menée par l'administration Biden a surtout profité aux États républicains, à hauteur de 70 %. Notamment dans le rapatriement des usines de semi-conducteurs, dans le stockage d'énergie, dans des États qui votent Républicain aujourd'hui, avec en plus un colistier officieux qui est aussi l'un des plus grands vendeurs de véhicules électriques à l'échelle mondiale. Donc il faut prendre ces annonces avec beaucoup de mesure et peut-être se projeter à plus long terme sur la dimension purement économique.
Vous parlez de dimension économique, vous parlez d'IA, donc nous voyons bien que la technologie est fortement liée à la transition écologique.
YL : Exactement, l'un ne va pas sans l'autre. Et peut-être que le plus grand fait que nous constatons aujourd'hui et qui est une nouveauté quand nous revenons sur les 15 dernières années, c'est les perspectives d'augmentation de la consommation globale d'électricité tirées notamment par l'intelligence artificielle, par ces fameux data centers qui sont installés partout dans le monde, par ces géants technologiques que nous appelons les hyperscalers. Donc ce sont Facebook, Google, Amazon et d'autres. Ce qui est important de noter, c'est que ces data centers sont énergivores et il faudra de toute façon trouver le moyen de se fournir en électricité. Là encore, la logique économique prime. Les énergies renouvelables sont d'une part propres et répondent aux engagements carbone, notamment des géants technologiques que sont ces fameux Amazon et autres. Mais surtout, ce sont aussi les énergies les moins coûteuses à produire et les plus facilement déployables avec cette forte scalabilité, c'est-à-dire cette capacité à faire grossir le parc très rapidement. Donc ça c'est un fait qui est très important et qui permettra de répondre à cette demande croissante d'électricité dans les prochaines années.
Quels sont les secteurs et les zones géographiques à privilégier ?
YL : C'est vrai que les zones géographiques se passent plutôt aux États-Unis aujourd'hui, même s'il y a de très belles entreprises en Chine, mais qui ont le désavantage de ne pas être aussi profitables que les entreprises américaines, avec des marges qui sont généralement assez faibles. Aujourd'hui, il y a plusieurs secteurs d'activité qui nous semblent pertinents d'un point de vue des valorisations, parce qu'ils ont souffert des taux élevés, parce que les annonces politiques ont engendré un sentiment un petit peu négatif à l'égard des investisseurs. Typiquement, les renouvelables et l'industrie de l'électrification des transports et puis il y a également toutes ces activités qui vont profiter de l'essor de l'IA encore une fois. L'efficience énergétique, l'efficience manufacturière à l'égard de la transition énergétique et du développement de ces data centers et donc des entreprises typiquement comme Broadcom, comme Marvel, des entreprises comme Eaton dans le refroidissement sont des dossiers que nous continuons de regarder de très près et qui seront certainement les grands gagnants de demain.
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