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BCE, Fed : la hausse des taux au cœur de la rentrée des banques centrales

Analyses de marchés
fed bce politique monétaire de rentrée 2026

Extrait du Point marché Ecofi, par Maxime Mura, Directeur de la Gestion Monétaire, L’heure de la rentrée des classes a sonné pour les banquiers centraux

Septembre a toujours ce parfum de reprise studieuse. Les élèves rouvrent leurs carnets, les investisseurs réajustent leurs anticipations, et les banquiers centraux retrouvent leur pupitre avec, cette année, un programme chargé. Après un été dominé par le retour des tensions inflationnistes, la flambée des prix de l’énergie et le signal offensif envoyé à Jackson Hole, la rentrée 2026 s’annonce comme un moment de vérité pour les grandes institutions monétaires.

Il ne s’agit plus simplement de confirmer que la désinflation est en marche, il faut désormais confirmer que le combat contre la hausse des prix est sous contrôle.

Dans ce contexte, la Banque Centrale Européenne sera la première de la classe à rendre sa copie.

Sa réunion du 10 septembre, exceptionnellement organisée à Berlin, s’annonce comme une formalité soigneusement préparée. À l’inverse, la Réserve Fédérale américaine abordera son rendez-vous du 16 septembre dans un climat plus ouvert, suspendu aux prochaines statistiques d’inflation.

Deux calendriers, deux rythmes, mais une même toile de fond : celle d’une rentrée monétaire marquée par la fermeté, dans un monde où les rendements obligataires remontent partout et où l’inflation, nourrie notamment par le choc énergétique, reste au-dessus des cibles.

Du côté de la BCE, une hausse presque acquise

Le 10 septembre, les gouverneurs de la Banque Centrale Européenne se retrouveront à Berlin pour une réunion qui, sur le papier, n’a presque plus de mystère. La BCE s’apprête à resserrer une nouvelle fois sa politique avec une hausse de 25 points de base de son taux de dépôt quasiment certaine.

Les membres du Conseil des gouverneurs n’ont guère laissé place à l’ambiguïté. Joachim Nagel, le président de la Bundesbank, a salué le fait que les marchés disposaient d’une « assez bonne compréhension » de la trajectoire probable de la BCE. Son homologue lituanien Gediminas Šimkus a jugé qu’il était « clair » que la BCE devait agir en septembre, ajoutant que les nouvelles projections macroéconomiques devraient réviser la trajectoire des taux à la hausse. Gabriel Makhlouf, gouverneur de la Banque centrale d’Irlande, s’est montré encore plus direct, estimant que la décision de septembre « ne surprendra personne ».

Cette décision nous parait difficilement contestable puisqu’en août, l’inflation dans la zone Euro est remontée à 3,3 %, contre 2,9 % en juillet. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis septembre 2023 et du troisième mois consécutif de progression. Le principal moteur de cette accélération est bien identifié : l’énergie, dont les prix ont été tirés vers le haut par les répercussions du conflit entre les États-Unis et l’Iran.

Ce contexte justifie la hausse de septembre, mais complique la lecture de la suite. Derrière la certitude du 10 septembre se cache une trajectoire beaucoup plus incertaine pour les réunions suivantes.

Lire aussi : ‍

BCE : une nouvelle hausse des taux attendue jeudi face au retour de l’inflation

Une BCE vigilante

Et après septembre ? Le marché parie sur décembre

Le plus intéressant n’est peut-être pas la décision de septembre elle-même, mais ce qu’elle dit de la suite.

Les investisseurs ne se contentent jamais de la réunion qui vient : ils veulent déjà lire les prochains chapitres de l’histoire. À ce jour, les marchés tablent sur une BCE engagée dans la poursuite du resserrement monétaire, même si la conviction s’amenuise à mesure que l’on avance dans le calendrier. En octobre, une hausse supplémentaire n’est valorisée qu’à hauteur de 20 % environ, ce qui revient à anticiper une pause. En revanche, la réunion de décembre est perçue comme bien plus ouverte : les prix de marché suggèrent un nouveau relèvement, ce qui porterait alors le taux de dépôt à 2,75 % d’ici la fin de l’année.

Début février 2027, une extension marginale du mouvement reste envisageable, mais avec une probabilité bien plus faible.

Chez Ecofi, notre scénario central reste celui d’une ultime hausse de taux de la BCE en septembre, avant une pause durable dans les mois suivants. Certes, le rebond récent de l’inflation en zone Euro justifie, à ce stade, un nouveau tour de vis préventif, d’autant que la poussée des prix de l’énergie liée aux tensions géopolitiques oblige l’institution à préserver sa crédibilité. Mais un resserrement supplémentaire, au-delà de septembre, et donc une sortie du fameux corridor de taux neutre ne se justifie pas à nos yeux.

L’inflation sous-jacente ralentit, et surtout, les effets de second tour ne se matérialisent pas à ce stade : ni emballement salarial généralisé, ni diffusion persistante de la hausse des prix à l’ensemble de l’économie.

De plus, une certaine retenue dans le resserrement monétaire aurait le bon goût de contenir la pression déjà forte sur les taux courts européens et éviterait, toute chose égale par ailleurs, un dérapage de la monnaie unique au-delà de 1,20 dollar.

Comme souvent, la BCE devrait faire mine de conserver sa liberté d’action, indépendamment des réactions des marchés, et se tenir à sa méthode favorite : réunion par réunion, donnée par donnée.

« À ce jour, les marchés tablent sur une BCE engagée dans la poursuite du resserrement monétaire [...] »

Lire aussi : "Tout semble plaider pour une hausse des taux directeurs dans les prochains mois"

Une Fed plus divisée que la BCE

Le 28 août dernier s’est tenu le symposium annuel de Jackson Hole dans le Wyoming. Rendez-vous incontournable du calendrier des banquiers centraux et des investisseurs du monde entier, cette édition 2026 était attendue avec une attention particulière : c’était la première grande prise de parole publique de Kevin Warsh depuis sa prise de fonction à la tête de la Fed en mai dernier.

Selon le nouveau président de la Réserve Fédérale, l’inflation américaine ne ralentit pas de façon suffisamment convaincante et la Fed a encore « du travail à faire » pour ramener la hausse des prix vers son objectif de 2 %.

Il a réaffirmé que cette cible de 2 % sur l’indice PCE constituait une « cible ferme, fixe, sans ambiguïté ». Surtout, il a lancé une phrase qui a immédiatement marqué les marchés : il lui serait « difficile » de qualifier les conditions financières actuelles de véritablement restrictives. En d’autres termes, malgré le niveau déjà élevé des taux, la Fed pourrait considérer que l’économie encaisse encore trop bien le resserrement passé.

Pour autant, la banque centrale américaine n’affiche pas la même homogénéité de façade que son homologue européenne. À Jackson Hole, plusieurs responsables ont relayé le ton offensif de Warsh, qui jugent eux aussi que les taux ne sont pas assez restrictifs. Mais d’autres voix ont tempéré cette lecture. Austan Goolsbee, par exemple, s’est dit prêt à attendre pour voir si la remontée récente de l’inflation n’était qu’un bruit temporaire.

Le Livre Beige publié le 2 septembre ne tranche pas définitivement. L’économie américaine y apparaît en croissance modeste au cours des deux derniers mois, avec une demande particulièrement dynamique du côté des centres de données. De quoi entretenir l’idée que l’activité tient encore, mais sans emballement.

C’est ce qui rend la réunion de septembre de la Fed plus ouverte que celle de la BCE : tout dépendra désormais de la publication du CPI américain la semaine prochaine.

Lire aussi : Discours de K. Warsh à Jackson Hole : une intervention... déroutante

Une rentrée sous surveillance

Cette année, la rentrée des classes des banquiers centraux n’a rien d’un exercice de routine. Ils se retrouvent immédiatement au tableau, craie en main, prêts à répondre aux marchés qui désirent tester la cohérence de leurs discours, leur crédibilité et leur capacité à naviguer entre deux écueils : agir trop peu, au risque de laisser l’inflation s’installer ; agir trop fort, au risque d’étouffer une croissance déjà fragile.

À ce jeu-là, l’automne 2026 pourrait bien être moins celui de l’assouplissement tant espéré que celui d’un nouveau rappel à la discipline monétaire.

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